Plainte contre la prison d’Oristano

Cesare Battisti, depuis son lieu de détention, a entamé en juillet dernier une lutte pour sa dignité et sa santé. Il semble que ce ne soit pas sans danger pour lui, comme vous pourrez le lire en post-scriptum.
Dans la lettre qui suit, qu’il a souhaité rendre publique, il annonce porter plainte contre la direction de la maison d’arrêt de Massama, ou il est maintenu à l’isolement, en dépit de la loi et des risques sanitaires, depuis bientôt un an et demi.

ALLA PROCURA DELLA REPUBLICA D’ORISTANO (vf)

et p.c. à l’Office de surveillance (AC)

Le soussigné Cesare Battisti, né à Cisterna di Latina le 18 décembre 1954 et détenu à la Maison d’arrêt de Massama (OR), soumis au niveau de sécurité AS2 (pour terroristes), porte plainte contre la direction de cette institution pour abus de pouvoir ; non-respect du règlement pénitentiaire ; ou autres accusations prévues par les faits ci-dessous :
comme indiqué dans l’identification, le soussigné doit purger sa peine dans un service de sécurité AS2. Et pourtant, à son arrivée à Ciampino le 14 janvier 2019, il a été immédiatement transféré à la prison de Massama où il n’existe pas de département de sécurité qui lui est destiné. De janvier à juillet 2019, alors qu’il purgeait sa peine de six mois d’isolement de jour, le soussigné n’a pas jugé nécessaire de signaler l’anomalie. Cependant, après ces six mois et l’isolement forcé se poursuivant, de nombreuses plaintes ont été déposées auprès de cette direction, au bureau de surveillance et du ministère. Un an après le signalement de l’infraction, le maintien illégal en cellule d’isolement persiste. Aujourd’hui, 13 août 2020, et pour la deuxième fois, la première était en juillet, le commandant de cette prison me convoque pour me dire que je peux sortir de l’isolement (un an plus tard !) si j’accepte d’aller dans le quartier AS3, qui est d’ordinaire destiné aux prisonniers par association de type mafieux. Je souligne que les deux catégories sont non seulement extrêmement différentes, compte tenu du type de délit, mais aussi fortement incompatibles, étant donné l’adversité idéologique notoire des prisonniers politiques face aux gangs de type mafieux. En tout cas, il est surprenant que le Commandant de cet Institut demande pour la deuxième fois au soussigné de signer une décharge afin de ne pas prendre lui-même la responsabilité de mélanger imprudemment les niveaux de sécurité établis, sans que l’institution judiciaire ne soit intervenue pour changer la typologie du délit.

Cesare Battisti,
Massama, 13 août 2020-08-20

Publié le 21 Août 2020 par 1Mot2Cesare, sur Thechangebook.org

Retrouver ici le texte d’origine en Italien : ALLA PROCURA DELLA REPUBLICA D’ORISTANO

Plus de contenu -> 1Mot2Cesare - Blog Médiapart LeNous - Carmilla OnLine - Page FB (via dontolink) La vendetta dello Stato : il caso Cesare Battisti

PS :

Pour rappel de la situation mise à jour, Cesare est actuellement soumis à une classification AS2 (haute sécurité). Une classification réservée normalement à une personne hautement dangereuse (40 années après les faits, d’une vie d’écrivain bien remplie avec plus d’une quinzaine de publications à son actif, toujours parfaitement intégré socialement malgré de constants obstacles).
Il est à l’isolement de fait depuis 16 mois à ce jour, étant le seul de ce régime spécial de sa prison.
À la demande de transfert vers la prison de Rome ou celle de Milan, plus près de son avocat et de sa famille, à été opposé un projet de transfert vers la Calabre, dans une prison dédiée au terrorisme islamiste. Projet annulé après que Cesare ait accepté dans l’espoir de voir enfin finir un isolement d’une durée destructrice autant que choquante.

  • La visio-conférence, finalement concédée, pour voir son fils de 5 ans (qui vit au Brésil) est limitée à 10 ou 15mn.
  • Le repas chaud est toujours en option au choix avec l’heure de promenade de façon à interdire toute interaction avec les autres détenus qui partent manger à la même heure.
  • Sa santé se dégrade. Une hépatite a été diagnostiquée, et il y a une suspicion de prostatite.
  • Un régime alimentaire compatible avec son état de santé ne lui a pas été accordé, pas plus que le réchaud qui lui aurait permis de "cantiner" comme les autres détenus, de façon à pourvoir lui-même tant bien que mal aux exigences de la maladie en matière nutritive.
  • Il rapporte également plusieurs situations d’intimidations
    préoccupantes venues entraver ses démarches pour obtenir des conditions de détentions plus dignes.

A lire aussi...