Au printemps 2017, les journaux du coin avaient eu l’amabilité de titrer la blague qui se colportait déjà de conversations en conversations : L’exposition « vies d’ordure » qui devait justement s’ouvrir ce mois-ci au MUCEM, se vivait déjà en avant-première dans les rues du centre-ville, du fait d’une grève du ramassage des ordures.
Autant dire qu’après une seconde tournée de « Capitale de la culture » l’année passée, l’abondance « d’art contemporain » dans la ville ne m’étonne plus vraiment, et ça ne risque pas de s’arranger avec la venue de la biennale d’art ittinérante « Manifesta ». [1]
Alors quand ce tas de gravas bleu-vif est apparu un après-midi dans un terrain vague de Belsunce, au coin des rues Nationale et de la Fare, sans y avoir été le matin, je ne savais pas quoi trop en penser. Hommage à Yves Klein ? [2] Pas le même ton. Période Bleue à la Picasso ? Peut-être.
Il se trouve que c’est l’œuvre de la Soléam, pourtant loin d’être un.e jeune artiste incompris.e, entre autre célèbre récemment pour avoir dôté la Plaine d’un hommage grandeur nature au mur de Berlin, afin de donner au quartier un petit cachet de gentrification… Il se trouve que l’installation, prévue comme temporaire mais déjà là depuis quelques mois, et qui aurait d’abord été présentée comme des « débris de la rue d’Aubagne, peints en bleue pour éviter les odeurs », peut-être pour inciter à la compassion. Mais l’information est quand même sortie : le tas de débris contient de l’amiante, et la peinture bleue, toute installation artistique involontaire de « landscape art » qu’elle puisse être n’est là que pour en fixer les poussières. [3] Par les temps qui courent, il ne serait pas surprenant que les ouvrièr.e.s impliqué.e.s dans son transport et sa peinture aient des diplômes des beaux-arts dans leurs curiculum vitæ.

Un peu d’amiante avec votre art contemporain ?