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Plusieurs expulsions à la veille de la trêve hivernale

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Le premier novembre commence la trêve hivernale en ce qui concerne les expulsions de logements. Comme tous les ans, les pouvoirs publics accélèrent les procédures d’expulsion et font un grand ménage les jours précédents, dans un beau ballet mêlant la bureaucratie, l’ordre sécuritaire et l’hypocrisie.

Ce 31 octobre, deux expulsions d’envergure ont eu lieu à Marseille.

La première est celle de l’ancien centre Saint-Michel qui avait été réquisitionné il y a quelques jours au terme d’une manifestation de 300 personnes dans le cadre des ’Deux jours contre la Loi Travail’, avec pour but d’en faire un centre social autogéré et rouvrir le parc contenu entre ses murs aux habitant-e-s du quartier, afin d’en faire un espace de rencontre et de lutte collective. La police était déjà passée pour tenter d’évacuer les lieux dimanche en milieu de journée, mais l’ampleur du soutien mobilisé a contrecarré cette tentative.

C’est peu après 14 heures ce lundi que la police est revenue, cette fois équipée de casques, de boucliers, et surtout très nombreuse, afin de procéder en toute illégalité à cette expulsion, qu’ils pensaient pouvoir régler rapidement. Mais c’était sans compter sur la volonté des militant-e-s et des occupant-e-s de défendre ce lieu, car il aura fallu près de 7 heures aux agents pour reprendre le lieu (c’est-à-dire pour le refaire devenir désespérément vide et inutilisé alors que tant de gens sont à la rue et qu’il reste si peu d’espaces de socialité accessibles). Une douzaine de personnes se sont en effet réfugiées sur le toit du bâtiment, et ce alors qu’un plateau en direct avec Radio Grenouille était sur le point de débuter dans le lieu, forçant certains animateurs à monter eux aussi.

La loi interdit aux simples policiers de déloger des personnes lorsque la situation est dangeureuse, et la présence sur les toits rentre dans ce cadre. Plusieurs agents sont tout de même montés sur le toit et ont tenté de faire descendre les occupant-e-s, sans succès, tandis que de très nombreuses personnes accourraient de nouveau devant le lieu pour soutenir les personnes qui s’y trouvaient.

Devant l’impossibilité manifeste de faire descendre le petit groupe de résistant-e-s, la police fait appel aux pompiers et à leur grande échelle, puisque ceux-ci sont habilités à intervenir. Ce qui donne lieu à une scène de gazage du rassemblement de soutien pour permettre aux pompiers de faire leur manoeuvre pour pénétrer dans le jardin du bâtiment. Mais comme ceux-ci n’ont pas le droit d’imposer à quiconque de descendre, et que les occupant-e-s du toit refusent, les pompiers finissent par redescendre bredouille vers 15h30. A partir de là, la situation stagne pendant un moment, mais malgré le caractère fort déplaisant de la situation, le moral est très bon : de nombreux slogans amusés et ironiques fusent en soutien des occupant-e-s (’Marseille debout sur les toits’, ’Les expulsions c’est scan-da-leux’) et pour se moquer de la police (’Tes heures sup’, tu les auras pas’), allant même jusqu’à revendiquer ’100.000 euros et un hélicoptère’ ou a jouer à qui chante le plus fort entre le toit et la rue.

Ce n’est qu’après que la nuit soit tombée, que des tables aient été ramenées avec de la nourriture et des boissons, ainsi qu’une enceinte pour mettre de la musique, que la situation se ’débloque’ : la police chasse tout le monde de la rue, bouclant le quartier (alors que seules deux rues étaient bloquées jusque-là. La réaction ne se fait pas attendre et de nombreuses barricades de fortune sont montées dans les rues environnantes, dont une enflammée, à l’aide des conteneurs de poubelles. La dizaine de personne présente sur le toit a pu profiter de ce moment de confusion pour disparaître et partir en esquivant la police qui surveillait encore le lieu.
On déplore cependant une arrestation dans la rue Benoit Malon parmi les soutiens, après avoir été sérieusement frappé par la police.

Dans le même temps, c’est au boulevard de la Blancarde qu’une autre expulsion se déroulait. Certains flics qui étaient sur le toit de la rue Briffaut en sont même descendus en disant qu’ils avaient "un autre squat à expulser". C’est cette fois une ancienne école d’infirmières, qui était abandonnée depuis des années, qui avait été réinvestie depuis un mois et réparée par ses nouveaux habitants, qui comptaient là encore y développer une forme de centre social et des initiatives de solidarité diverses.
Et là encore, les pouvoirs publics ont décidé qu’il vallait mieux que tout le monde reste à la rue (c’est vrai : "l’hiver" ne commence que le premier novembre, il n’y a donc aucun problème à expulser le 31 octobre, bien connu pour sa chaleur estivale) et ont donné l’ordre de casser la porte.
Un nouveau rassemblement de soutien se forme devant, bloquant le boulevard de la Blancarde, notamment pour faire en sorte que les habitant-e-s puissent récupérer leurs affaires, mais se fait copieusement gazer par les agents de la police nationale et de la BAC présents en nombre.

Finalement, de nombreuses autres personnes sont arrivées en soutien, ce qui a permis de récupérer un certain nombre de choses. Mais les policiers rentrés dans les lieux ne s’étaient pas gênés pour détruire de nombreux objets personnels (dont une basse, un ordinateur...) ou uriner sur d’autres affaires. Un réflexe canin qui n’est pas si étonnant que ça venant de leur part, comme le disait un commentaire d’hier soir.
Ici, pas d’arrestation, malgré une illégalité d’autant plus forte que les habitant-e-s vivaient ici depuis près d’un mois. Comme d’habitude, les seuls arguments policiers sont ’C’est l’état d’urgence, on fait ce qu’on veut’, alors que de grande déclarations saluent la trêve hivernale, déplorent le manque de logement et d’accueil, etc.

Voici une vidéo de Street Politics sur ces événements :

La vidéo se trouve ici, si vous voulez en lire la description détaillée.

Cet article ne fait mention que des deux expulsions auxquelles nous avons pu assister hier soir, mais c’est sans compter les innombrables expulsions ailleurs à Marseille et en France (Montpellier, Toulouse, Paris, un peu partout). Et ce alors que selon les dernières estimations officielles, près de 2.5 millions de logements (sans compter les bâtiments sans vocation à devenir des domiciles) sont vacants en France, que près de 3.8 millions de personnes sont mal logées et que les prix de l’immobilier ne cessent de grimper (contrairement aux salaires, qui seront même parfois amputés du fait des répercussions de la loi Travail et des nouvelles extensions du libéralisme) et d’un taux de chômage qui n’est toujours pas près de retomber. Le nombre d’expulsions locatives a par exemple bondi de 24% en 2015, selon le Parisien.

L’équation est pourtant assez simple à résoudre : avec réquisition directe des logements vides et l’arrêt des expulsions, tout le monde aurait un toit.

Alors n’attendons pas que les pouvoirs publics nous accordent le droit d’être logés : ils agissent essentiellement dans l’autre sens, parce que le ’droit à la propriété’ a toujours été au-dessus du ’droit au logement’. En bref, l’économie et le pouvoir sont considérés comme plus important que les personnes.

Alors organisons-nous directement et collectivement pour reprendre ces lieux et lutter contre ceux qui organisent la misère quotidienne.

P.-S.

En ce qui concerne la situation à Marseille, le journal le Ravi avait écrit un article détaillé il y a quelques années, qui revient sur les expulsions locatives d’un point de vue des procédures.


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