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Renouer avec l’Histoire. À propos de quelques propositions pour « aller au-delà du cortège de tête » et du regard porté sur nos actions.

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Pourquoi le mouvement contre la loi travail 2 ferait-il mieux que le précédent ? Que s’est-il vraiment passé au printemps 2016 ? Comment peut-on inscrire ces réflexions dans la situation actuelle, et comment définir cette situation ? Autant de questions dont les conclusions pourraient nous aider à formuler quelques réflexions stratégiques pour dépasser le cortège de tête autrement que par de belles formules...

La situation actuelle

Nous pensons que la question de savoir comment s’organiser est en elle-même dépassée. Si des formes d’organisations traversent nos luttes, les problématiques qu’elles peuvent impliquer ne deviennent réellement perceptibles que lorsqu’éclate ce que Bruno Astarian nomme « l’activité de crise » [1]. Alors, du moins pour le « mouvement réel » et pas pour la contre-révolution générée, l’organisation ne peut plus être que celle des tâches, « des mesures communistes » [2], que la lutte contraint d’elle-même et qui seront seules à même de parvenir, ou non, à générer à un niveau de masse de nouvelles formes de vies, de nouvelles manières de produire et de distribuer nos activités.

Ces quelques affirmations dissimulent des perspectives allant à l’encontre de ce qui paraît beaucoup partagé dans nos cortèges de tête : nous ne sommes pas dans une période de déstabilisation de l’économie capitaliste ; l’activité de nos luttes appartient à la norme régnante sous le cours quotidien de la lutte de classes et, à l’heure d’aujourd’hui, ne préfigure aucun dépassement réel ; bref, nous nous trouvons dans une séquence contre-révolutionnaire où nos luttes restent isolées malgré, il est vrai, un besoin de transformations profondes du système assez partagé par toute une « partie » de la population. Il ne s’agirait pas de surestimer cette « partie », même si elle existe dans une hétérogénéité qui pourrait faire sa force.

Partant du constat qu’il existe des dynamiques dans la lutte de classes qui ont directement des questions à poser à notre pratique, essayons de faire le point sur la « situation ». Schématiquement, avec un article de la revue grecque Blaumachen publié en juin 2013, « De la Suède à la Turquie : Disparités dans la dynamique de l’ère des émeutes » [3], on peut poser quatre dynamiques relativement indépendantes les unes des autres :

  • Les « émeutes des exclus », qui se déroulent dans des pays hauts placés dans la hiérarchie capitaliste mais qui n’articulent pas de discours, sinon celui de l’émeute, des pillages et de la destruction, voient des populations retranchées dans des « quartiers populaires » se révolter contre leur statut de « prisonniers à vie » : France 2005, Grèce 2008, Angleterre 2011, Suède 2013, émeutes raciales aux États-Unis comme celles qui éclatent à Saint Louis en ce moment après l’acquittement de Stockley, etc. Au moins dans leurs formes, elles représentent la négation des conditions de la reproduction du monde actuel.
  • Les émeutes rattachées aux « mouvements des places » dont la composition, hétérogène, reste tout de même plus proche des « couches moyennes » aux discours essentiellement démocratiques (Occupy aux USA et Blockupy en Allemagne, une partie du mouvement en Grèce, « printemps arabes », Turquie, etc.). Ces mouvements formulent souvent des revendications très concrètes et tentent d’opposer à « l’oligarchie » une « démocratie par le bas », du peuple, directe. L’idéologie citoyenniste y est majoritaire.

Ces deux dynamiques ne sont pas complètement opposées mais restent pour le moment contradictoire l’une à l’autre. Toutes deux sont aussi traversées par des contradictions internes et, tendanciellement, semblent commencer à se rencontrer. Par exemple le fait que l’Espagne et la France (à un autre degré cependant) aient été touchées par des mouvements des places, alors qu’auparavant ceux-là touchaient plutôt des pays situés dans les « économies émergentes ».

Ce sont alors ce que Blaumachen nomme « des couches moyennes en effondrement » qui se révoltent, parce qu’elles voient leur mode de vie s’écrouler ou parce qu’on ne les laisse plus se constituer en tant que telles. Dans ces moments, il y a des tentatives de rencontres : « place Syntagma 2011 » en Grèce, émeutes des étudiants au Chili et au Canada, et (à un autre degré encore une fois) mouvement contre les violences policières en France (notamment l’émeute de Bobigny). Dans ces émeutes un nouveau sujet construit émerge : « la jeunesse ». Il va pourtant bien au-delà de la simple jeunesse (incluant beaucoup de vieux qui ne veulent pas vieillir, « ayant pour seul patrie l’enfance ») et regroupe pour le plus souvent des sujets qui ne sont pas structurellement exclus mais qui ne trouvent plus sens en ce monde : ils veulent le nier.

À l’international on peut dégager trois autres dynamiques mais qui ne rejoignent pas réellement la réflexion en cours :

  • Des mouvements revendicatifs sur le salaire à la périphérie, Chine, Asie du Sud-Est.
  • La résistance des pays sud-américains et des indigènes au néolibéralisme. Brésil, Mexique, Chili, Bolivie, etc.
  • Les révoltes des bidonvilles que l’on peut relier aux émeutes des exclus mais qui se déroulent dans un contexte tout autre, dans les mégalopoles du Sud de la mondialisation, et qui témoignent plus d’un écart de développement qu’autre chose.

Précisons enfin une dynamique internationale traversant les fonctions des États internationaux et des gestionnaires du capital : l’organisation de la violence et l’organisation de l’économie s’accordent tendanciellement, jusqu’à effacer la distinction entre guerre et paix. Plus qu’une guerre civile abstraitement mondiale ou qu’un « État d’exception » permanent, la substance du constat doit être reliée aux difficultés du capital à gérer la force de travail.

« Dans les favelas du brésil, les prisons des États-Unis, les banlieues des grandes métropoles, les zones franches de Chine, les contours pétroliers de la Caspienne, la Cisjordanie et Gaza, la guerre policière est devenue la régulation sociale, démographique, géographique, de la gestion, de la reproduction et de l’exploitation de la force de travail » [4]

La compréhension de cette recomposition/uniformisation du maintien de l’ordre international est fondamentale pour penser les « révoltes des exclus » et le « statut de prisonnier à vie » des surnuméraires.
Il paraît intéressant de recontextualiser le mouvement contre la loi travail dans ces dynamiques internationales. D’une part parce que la révolution ne peut être qu’internationale : nous laissons le doux cauchemar d’un « socialisme dans un seul pays » aux quelques survivants staliniens. D’autre part pour prendre un peu de recul et réfléchir, du mieux que l’on peut, au sens réel porté par nos actions.

Le mouvement contre la Loi Travail

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