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Disparition forcée d’un jeune anarchiste en Argentine les fantômes de la dictature ressurgissent

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Plusieurs témoins affirment avoir vu Santiago Maldonado jeté dans une camionnette de la gendarmerie. C’était le 1er août pendant une manifestation de la communauté mapuche dans le sud du pays. Depuis personne ne l’a revu et une vague de protestation secoue le pays pour réclamer la vérité et espérer son retour en vie.

« Disparition forcée. » Selon la définition de l’ONU : l’arrestation, la détention ou l’enlèvement par des agents de l’État d’une personne, sans reconnaître sa privation de liberté ni informer sur le sort qui lui a été réservé. Dit plus simplement, un crime d’État.

Santiago Maldonado a été vu pour la dernière fois le 1er août. Ce jour-là, il est présent sur un barrage érigé par la communauté mapuche sur la route 40 pour exiger la libération de Francisco Jones, un leader mapuche chilien détenu par les autorités argentines.

En Patagonie, les Mapuches sont en conflit avec l’État des deux côtés de la frontière séparant le Chili et l’Argentine. En jeu, les restitutions de terre aux communautés natives. Côté Argentin, des communautés mapuches occupent et revendiquent depuis 2015 une partie des 900 000 hectares détenus par l’entreprise italienne Benetton. Depuis plusieurs mois, le gouvernement s’acharne sur les communautés mapuches qui luttent, des deux côtés de la Cordillère, contre les compagnies minières et les grands propriétaires terriens qui s’installent sur ces territoires ancestraux. La répression qu’elles subissent, des deux côtés de la frontière, a été dénoncée à de nombreuses reprises par Amnesty International.

Le 1er août, près de 90 gendarmes ont débarqué sur le territoire mapuche de Cushamen, tirant à balles réelles et ont arrêté et violemment frappé Santiago, militant pro-mapuche. Cette effraction n’est pas un cas isolé : cela est arrivé dans le même Lof en janvier dernier et cela fait partie de l’ordinaire du peuple mapuche et de toutes les communautés indigènes, qui résistent et affrontent chaque jour le harcèlement physique et psychologique de la part des forces de l’état. Et ceci veut dire comme quotidien : balles de plomb, destruction de leurs maisons et de biens, agression physique et verbale, intimidation, processus illégaux d’espionnage et montages politiques et policiers pour justifier l’emprisonnement de leurs membres les plus actifs. C’est le cas de Facundo Jones Huala, lonko mapuche arrêté en juin, emprisonné à Esquel et en grève de la faim actuellement.

C’est d’ailleurs peu de temps après une manifestation exigeant la liberté de Facundo que la Gendarmerie est de nouveau intervenue au Lof de résistance Cushamen et qu’ ils ont séquestré Santiago, au nom de la répression des membres de la Résistance Ancestrale Mapuche (RAM), un groupe de résistance mapuche qui lutte au moyen de l’action directe et du sabotage, pour récupérer la vie sur le territoire originairement occupé par les indiens mapuche.

Depuis le 1er aôut, personne n’a eu de nouvelles de Santiago. Plusieurs témoignages affirment que les gendarmes l’ont frappé puis l’ont embarqué dans leur véhicule. Sa famille a signalé sa disparition, mais s’est heurtée au déni des autorités. La gendarmerie nie avoir arrêté Santiago, le gouvernement assure n’être en rien responsable de sa disparition et le gouvernement Macri, qui doit assumer la première disparition politique de son mandat, n’a cessé de discréditer la perspective d’une enquête.

Depuis 1983, deux autres suspicions de crime d’État se sont produites. Celle d’un étudiant en journalisme de 23 ans en 1993 dont le corps n’a jamais été retrouvé, mais pour laquelle plusieurs officiers ont été condamnés. Mais aussi celle en 2006 d’un opposant à la dictature disparu au lendemain de son témoignage lors du procès d’un policier, depuis condamné pour crime contre l’humanité.

La mémoire des 30 000 disparus de la dictature militaire entre 1976 et 1983 est toujours vivace. À l’époque, ce programme d’élimination des opposants avait détruit le mouvement social le plus prometteur d’Amérique du Sud. Malgré le retour de régimes civils, la poursuite et la condamnation des anciens tortionnaires sont restées l’exception.

Cette nouvelle « disparition forcée » est particulièrement malvenue pour le président de droite, Mauricio Macri, à la veille d’élections législatives prévues en octobre. Déjà confronté à une grève générale au mois d’avril contre ses mesures d’austérité, ce qui lui reste de crédibilité risque de disparaître avec cette affaire.

Les premières manifestations pour la réapparition de Santiago Maldonado ont eu lieues le 7 aôut dans tout le pays. Ces manifestations ont mobilisé des milliers de personnes. Depuis, la mobilisation est devenue une déferlante. Sur les lieux de travail, dans les écoles ou les stades, des milliers d’Argentins déploient des portraits du jeune homme ou des banderoles réclamant son retour. Sur les réseaux sociaux, les messages demandant où est Santiago Maldonado sont devenus viraux. Au point de passer les frontières. Les manifestations se répètent dans différentes villes. Une vingtaine de groupes anarchistes d’Amérique latine ont lançé un cycle de mobilisation du 21 août au 1er septembre. Et la mobilisation touche aussi l’Europe, avec des rassemblements à Barcelone, Madrid, puis Paris devant l’ambassade argentine. Un mois jour pour jour après sa disparition, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté le 1er septembre à Buenos Aires. Des affrontements en fin de manifestation ont fait 23 blessés, dont 6 chez les forces de l’ordre. D’autres manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. A Bolson (Patagonie), des cocktails Molotov ont été lancés sur la gendarmerie.


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