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Brouillards de guerre

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«  Sur ce que l’on appelait autrefois le Croissant fertile, l’État islamique (EI) cherche à s’imposer contre, et par-delà, les structures étatiques en place en Irak ou en Syrie. Plusieurs grandes puissances, aussi désunies entre elles que militairement très supérieures, tentent aujourd’hui de l’en empêcher pour garder leur contrôle sur la région. Du chaos à la crise et vice et versa.  »
Une analyse intéressante de la guerre au moyen-Orient proposée en juin 2016 sur le blog ddt21...

« La critique révolutionnaire, quant à elle, commence par-delà le bien et le mal. »
Internationale Situationniste, 1967

Terreur

En 2002, Isabelle Sommier citait cette définition donnée trente ans plus tôt par Friedrich Hacker :

« […] la terreur est l’emploi, par les puissants, de l’instrument de domination qu’est l’intimidation ; le terrorisme est l’imitation et l’utilisation des méthodes de terreur par ceux qui ne sont pas – tout du moins pas encore – au pouvoir ».

Selon elle, on peut estimer « à 169 millions le nombre de victimes de leur propre gouvernement contre 34 millions de victimes de guerres interétatiques entre 1945 et 1995 […] Aussi les formes conventionnelles et non conventionnelles de guerre tendent-elles à se rapprocher de sorte qu’il est faux désormais de caractériser le terrorisme par opposition à la guerre étatique en disant qu’il ignore les lois et conventions de la guerre, s’attaque aux civils, est toujours indiscriminé et arbitraire. Car ces caractéristiques, somme toute, peuvent aujourd’hui aussi s’appliquer à bien des violences d’État.  »

Pierre Miquel, dans La Grande guerre (Fayard, 1983) intitule « La Guerre terroriste » son chapitre consacré aux gaz, aux bombardements de ville et aux torpillages de navires civils.

Le terrorisme fait partie de la guerre… et de la paix : on nous a répété pendant des décennies que l’humanité devait sa survie à l’équilibre de la terreur nucléaire, en fait une terreur potentielle, au pire ressentie par les populations comme une angoisse latente, oubliée ou refaisant parfois surface en fonction des événements.

Mais l’opinion est amnésique, et préfère la psychologie : le terroriste serait l’amoureux de la mort, celle des autres et la sienne aussi. Il n’y a pas si longtemps, pourtant, faire don de sa vie passait pour le sommet du désirable : « Mourir pour la patrie, C’est le sort le plus beau […] Frères pour une sainte cause […] chacun de nous est martyr » (Chant des Girondins, hymne national français de 1848 à 1852). Dans les armées occidentales contemporaines, règne la règle du zéro mort, le soldat tué doit rester une exception, et l’idée de sacrifice choque.

Traiter de fous fanatisés les militants et soldats du Califat, imposant la guerre à l’Occident, permet de créer un monstre contre qui tout sera permis.

Si l’on revient aux réalités, l’embargo imposé à l’Irak entre 1991 et 2002 est, selon les statistiques les plus basses, responsable de la mort de 500.000 personnes. Depuis 2001, la War on Terror a fait entre 1,3 et 2 millions de morts, la plupart victimes de l’armée américaine.

130 morts à Paris le 13 novembre 2015, combien de civils tués lors des bombardements de Raqqa par l’aviation française les semaines suivantes ?

Religion

« Le millénarisme, lutte de classe révolutionnaire parlant pour la dernière fois la langue de la religion […] est déjà une tendance révolutionnaire moderne […] » : ainsi Debord commentait « l’utopie millénariste de la réalisation terrestre du paradis » au 16e siècle (La Société du Spectacle, thèse 138).

Par un renversement difficilement pensable en 1967, le millénarisme islamiste du 21e siècle parle une nouvelle fois la « langue de la religion ».

Mais que veut dire « religion » ? Et pourquoi l’EI s’est-il imposé dans les deux pays autrefois les plus laïcs de la région ?

Un minimum de réflexion historique suffit à comprendre que la forte sécularisation de sociétés comme la française ne désigne pas la voie logique et inévitable que va ou devrait suivre le reste du monde.

Sunnite, chiite, voilà des mots prononcés chaque jour comme si l’on parlait des catholiques et des protestants dans la France contemporaine. Pensons plutôt à l’Europe des 16e et 17e siècles. Ce n’est pas de foi ou de doctrine dont il s’agit, mais d’appartenance très concrète : le quartier ou le village où l’on vit, l’école où l’on va, le travail qu’on trouve, avec qui on est ami, le café qu’on fréquente, qui on épouse, qui vous aide en cas de besoin. La religion n’est pas ici affaire privée, mais marqueur d’identité qui encadre, enferme et protège tout à la fois. Être marginalisé, pour un « sunnite » dans la Syrie des Assad depuis des décennies comme dans l’Irak dirigé par le gouvernement « chiite » installé par les Américains après 2003, cela signifie être (mal)traité par un État dont ce « sunnite » a pourtant la citoyenneté, notion juridique généralement dénuée de contenu dans la région.

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