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Non au chantage syndical de la CGT Bouches-du-Rhône !

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Réponse au communiqué "CGT et Cie" du 13 mai 2016 (en PJ) par des membres de 13 EN LUTTE : Aujourd’hui, la CGT Bouches-du-Rhône joue un jeu dangereux. Après que son service d’ordre (SO) a levé des battes et des bâtons puis gazé des manifestant.e.s, cette organisation a semble-t-il exercé une sorte de chantage à ses « amis » de l’intersyndical et, en fin de compte, à tout le mouvement social marseillais contre la loi travail.

Les réunions qui ont suivi la journée du 12 mai ont notamment donné lieu à des mots d’ordre de la CGT à l’intention de ses « partenaires » tels que : « donnez-nous des noms » (des militants indépendants ou autonomes), « avec nous ou contre nous ». Les représentants d’un des syndicats, d’ailleurs au premier rang de « l’événement » du 12 mai, membres de ce rassemblement d’organisations qui n’a d’unitaire que le nom ont même refusé de signer en commun avec la cégète un communiqué portant sur cette journée (en pièce jointe). Aussi, peut importe les versions des faits sur le 12 et leurs suites, car, s’il n’est pas nouveau, le chantage syndical de la CGT reste inacceptable et doit être dénoncé une fois par toutes à l’occasion de ce mouvement social ! Ce chantage se matérialise d’ailleurs aussi à l’occasion des manifestations par le cordon (tenu par le SO), censé protéger les militant.e.s du syndicat, mais qui sépare en fait le cortège CGT de ceux qui ne s’y reconnaissent pas ou qui ne veulent plus « suivre ». Il est aussi exprimé dans la catégorisation entre « bon » et « mauvais » manifestant.e.s, qui trouve son point culminant avec la théorie délirante des « agents infiltrés » dans le cortège du 12 mai relayée dans les communiqués faisant suite à l’agression du SO.

Pour mettre fin à ce chantage, il faut être lucide. La CGT, en tant qu’organisation, est une belle petite entreprise, on est avec elle ou contre elle. Ses dirigeants nationaux ou locaux cherchent à monopoliser les moyens de production de la lutte sociale avec pour seul objectif un retour sur investissement qui se compte en monnaie sonnante et trébuchante dans les caisses du syndicat et en votes exprimés aux élections professionnelles et prud’homales. Etre le « premier syndicat de France » est une entreprise à plein temps qui ne connaît pas de trêve, même pendant un mouvement social d’ampleur dont le spectre va bien au-delà du refus d’une loi. Monopoliser les moyens de production de la lutte, cela veut dire exproprier tous ceux et celles (de Nuit Debout aux Assemblées de lutte, des syndicats révolutionnaires à l’Autonomie, etc.) qui voudraient opposer à l’ordre social une autre version de la contestation que celle des négociations biaisées et du respect de l’ordre établi. Cela n’a en réalité rien d’étonnant, c’est même normal. La CGT a partie liée avec l’ordre établi en tant qu’organisation participant à la gestion sociale de la main-d’œuvre dans le cadre des institutions bourgeoises. C’est d’ailleurs en participant au champ du pouvoir et à son simulacre de démocratie et de dialogue dit social que les bureaucrates de cette organisation, du plus haut au plus bas niveau, ou ses militant.e.s espérant faire carrière afin de devenir professionnel.le.s de la politique, peuvent espérer tirer quelques subsides ou rétributions (symboliques ou matériels) de leur « engagement militant ».

Pour réussir dans son entreprise de monopolisation des moyens de la lutte sociale, la direction de la CGT et ses valets, en tout cas dans sa déclinaison méridionale, joue de deux arguments : 1) pas de grève sans les travailleurs, ou les « masses » selon les sensibilités, et la CGT représente les masses et les travailleurs : 2) si la grève générale n’est pas encore advenue, les manifs CGT sont plus importantes que les « petites » actions des groupes indépendants. Ce sont des arguments de pure mauvaise foi.

D’abord, la CGT est-elle un parti de masse, d’ouvriers, ou encore de classes populaires ? Lors des élections professionnelles du secteur privé de 2013, ce ne sont que 47% des votes qui ont été exprimés en France (mais en réalité 5 000 000 de votants sur 15 000 000 de salariés du secteur privé). Dans les entreprises de moins de 11 salarié.e.s (disons très nettement, la plus grande part des entreprises françaises accueillant le salariat précaire), seul.e.s 10,4% des salarié.e.s s’étaient exprimé.e.s. Notons aussi que plus le revenu et la catégorie socio-professionnelle sont élevés, plus le taux de syndicalisation est fort. Si l’on en reste au monde ouvrier, toujours mis en avant par les militants cégétistes prolétaroïdes, les syndicats n’y pèsent que pour 5,9% des effectifs, tous secteurs confondus (en 2008). Bref, les masses, surtout les plus précaires, ce n’est pas pour tout de suite. Il faudrait quand même noter un jour dans les sections syndicales CGT que le premier syndicat de France c’est, pour reprendre un mot de Marx, le syndicat invisible. Il y aurait aussi lieu au passage que les cégétistes professionnels comprennent, définitivement, que les mouvements indépendants sont aussi des mouvements de travailleurs… face au SO, jeudi 12 il y avait de nombreuses.eux travailleuses.rs… Certes, on pourrait toujours dire (et les thuriféraires de la cégète ne s’en privent jamais) qu’en tant qu’outil au sein des entreprises et institutions, la CGT, comme tout autre syndicat d’ailleurs, c’est concrètement un levier d’organisation des travailleurs. Mais c’est une perspective en grande partie formelle et à l’exception des grands secteurs. Elle est rarement réelle ou conséquente. Il ne suffit de mettre cela en avant à tout bout de champ pour que cet outil soit efficace dans les faits, surtout quand on connaît la domination que les puissants peuvent exercer sur les plus faibles au sein de ce syndicat. La CGT redeviendra « un syndicat de combat » (ce qu’elle revendique être) lorsqu’elle sera réappropriée par les bases et que celles-ci exproprieront les bureaucrates et les permanents dominants.

