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Avons-nous d’autres choses à faire que de former des groupes de travail pour des actions qui impactent ?

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Que des gens continuent, contre vents et marées, à parler ensemble dans la rue, qui plus est en tentant de s’opposer au régime que nous subissons, et en s’écoutant, autant que possible, autrement que lors des échanges quotidiens marqués par cette infâme désorganisation organisée, voilà de quoi réjouir quiconque continue à sentir le mensonge de ce qui s’abat sur nous et de sa prétendue éternité et qui, dans une certaine mesure, nous constitue.

Et pourtant, cette joie se trouve bien souvent ternie par l’ennui abyssal qui marque ces assemblées de rue. Ces quelques lignes ne prétendent nullement dire quelque chose de véritablement nouveau, bien au contraire elles ne parleront que dans la mesure où elles diront maintenant ce que d’autres ont pu ressentir face à la misère des paroles que les gens plus ou moins révoltés entretiennent malgré eux, misère que l’administration de la mort apprend à ses administrés.

Nous voilà repartis « en lutte » contre une énième loi gouvernementale qui suit la longue et douloureuse progression du capital et de l’État, nous voilà encore réunis contre la dernière des manifestations d’un système mortifère qui s’évertue à momifier les gens et à merdifier les choses. Et nous pensons avoir appris, de l’école ou de ce nous continuons à appeler vie, à être pratiques ou pragmatiques, à « faire des choses pour de vrai », à ne pas rester sur de vaines paroles ; celles-là même qui nous ont fait sentir que tout cela ne peut perdurer mais, qu’importe, il faut agir. Faire l’adulte ne mange pas de pain, pense le sacrifié : il sort son agenda et appelle de tous ses vœux la prochaine date. La prochaine date, mais pour faire quoi ? Si quelqu’un ose encore demander contre quoi nous nous opposons, il y a toujours d’autres chats à fouetter. On parlera de si cortège de tête ou si en queue de manifestation, de massification, de l’importance d’une centrale syndicale et de son service d’ordre, et l’on perpétuera par là-même l’ennui pour la cause.

Il y a quelques temps, certains parlaient de bloquer l’économie, les flux - gares et autoroutes - et les entreprises. Si quelqu’un demandait si cela signifiait véritablement bloquer l’économie, la tautologie reprenait ses droits : puisque nous voulions bloquer l’économie et préparions des « actions », cela même bloquait l’économie. Il y a toujours d’autres chats à fouetter. Mais il faut croire que nous avons progressé en voulant faire des manifestations et des « actions », sans même savoir pourquoi.

Non : la véritable ligne de partage entre les centrales syndicales et la rébellion du bas ne sera jamais une question de mode dans les défilés. La seule question importante dont la majorité d’entre nous n’ose même plus parler, et qui certainement n’oppose pas tant syndiqués et non-syndiqués, est celle du pourquoi. Si pour certains, au travers de ces lois, il ne s’agit que de combattre pour une meilleure répartition de la richesse abstraite et pour la prise en compte des opinions des citoyens et « migrants universels », on peut encore penser qu’il vaille la peine de lutter, guidés en cela par l’amour des gens et des choses, contre le travail, contre l’argent, contre le devenir individuel des gens qui, au fond, se fichent éperdument d’exister personnellement, contre le décompte du temps qui fait de nos vies de simples existences et contre ces technologies qui prétendent réunir cela même qu’elles travaillent à séparer. Mais encore faudrait-il en parler et ne pas se résigner, comme des cadres exécutifs, à noter quelques dates importantes sur des agendas. Parler n’est pas vain et ne l’a jamais été. Ce n’est que parce que la séparation avec les choses progresse que la pensée est mutilée, mais il ne faut pour autant la dénigrer.

S’il faut des dates, posons un jour de la semaine (cette imposition de la Genèse), et tenons-nous à ce jour semaine après semaine. Parlons sans bien savoir pourquoi, mais parlons de ce qui tue, de ce qui fait que cette ville ne continue à s’appeler ville que par mensonge, ce même mensonge qui semble nous faire croire que nous avons du « temps libre », pour lequel il nous faut travailler et acheter, autrement dit nous vendre. Oublions ces lois, ces politiciens, ces centrales syndicales et autres misères, dont la mention nous rend si adultes, et parlons de ce qui nous sépare, de ce maudit travail et de sa contrepartie, ce maudit loisir, de l’argent qui nous conduit à nous gaspiller, comme nous gaspillons les choses et les gens desquels nous nous pensons maîtres. Il se pourrait que de là découle ce que l’on s’évertue à appeler action.


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