Black Corp : bras armé des expulseurs

Dans les villes, les habitants font face à des logements de plus en plus précaires, la gentrification agressive et un marché de l’immobilier toujours plus en tension. Récemment, est venu se rajouter à cette recette déjà bien pourrie une loi anti-squat (Loi Kasbarian) qui supprime toute notion de temporalité en cas d’expulsion et reste très floue sur les procédures autorisées. Et là, les propriétaires/expulseurs se sentent pousser des ailes. C’est dans ce contexte plus que bancal (mais pas sous le coup de la loi Kasbarian) qu’un soir de fevrier deux habitants.tes du 1 Place Jean Jaurès se sont retrouvé.e.s confronté.e.s à une expulsion extrêmement violente exécutée par une société privée du nom de Black Corp Protect.

Dans ce squat du centre ville de Marseille, trois gros bras cagoulés, lacrymo à la main, ont enfoncé la porte prenant par surprise les habitants.tes. Ils sont entrés dans le logement, ont violenté et mis à la porte les deux personnes qui s’y trouvaient puis ont changé les serrures et ont pris possession de l’appartement.

Les gars se sont présentés comme étant les propriétaires comme si cela justifiait leur irruption dans le logement et l’agression des deux habitant.es. Le commanditaire de l’expulsion est en réalité le futur acquéreur de l’immeuble, signataire d’un compromis de vente. Il n’était pas officiellement propriétaire (les derniers papiers de la vente n’étant pas signés) au moment de l’expulsion mais s’est senti d’engager cette société pour faire le sale taf. Il faut savoir que, le squat occupé depuis 4 ans n’avait aucune procédure d’expulsion en cours.

Les autres residents.es de l’immeuble alerté.e.s par le bruits/les cris sont sorti soutenir leurs voisins.ines tandis que deux autres employés de la société arrivaient. Dans l’incompréhension de la situation et la panique la police à été contactée. D’une grande aide comme à son habitude, elle a maintenu une posture hostile et menaçante envers les habitants.tes et les personnes venues les soutenir allant jusqu’à embarquer un des soutiens du squat. Les flics sur place ont claqué de grandes bises aux expulseurs puis les ont laissé poursuivre tout en mimant un semblant de prise d’identité. Entre copains on se soutient, à tel point qu’un keuf à rétorqué « si y’a pas de marques, y’a pas d’agression » à un.e habitant.e qui venait de se faire frapper par un type de Black Corp... Malheureusement rien de plus compréhensible sachant que les compagnies de sécurité comme Black Corp sont de véritables usines à recyclage de keufs.

L’expulsion a continué, les cinq gars se sont installés à l’intérieur toujours protégés par les flics et ont fini par passer la nuit sur place. C’est seulement le lendemain après midi, qu’une huissière a été contactée. Suite à son arrivée sur place, nouvelle situation surréaliste ; l’huissière, accompagnée d’un serrurier, a tenté d’ouvrir tout en se faisant menacer de l’autre coté de la porte par les types de Black Corp qui voulaient la gazer. Huissière et gros bras se sont ainsi crié dessus, jusqu’à ce que la police de nouveau contactée arrive sur place. Les employés de Black Corp ont finalement été obligés d’ouvrir la porte et de laisser les habitant.es et leurs compagnon.es récupérer leurs affaires.

Lors de ce déménagement express les nombreux.ses déménageurs.euses improvisées, soutiens des expulsé.es, ont malencontreusement embarqué quelques affaires appartenant aux vigiles, renversé des poubelles dans plusieurs pièces, arraché les radiateurs et enlevé les ampoules. Peut être même que par inadvertance le tableau électrique a été quelque peu mis à mal.

Maigre consolation de savoir que Black Corp ne pourra au moins pas se mettre à l’aise dans le logement qu’ils viennent d’expulser !

Récapitulatif sur les acteurs de cette expulsion...

D’abord, il y a les nouveaux proprios, qui ont demandé à Black Corp d’expulser les squatteurs.euses. Eux, c’est GN2I (Groupement National d’Investissement Immobilier). C’est eux qui appellent les sociétés de sécu pour virer illégalement des squatteurs.

Elle se trouve au 431 rue Paradis 13008 Marseille et son gérant est Cédric Seror.

Ensuite, Black Corp, dont le patron est Jean-Christophe Vigne, né en 1990, de son petit blase @jc.bodyguard sur Insta.

L’entreprise se situe au 7 rue Maurice Grosjean 13010 Marseille. Le num : 0983719380.

Pour préciser un peu, Black Corp c’est, comme dit plus haut, une entreprise de sécurité qui en plus de ses services spécialisés dans la protection de vedettes (Pascal Obispo, Jamel Debouze, Aya Nakamura, Kilian Mbappé etc...) s’est illustrée pour son implication dans l’expulsion de squats, en se mettant au service des proprios.

Il s’avère que la plupart des employés de Black Corp sont des anciens flics.

Leur méthode, c’est de faire du repérage sur place quelques semaines avant l’expulsion. La violence verbale et physique est largement employée contre les personnes expulsées, et les gars de BC n’hésitent pas à menacer les autres habitant.e.s de l’immeuble. Ensuite, ils s’installent quelques semaines dans le lieu expulsé, en faisant des tours de garde.

L’agence véreuse qui gère les biens des anciens proprios, c’est le Cabinet Laplane, au 42 rue Montgrand, 13006 Marseille. Le patron, Olivier Hugues, qui a assuré ne pas être au courant de cette volonté d’expulsion et a dit en être « outré », n’a été absolument d’aucun soutien ni pour les personnes expulsées ni pour les autres habitant.e.s de l’immeuble, qui avaient également été menacées. Il a clairement et simplement exprimé qu’il ne voulait pas ce mêler de cette histoire. En décrétant cela, il se positionne clairement du côté des expluseurs.

L’appart du 4e étage de la plaine, celui qui a été expulsé, ne pouvait plus être loué du fait de l’installation de l’antenne 4G orange sur le toit. Orange verse une belle somme au proprio tous les mois pour la location, somme qui dépasse largement les loyers de chaque étage.

L’ancienne proprio qui a vendu son bien immobilier se nomme Nancy Galinier Warrain. C’est surtout son fils qui s’occupe de la vente. Celui-ci s’est dit également « outré » et a qualifié cette histoire d’inacceptable, mais en est resté là.

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