« Jumbo », la nouvelle spirale de rafles préfectorales racistes à Marseille

Un véritable système de rafles a été mis en place à Marseille depuis Avril 2025. Les contrôles au faciès sont désormais assumés, depuis le 7 Octobre 2025 la police traque chaque semaine dans les opérations Jumbo les hommes arabes et noirs en espérant pouvoir les expulser en cas de défaut de titre de séjour.
Ce dispositif raciste, sans précédent dans l’histoire récente de Marseille, a été permis par la coordination entre trois personnes partageant leur xénophobie : le Ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, le préfet Georges-François Leclerc (nommé par décret du 3 janvier 2025 préfetde région PACA, préfet de la zone de défense sud, et préfet des Bouches-du-Rhône), et la préfète de police déléguée Corinne Simon.

Le tournant ultra-sécuritaire à Marseille
Suite à la répression raciste massive ayant mis fin à la révolte antiraciste s’indignant de l’assassinat du jeune Nahel par un policier en juin 2023, l’Etat met en place des nouvelles compagnies de CRS « nouvelle génération » afin de lutter contre les violences urbaines et le trafic de stupéfiants, en appui des effectifs locaux : l’une d’entre elle est implantée à Marseille.

A l’approche des Jeux Olympiques de l’été 2024, dont des épreuves en mer se déroulent à Marseille, la présence policière explose dans le centre de Marseille. Des compagnies de CRS sont affrétées en permanence dans le centre-ville de Marseille, à Noailles et sur le Vieux-Port. Les contrôles au faciès jadis discrets ou confinés aux quartiers périphériques ont fait irruption dans le quotidien des Marseillais racisés du centre-ville : on contrôle bien sûr en extrême majorité les personnes qu’on profile suspectes (hommes arabes et hommes noirs). Le tournant sécuritaire s’amplifie encore avec l’inauguration le 11 juin 2024 par le Maire socialiste Benoît Payan d’un poste de police municipal sur la Canebière, à 200 mètres d’un commissariat déjà existant.

Une observation de quelques heures dans le centre-ville de Marseille suffit à témoigner du régime policier qui s’est développé : patrouilles de CRS, de police municipale, à pieds, à vélo, voitures de police stationnées toute la journée sur les trottoirs de la Canebière, voitures de police filant à toute allure (parfois pleine sirène, parfois sans avertissement, un drame semble imminent) sur les rails du tram, ou qui font un créneau en bloquant le Cours Lieutaud. La présence policière est massive : les indigènes n’ont qu’à bien se tenir !

Marseille, en tant que ville cosmopolite, ancienne porte de l’empire colonial, et aux multiples diasporas, est visée par le pouvoir réactionnaire parisien, la Ville semble appréhendée par Paris comme une colonie à reconquérir. Le quartier de Belsunce, quartier populaire et historiquement algérien du centre-ville de Marseille, est particulièrement visé, de même que le quartier de Noailles, accueillant de nombreux commerces africains.

Les effectifs de la police s’élèvent au nombre 4 100 personnes à Marseille fin 2024, soit 1 policier pour 200 personnes ! Ajoutez à cela environ 700 policiers municipaux. Au niveau national, on compte près de 240 000 policiers et gendarmes (tout confondus) pour 68M d’habitants, soit 0,35 policier pour 100 habitants. A Marseille, on compte 4 900 policiers (dont 800 municipaux) pour 880 000 habitants, soit un ratio de 0,55 policiers pour 100 habitants. La présence policière à Marseille est donc déjà près du double de celle observée au niveau national : le discours alarmant sur une sous-présence de la police à Marseille ne tient pas.

Triumviat xénophobe : Retailleau, Leclerc et Simon
Nommé le 20 janvier 2025, l’arrivée du préfet Georges-François Leclerc, au parcours irrespectueux du droit des étrangers lors de ses passages à Nice et dans le Nord, et au multiples positions islamophobes (tentative d’empêcher la construction d’une mosquée à Noisy-le-Grand, retrait à l’établissement musulman Averroès de son contrat d’association, tentative de fermeture de la mosquée des Bleuets à Marseille), était de mauvaise augure.

