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[Radio] Le refus du travail

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L’émission Che casino però ci voleva (qui revient sur l’histoire des luttes autonomes en Italie) est de retour ce mercredi 5 février de 16h30 à 18h sur Radio Galère (88.4FM) avec une émission spéciale sur le refus du travail, qui a conditionné le mouvement de 1977 mais peut-être bien aussi celui de 2016.

Quelques extraits de l’émission, en avant-première :

Le taylorisme et l’introduction des technique automatisées, la chaîne de montage, la standardisation des rythmes et des cadences du travail, tout cela avait transformé l’usine en un endroit complètement asocial, où les communications entre un travailleur et l’autre étaient presque impossibles du fait de la distance, du bruit, de la séparation physique, et où le poste de travail était dépersonnalisé et structuré de manière despotique, répétitive, conçu pour imposer des temps, des mouvements, des gestes, des réactions à un opérateur qui devient de moins en moins humain, de plus en plus mécanique.
La recomposition de classe des ouvriers des lignes de montage commence à partir de cette déshumanisation. La révolte de l’ouvrier-masse est la révolte de l’homme mécanisé qui prend à la lettre sa mécanisation et dit : alors, s’il faut que je sois tout à fait déshumanisé, s’il ne faut pas que j’ai une âme, une pensée, une individualité, je le serai jusqu’au bout, décidément, sans limites, sans pudeur aucune. Je ne participerai plus avec l’esprit au processus du travail. Je serai étranger, froid, détaché. Je serai brutal, violent, inhumain, tel que le patron a voulu que je sois. Mais je le serai au point de ne plus concéder même un milligramme de mon intelligence, de ma disponibilité, de mon intuition au travail, à la production.
Ce que les philosophes avaient décrit comme aliénation subie par l’ouvrier se transforme alors en extranéité choisie, organisée, intentionnelle, créative. Extranéité veut dire : même pas un gramme d’humanité pour la production. Toute l’humanité dans la lutte. Aucune communication ni sociabilité pour la production. Toute la communication et la sociabilité pour le mouvement. Aucune disponibilité pour la discipline. Toute la disponibilité pour la libération collective. Recomposition de classe signifie donc simplement et en conséquence : sabotage, blocage, destruction des marchandises et des installations, violence contre les contrôleurs des cadences d’esclavage.
L’intelligence ouvrière s’est refusée à être intelligence productive, et s’exprime entièrement pour le sabotage, dans la construction de cadre de liberté anti-productive. La vie commence à refleurir exactement là où elle avait été le plus radicalement effacée et épuisée, entre les lignes, dans les rayons, dans les chiottes, où les jeunes prolétaires commencent à fumer des pétards, à faire l’amour, à atteindre les charognes que sont les chefs d’usine pour leur balancer sur la gueule des boulons et ainsi de suite. L’usine est conçue comme un lager inhumain, et elle commence à devenir un lieu d’étude, de discussion, de liberté et d’amour. Voilà ce qu’était la recomposition de classe.

Extrait traduit par nos soins de Nanni Balestrini et Primo Moroni, L’Orda d’oro, éd. Feltrinelli, Milan, p.429

En 1977, la page du 20ème siècle a été tournée. Avec celui-ci, on commençait à laisser derrière les formes et les cultures de la production et du travail. L’automatisation et l’informatisation grandissaient, tandis que la communication devenait toujours plus centrale et que se dessinait l’époque post-industrielle.
D’autres choses changeaient aussi : les visages, les lieux, les cultures et les comportements de la jeunesse : les radios libres naissaient, les cercles du prolétariat et de la jeunesse se diffusaient, l’éthique du travail qui avait fondé les mouvements communistes du vingtième siècle était mise en crise et le refus de la logique des sacrifices montait, contre la ligne qu’avait imposé Lama lors du Congrès de l’EUR. La distance et le conflit avec la gauche historique se radicalisaient. A ce moment, le conflit et les tensions révolutionnaires étaient toujours moins marquées par les paradigmes du vingtième, par l’idée de la prise du pouvoir, et toujours plus par la tension de la récupération des espaces, pour se réapproprier la vie et le temps.
Ce fut un mouvement ouvertement révolutionnaire, et même qui fit une révolution, bien que sans débouchés et sans fins. Une révolution et un mouvement à une distance abyssale de l’idée de prendre le pouvoir et de renverser l’État. Vis-à-vis de l’État, plus simplement, il voulait s’en libérer et s’en passer. Et il eut en échange, comme réponse de cet État, une militarisation du conflit sans précédent, les villes occupées par les blindés et l’interdiction absolue de manifester, ce qui est là encore sans précédent. Et n’oublions pas que c’est justement en 77 que sont instaurées les prisons spéciales, le circuit de la haute sécurité pour les détenus politiques qui petit à petit augmentera, jusqu’à en contenir plusieurs milliers.

Extrait traduit par nos soins de Sergio Segio, Una vita in Prima Linea, éd. Rizzoli, Milan, p.99-100

Lavorare, lavorare, lavorare.... preferisco il rumore del mare...

P.-S.

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