Les villes en surchauffe : soutien à la révolte

Quelques mots pour affirmer le soutien de Trou Noir au mouvement de révolte suite à l’assassinat de Nahel par la police française.

La Marche blanche pour Nahel était émouvante et puissante. On fait rarement l’expérience d’une telle précision politique lorsqu’on participe à une manifestation, ici toute entière dirigée contre les pulsions racistes de notre pays. On pouvait y lire sur une des pancartes : « Justice pour Nahel. C’est toujours pour les mêmes qu’être en tord conduit à la mort ». L’émeute qui a émané de la marche était tout autant vindicative et sensible, l’expression d’un deuil politisé qui s’affronte à la haine organisée de l’État français. Les nuits suivantes, il y a aussi eu la joie qui se manifeste dans les actes de destructions et de pillages, dans le partage d’une colère et dans l’interruption du cours normal et lénifiant des choses.

La contre-insurrection en cours est d’une brutalité insupportable, elle mobilise non seulement les forces militaires mais canalise également les affects sécuritaires de la population dans une épouvantable rationalité politique. L’inconscient raciste avait déjà éclaté pendant la dernière campagne présidentielle ; aujourd’hui il se répand aussi vite que des tirs de grenades lacrymogènes. « Nuisibles », le mot est lâché dans un communiqué des syndicats de police Alliance et Unsa-Police pour qualifier ces « minorités violentes ». L’animalisation des jeunes issus de l’immigration n’est clairement pas nouvelle, elle a une histoire, celle de la colonisation (tout comme furent considérés comme nuisibles les vies juives, roms, LGBT, etc.) ; et c’est par cette histoire que des flics sont capables d’appuyer sur la détente pour les éliminer. Il n’y a pas besoin d’ailleurs de parler d’une « américanisation » de la police française comme le fait le Yannick Jadot, l’histoire coloniale de notre pays comporte déjà tous les éléments nécessaires à l’éclosion de son fascisme.
Et ne pas oublier que la phase de répression se situe également dans les tribunaux où sont jugées et condamnées à la chaîne en comparutions immédiates les personnes qui auront malheureusement été arrêtées. La justice française prend le relai de la police dans l’exercice d’une jouissance punitive, soigneusement planquée entre les murs de ses salles d’audience. Des peines extrêmement lourdes sont déjà tombées en seulement 15 minutes de procès par personne. La solidarité doit entrer dans ces institutions françaises où des vies entières sont brisées dans le plus grand silence.

Malgré la constance de la répression armée, on ne s’habitue pas à la brutalité policière, c’est pourquoi toute stratégie qui vise à abolir (et non réformer) la présence de la police dans nos vies est une bonne stratégie. Il convient de rappeler qu’en tant que média queer, nous avons souvent eu à traiter et à nous opposer à la gestion sécuritaire des agressions que nous pouvons subir.
Nous soutenons le mouvement de révolte actuel dans sa dimension offensive et immédiate, dans sa nécessité de s’inscrire dans un temps long et constructif, et en étant surtout à l’écoute de toutes celles et ceux qui n’ont pas droit à la parole politique.

Trou Noir.

A lire aussi...