Six mois après sa nomination en tant que Ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau lance le 21 février 2025, le plan d’action départemental de restauration de la sécurité au quotidien (PADRSQ), à destination des préfets. Son objectif principal est de renforcer la sécurité du quotidien en adaptant l’action des forces de l’ordre aux spécificités des territoires. Quatre objectifs sont listés : la lutte contre les trafics de stupéfiants, la prévention des violences intrafamiliales, la lutte contre les cambriolages et les vols liés aux véhicules et la réduction de la délinquance routière. La lutte contre l’immigration irrégulière (qui n’est pas un délit) ne figure pas dans les objectifs de ces plans, comment est-ce possible alors que le plan d’action mis en place dans les Bouches-du-Rhône soit tant focalisé sur ce point ?

Un extrait de l’édito du Ministre sur le site du ministère en dévoile la méthodologie, mais aussi la portée électoraliste :
Sous l’autorité de chaque préfet, un travail exceptionnel et inédit a été réalisé, pour dresser, à travers des diagnostics territoriaux, une cartographie précise et complète de la délinquance, dans chaque département. Désormais, et à partir de cette cartographie, des actions ciblées vont être lancées. Elles seront nécessairement différentes selon les départements, mais elles devront être convergentes quant à l’objectif poursuivi : obtenir des résultats. Car c’est ce que les Français nous demandent. Ainsi, de manière non transparente, des secteurs vont être régulièrement visés par de vastes opérations de contrôles policiers.

Jumbo : La chasse est lancée
Deux mois après la mise en place de ces plans, le 23 avril, la veille de la visite du ministre Retailleau à Marseille, les forces de l’ordre mènent une vaste “opération Jumbo” à travers Marseille et les Bouches-du-Rhône (à la demande du ministre). Près de 1 000 agents de l’État ont été déployés (dont 7 compagnies de CRS) sur la voie publique, les axes routiers et dans les transports en commun dans tout le département afin de restaurer la sécurité du quotidien sur tous les terrains (dont déployés 170 à la Cité de La Castellane, d’autres à Gardanne, sur les voies menant à Marseille depuis Cassis, à Saint-Mitre-les-Remparts…).
Cet effectif de mille policiers se vantent d’un bon résultat : 10 000 contrôles, 106 interpellations, 12 placements en CRA (centre de rétention administrative), 9 commerces fermés et 8 procédures contradictoires engagées, et 13 infractions à la législation sur les armes engagées.
Que témoignent ces chiffres et résultats ? Quel impact psychologique auront eu ces 10 000 contrôles sur les citoyens, cela est-il justifié pour quelques dizaines de poursuites ?
Lors de la visite de Retailleau le 24 Avril au matin, accompagné par Martine Vassal et Renaud Muselier, sur le parvis de la gare Saint-Charles, ceux-ci écoutent les résultats de la journée de la veille, ils semblent émerveillés et réclament « Il faut refaire », dévoilant leur haine de Marseille et de son cosmopolitisme.

Ciblage des rafles sur les quartiers populaires
L’analyse des forces mobilisées et du tableau de chasse de la police laisse penser que les instructions ont ensuite demandé à la police de viser plus précisément les espaces cosmopolites accueillant des immigrés, notamment Belsunce et le centre-ville de Marseille.
Le 29 mai, "Jumbo 2" s’est déroulée dans plusieurs villes des Bouches-du-Rhône. Ayant réuni environ 700 agents de l’État, avec un objectif clair : "lutter contre la délinquance du quotidien", selon les mots de Corinne Simon. L’opération Jumbo 2 a été plus largement encore médiatisée (articles Maritima, Destimed, La Provence, Marsactu, BFM, Gomet…).
Le bilan est de 1990 personnes contrôlées, pour 41 interpellations et 21 gardes à vue. Au niveau des établissements, 12 infractions ont été relevées et 14 ont eu des sanctions administratives sur les 42 établissements contrôlés. 153 infractions routières ont aussi été constatées, dont 10 pour conduite sous stupéfiants et 17 pour conduite sans permis.
Le nombre de contrôles semble avoir été largement diminué, divisé par 5. Les interpellations n’ont baissé que de moitié, ainsi il semblerait que la police ait resserré son ciblage de contrôle des personnes : un contrôle au faciès assumé ?
La communication organisée par la préfète s’effectue depuis Belsunce, quartier populaire de centre-ville par excellence, et symbolisant l’objectif à demi-caché de reconquête d’un territoire aux populations indésirables.
À Marseille, les opérations de contrôle se sont concentrées sur le centre-ville (source : Maritima). À quelques rues du quartier de Belsunce, un coiffeur a été inspecté. L’un des enquêteurs a précisé à la préfète : "Il a une attestation de qualification de coiffeur et après on va faire les recherches avec l’URSSAF pour voir s’il est déclaré ou pas."
Maritima décrit : « Des commerçants excédés »
Un peu plus loin, rue d’Aix, l’accueil est moins chaleureux. Certains commerçants se disent agacés par la fréquence des passages des forces de l’ordre. "Au bout d’un moment, c’est gavant", lâche un commerçant. "On nous contrôle une fois, deux fois, trois fois, allez-y, ce n’est pas grave. Mais quatre, cinq fois !"
Le type de commerces visés dévoile aussi le ciblage des lieux associés aux personnes en lien avec l’immigration : commerces d’alimentation, barber shops, magasins de téléphonie, vente de CBD, les garages automobiles…
« Un bilan fructueux, considère la préfecture de police, qui estime avoir affiné le dispositif depuis la première opération Jumbo il y a un mois, et cibler de mieux en mieux les établissements. » (La Provence), indiquant également que les polices municipales sont partenaires de l’opération (La Marseillaise).