Dans le même registre, on peut légitimement se demander pourquoi depuis depuis deux mois cette grève générale n’est pas encore advenue puisque à dire de militants cégétistes professionnels, il suffirait que la CGT tousse pour que l’économie s’enrhume. « C’est long à construire » entend-on. Oui certes, mais pourquoi les directions n’ont elles pas été plus claires à ce propos ? N’y aurait-il pas là dessous comme une envie de traîner les pieds ? Deux exemples peuvent permettre d’en juger. Premièrement, le nombre d’"assemblée de site" supposée permettre de construire la grève est démesurément faible dans le département, d’après le syndicat lui-même. Deuxièmement, dans le secteur du rail, la CGT a d’abord refusé la grève reconductible, et a accepté le principe de deux jours de grèves par semaines à partir du 17 mai seulement dans le cadre de revendications corporatistes pour ne pas déplaire à la CFDT… qui elle est favorable à la loi travail. Il vaut mieux savoir lire entre les lignes et ne pas se laisser emporter par les préavis de grève publiés à tout va par les défenseurs "de la ligne".

Ensuite, qu’en est-il de l’argument qui consiste à dire que c’est la CGT qui met du monde dans la rue ? Dans le principe ce n’est pas faux. Mais dire que 120 000 manifestant.e.s dans la rue de Marseille (et encore faudrait-ils que ces personnes soient effectivement CGT), suffisent à atteindre l’économie locale, c’est faire preuve d’une naïveté incroyable. Une telle affirmation nie toute la complexité de ce genre de rassemblement où, exemple parmi d’autres, les manifestant.e.s prennent parfois seulement une heure de leur temps salarié pour défiler, où certain.e.s vont manger au resto après la manif ou faire les boutiques, etc.. Bref, l’économie est alimentée là alors qu’elle est - supposément - arrêtée ailleurs. Voilà pourquoi les mouvements indépendant ou autonome et les syndicats qui sont réellement des syndicats de combat plaident pour associer ce genre de rassemblement bien tempéré à des actions critiques réelles, c’est-à-dire par la pratique subversive (de type manif sauvage avec objectif ou actions symboliques, etc.).

Résumons. Ni syndicat de masse (au sens strict) ni actif – jusqu’à ce jour – dans le blocage réel et conséquent de l’économie, on se demande ce que fait la CGT depuis deux mois et comment elle en arrive à tenir encore une analyse et un discours qui se situent à mille lieues de la réalité. Ce ne sont pas les incantations au « ça va venir grâce à nous » qui y changeront quelque chose. Sur un premier plan, si toutefois la grève générale, massive et reconductible arrive à partir du 17 mai, la CGT n’aura fait que sa partie du boulot, point barre, et il était temps. Sur un autre plan, la logorrhée pseudo-révolutionnaire de certain.e.s cégétistes ayant confondu Lénine avec le catéchisme n’y fera rien : la CGT comme organisation ce n’est pas la révolution, ce n’est pas la subversion, mais c’est un des rouages de l’appareil d’État. En tant que tel, tout juste peut-elle négocier, comme c’est le cas depuis de nombreuses années, le nombre des coups adressés au prolétariat par le patronat. Elle doit dès lors jouer son rôle dans le mouvement social marseillais, mais cesser de le briser ou de le diviser pour le faire à son image.

Pour conclure, on peut finalement affirmer qu’en ce qui concerne la grève et la représentation de la classe dominée, la CGT semble jouer d’une rente de situation : elle continue à contrôler des secteurs qui certes peuvent faire basculer le rapport de force vis-à-vis de l’État, mais ces moyens lui sont sont aussi utiles pour domestiquer toutes velléités de contester plus fort ou autrement l’ordre établi. La grève oui, mais seulement si on veut et comme on veut. Bref, à la CGT comme ailleurs, l’autocritique de position serait bienvenue ! Deux étapes pas trop compliquées pourraient être franchies rapidement dans ce sens : 1) couper le cordon et ne plus jouer la domination du plus fort sur les supposés plus faibles (syndicats, indépendants ou autonomes) ; 2) dissoudre le service d’ordre.

On ne pourra pas se passer, pour le moment, de la CGT, comme la CGT ne pourra pas se passer sur le temps long des autres syndicats et des mouvements indépendants ou autonomes. Contre la loi travail et pour l’heure, les modes d’action de toutes ces fractions en lutte sont au mieux complémentaire, au pire non exclusifs, les objectifs, eux, sont les mêmes jusqu’à un certain point : le retrait de la loi travail (pour commencer). On verra pour la suite…

Des membres de 13 en lutte.

Ici, retrouvez le communiqué émanant des réunions appelées par la CGT, et sur lequel on peut admirer l’absence de la signature de Sud, dont le communiqué se sert pourtant pour appuyer ses dires. Merci aux camarades de Sud de ne pas avoir joué ce sale jeu :

Note de MIA : Désolé-e-s pour la piètre qualité de l’image, le communiqué est également trouvable en bas de sa version facebook, ici.

P.-S.

Reçu par mail.


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