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Violences sexistes et gazages de manifestant-e-s, le quotidien de lutte du SO de la CGT...

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« Allez... Ecarte les jambes, pousse et respire... Respire... Les contractions vont bientôt passer ! ». C’est en ces termes qu’ un membre du service d’ordre (SO) de la CGT m’exhorte à avancer lors de la manif du 21 septembre à Marseille. Une attaque sexiste qui ouvre le bal à un gazage généralisé et à d’autres violences de la part du service d’ordre de la CGT...

Je suis à la queue d’un cortège de tête un peu bordélique, qui manifeste aux cris de « Macron , Macron on t’encule pas, la sodomie c’est entre amis ». Derrière nous, le cortège de la CGT manifeste au cris de « Macron, Macron, tu suces les patrons » et du traditionnel « Macron, Macron, on t’encule ». Afin d’éviter qu’un écart (spatial-l’autre existant déjà) ne se creuse entre les deux cortèges et que la police n’en profite pour nasser, le cortège de tête ralenti. Ce qui ne semble pas au goût des chefs du SO-CGT qui nous hurlent d’avancer à coup de « Mais avannnnnnce putain ! », « Allez, ta gueule, avance », « Allez dégage ! ». Les ordres de la CGT font monter la pression et le cortège de tête s’arrête le temps d’un « On fait ce qu’on veut », repris en cœur comme un slogan. Je suis à la queue du cortège de tête et je dois dire que je ne me sens pas très rassurée par cette proximité avec un SO qui ressemble plus à un casting de videurs de boite de nuit ou à la BAC qu’à une rangée de militants. Comme beaucoup d’autres je me demande donc pourquoi on n’avance pas plus vite...

C’est à ce moment là que j’entend derrière moi « Allez avance... Ecarte les jambes, pousse et respire... Respire... Les contractions vont bientôt passer ! ». Inutile de préciser que « moi », je suis une femme. Et qu’en général, une femme à qui un inconnu dit « écarte les jambes », c’est soit une femme qui passe une visite médicale chez un gynéco (et encore, le vouvoiement est de rigueur en pareil cas), soit une femme prise au piège d’une situation pas très marrante. Evidemment, cette invective sexiste me fait sortir de mes gonds. Je me retourne vers lui, en rage. Sans doute aurait-il pu me traiter d’hystérique, mais il choisi de passer à un niveau supérieur d’expression de la domination. Il m’agrippe par le col et cherche à m’en coller une. Des camarades réagissent et monsieur propre et ses copains sortent leurs gazeuses (au moins 6) et se mettent à nous arroser à bout portant... Un camarade n’ayant pas reculé à temps se fait attraper par quatre gros-bras qui le jettent au milieu de leur cortège et le lattent au sol. Ce camarade sera « sauvé » par un autre membre de la CGT, ayant apparemment les synapses un peu plus fonctionnel ce jour là, qui criera à ses collègues d’arrêter le massacre et le rebalançera côté cortège de tête. Une jeune femme cherchera à apaiser les choses et se fera gazer à 5 centimètres du visage. Une camarade restée à l’arrière du cortège CGT pour informer les manifestants sera poursuivie par des membres du SO et menacée de tabassage. Une autre camarade venue leur demander des explications se verra répondre par musclor brandissant sa gazeuse au dessus de la tête en faisant signe de la masturber : « Tu la vois celle là, tu vas l’avoir dans le cul »....

Au final plus d’humiliation que de mal puisque personne n’a fini aux urgences, contrairement à la manif du 12 septembre à Paris, où cinq militantes féministes ont été violemment agressées par des membre du SO de la CGT, dans un contexte similaire de réaction face à des invectives sexistes (voir communiqué suite à l’agression violente de 5 femmes à la manifestation du 12 septembre 2017 par le SO de la CGT sur Paris-lutte-infos). Cette fois-ci, pas de mises à terre avec clefs de bras impliquant des entorses du poignet, pas de coups de casques au visage entrainant des ruptures de l’arcade sourcilière, pas de saisies à la gorge et de strangulation...

Pas de blessures graves donc, mais une vraie rage face à des agissements tolérés dans les rangs de la CGT, dans la droite lignée d’une culture du sexisme et du virilisme, entretenue à coup de « Macron, Macron, tu suce les patrons » ou de « Macron, macron, on t’encule » ! Une culture du sexisme aux antipodes des prétentions de la CGT qui affirme pourtant lutter contre les dominations, le patriarcat et les violences que cela engendre, comme en témoigne le communiqué du 4 août 2017 de la CGT-Culture, après la mort d’une secrétaire générale de la section CGT des archives nationales de Fontainebleau, tuée par son conjoint (SIC) .
Pas de blessures graves, certes, mais une vraie amertume face au manque de prises de position des militant-e-s de base de la CGT lorsque leur propre SO agit de la sorte, à Marseille, à Paris ou ailleurs. Car oui, même lorsqu’on n’est qu’un simple syndiqué, on a une part de responsabilité face aux moyens que la centrale emploie pour parvenir à ses fins. Ou, dit plus simplement, comme le faisait remarquer un militant CGT croisé à la terrasse d’un bar après la manif : « C’est quand même bien nous qui leur payons leurs gazeuses avec nos cotisations ! ».

Pas de blessures graves, mais une grande indignation lorsque j’entend certains militants, tenter d’amoindrir ou d’excuser de tels faits, lors de réunions intersyndicales, en les faisant passer pour des « réactions compréhensibles » face à des soi-disant « provocations » du cortège de tête. Ahhhhhhh oui, c’est vrai, j’avais presque oublié cette belle excuse de la « provocation » (tantôt des féministes identitaires, tantôt du black block infiltré par la police ) qui justifie souvent le tabassage et la répression de certains manifestants par d’autres qui se prennent pour des flics !

Et même si nous sommes bien conscients qu’on a mieux à faire que de s’embrouiller entre militant-e-s, face aux offensives capitalistes qui nous sont faites, on est quelques un-e-s à ne pas être prêt-e-s à défiler dans un climat sexiste, homophobe, viril et violent, au nom de la sacro-sainte unité nécessaire au prolétariat pour lutter contre le patronat.

Car oui messieurs les militants, ne vous en déplaisent, nous sommes quelques-uns à vivre sans fantasmer une « union syndicale sacrée », étendard pourrissant brandit comme le vestige d’un temps où le syndicalisme de combat prévalait face à celui des négociations corporatistes. Nous sommes quelques uns à refuser de penser que cette union obsolète et peu combative, vaut plus que les oppressions que nous subissons et que « la fin de l’histoire » n’abolira pas d’un coup le déterminisme sociale et les oppression qui vont avec. Le cocktail « gros muscles, agressivité et virilisme » fait partie des modèles d’identification que nous combattons et cherchons à détruire et nous n’avons pas l’intention d’attendre la fin du capitalisme pour s’attaquer au patriarcat ou à toutes les formes d’oppression qui nous nuisent au quotidien.


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