Priorité Numéro 1 : la traque aux sans-papiers
Les hostilités reprennent le 25 septembre 2025, avec une conférence de presse explosive par sa xénophobie. Ce jour-là, le préfet de Région Paca et la préfète de police déléguée marchent en rangs serrés et dévoilent la nouvelle directive de l’Etat : après des années de lutte contre les trafics de stupéfiants dans les quartiers nord, « l’hyper-centre de Marseille est la haute priorité des forces de police », clament-ils. Pourquoi ? Parce que la part des étrangers impliqués dans les chiffres de la délinquance de voie publique est à ce jour de 42 % dans le département des Bouches-du-Rhône et elle peut aller jusqu’à 65 % dans le centre-ville de Marseille. Plus de 8 300 cas d’étrangers en situation irrégulière ont, selon lui, été traités depuis le début de l’année.
« Les interpellations d’étrangers en situation irrégulière ont augmenté de 70 % depuis le début de l’année dans le département. On a des jeunes en situation irrégulière en France qui sont pris en main par les réseaux de stupéfiants », explique le préfet. « On ne peut pas penser séparément la politique de lutte contre l’immigration clandestine et la politique de lutte contre la délinquance », aime à marteler Georges-François Leclerc.
Il est annoncé que les trois compagnies de CRS dites "en résidence" à Marseille vont être affectées pour l’essentiel dans l’hyper-centre, même si elles seront parfois amenées à faire « des vacations » à Vitrolles, Arles ou Port-de-Bouc.
Ainsi le représentant de l’Etat en PACA déclare que la lutte contre les étrangers en situation irrégulière est devenue la priorité numéro 1, reléguant la lutte contre le narcotrafic au deuxième plan. Pourtant l’immigration irrégulière n’apparait aucunement dans la mise en place des PADRSQ (dont Jumbo est une émanation). Ce revirement xénophobe assumé n’a malheureusement pas fait la une des médias locaux, ni celle des médias nationaux. La suite des évènements va révéler la mise en place de cette stratégie : là où des opérations « Place Nette » visaient régulièrement le narcotrafic, le mois d’octobre 2025 a été l’objet de rafles structurées hebdomadaires à Marseille.

Harcèlement policier visant les personnes racisées
Le 7 octobre, Jumbo reprend : la police bloque trois rues de Belsunce et contrôle tout le monde, c’est l’opération Jumbo 3 : autour de la rue des Dominicaines, de la rue des Petites-Maries et de la rue Maurice Korsec. Les policiers locaux et les unités de CRS ont bouclé le périmètre et de procéder à des contrôles d’identité. Pendant que les forces de l’ordre intervenaient sur la voie publique, plusieurs services administratifs étaient mobilisés sur les contrôles sanitaires et réglementaires. L’Urssaf ainsi que les services des douanes et des finances publiques ont contrôlé les hôtels et restaurants du secteur (réputés très populaires et pouvant servir de refuge et lieu d’accueil pour des personnes en situation irrégulière).
L’Etat se félicite : avec une force de police bien moindre que les opérations Jumbo 1 et 2, de l’ordre d’une centaine de fonctionnaires, le bilan de l’opération s’établit à 22 interpellations, dont 11 étrangers en situation irrégulière. Sept d’entre eux ont été placés en centre de rétention administrative. Sur les 14 restaurants ou hôtels inspectés, 7 demandes de fermeture administrative ont été établies.
La préfecture et le Ministère de l’Intérieur, réalisant que les opérations Jumbo 1 et 2 avaient été trop coûteuses, complexes, et aux résultats lui paraissant décevants (l’interpellation de personnes sans papiers apparaissant après la conférence du 25 septembre comme la priorité absolue), décide de les rendre bien plus fréquentes (de mensuelles à hebdomadaires) et axées sur la lutte contre les immigrés.
En l’occurrence à Belsunce et dans le centre-ville de Marseille : L’Etat ne supporte pas que le centre de la 2ème Ville de France accueille une population cosmopolite et racisée, bien que cela soit déjà le cas depuis le 19ème siècle et le développement de Marseille en tant que Porte de l’Empire Colonial français.

Jumbo assumé : les rafles hebdomadaires anti-immigrés
A peine une semaine après, le 15 octobre, c’est l’emblématique Marché du Soleil qui est visé, un marché très populaire offrant des produits importés à bas prix, avec une forte empreinte algérienne. Déjà le 23 Avril (Jumbo 1), le Marché du Soleil était l’une des cibles des forces de l’ordre, qui saisissent 300 pièces de contrefaçon, selon la préfecture. L’intervention d’envergure menée par la Police nationale au Marché du Soleil le 15 octobre dernier illustre un changement de cap des autorités : frapper plus fort et sur plusieurs fronts. À la lutte contre la contrefaçon s’ajoute la répression de l’immigration clandestine menée par l’État, décidé à resserrer l’étau sur les lieux de l’économie informelle. (Marsactu)
Questionnée sur le rôle et l’ampleur des saisies effectuées par la douane, la police répond à Marsactu avoir simplement “effectué un contrôle type qui a permis de contrôler les identités et certains commerces”. Le Marché du Soleil est visé car il représente un espace des migrations à Marseille, que l’Etat voudrait faire disparaître.
Le 23 octobre, nouvelle opération Jumbo à Mazargues et à La Cayolle (quartiers Sud de Marseille, moins populaires), cette fois la présence journalistique semble quasiment nulle, la communication sur la reconquête d’une terre devenue hostile ne s’y prêtant pas ?
Dans une vidéo publiée sur X le 24 Octobre, le compte de la Préfète de Police dévoile une nouvelle opération menée à Mazargues (Sud de Marseille), avec pour but affichés de « lutter contre les trafics, la délinquance, et l’immigration clandestine », bien que le dernier des buts énoncés n’ait jamais fait partie des objectifs des PADRSQ, et enfin ouvertement assumé par la préfète de police.
Nouvelle opération Jumbo le 30 octobre : La rue des Récolettes, dans le quartier Belsunce, a vu tous ses commerces visités de fond en comble. A-t-on déjà vu pareille opération dans les quartiers chics ? Résultat : six snacks qui ont été fermés. Deux procédures pour travail dissimulé ont également été engagées. Parallèlement, 8 étrangers en situation irrégulière, 3 vendeurs à la sauvette et 1 individu en possession d’une arme ont été interpellés.

Absence de critiques et xénophobie institutionnalisée
Les articles de journaux locaux font la promotion de ces opérations, avec les préfets s’affichant comme des garants de l’ordre, et semblant très disposés à avertir et exposer leurs actes auprès des médias. On peut aisément deviner l’enjeu d’actions et de communications xénophobes à peine caché (puis ouvertement assumées depuis fin septembre 2025), créés et développés par Retailleau, afin de draguer les électeurs du Rassemblement National, au niveau régional voire national. Avec le départ du ministre début octobre 2025, et le départ du préfet Leclerc fin octobre 2025, ces opérations de rafles xénophobes seront-elles poursuivies ?

Ce système de rafle a été mis en place par Bruno Retailleau, Ministre de l’Intérieur pendant près d’une année, étant issu d’un parti ultra-minoritaire à l’Assemblée Nationale, ayant récolté 7% aux dernières élections présidentielles. Qu’une seule personne ait pu mettre en place un système répressif si puissant et nuisible témoigne de la faiblesse des institutions françaises et de la xénophobie imprégnant largement les institutions. A l’image des pratiques brutales de l’ICE américaine, nous assistons à la structuration de dispositifs xénophobes assumés en France, sous une présidence qui a réussi à être élue en opposition à l’extrême droite.

Quel rôle tient dans tout cela Benoit Payan, le maire socialiste de Marseille ? Si aucune information n’a fuité concernant la participation des effectifs municipaux aux opérations de rafle, aucune critique de ces rafles hebdomadaires n’a été émise par le Maire de Marseille. Il semblait même accueillir très volontiers Bruno Retailleau lorsqu’il venait répandre ses idées nauséabondes dans la Cité Phocéenne.

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