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Brèves de Turquie : prémices d’un chaos

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Quelques brèves, en date du 27 juillet, reprises du site libertaire Kedistan.fr autour de la guerre menée depuis quelques jours par l’Etat turc contre les kurdes de Turquie, de Syrie et d’Irak : bombardements de positions du PKK, arrestations de masse, désinformation et autres pratiques de contre-insurrection à la sauce AKP... Solidarité avec la révolte kurde !

Cibles “intérieurs” bombardées

L’agence AA (Andalou Agency) publie ceci : « Les avions au départ du Siège Principal du 8ème Haut Commandement à Diyarbakır ont atteint les cibles intérieures et extérieures. Selon les informations obtenues, le premier avion était parti à 19h41, et le dernier avion revenu à 23h33. Les avions ont fait 9 sorties et ont atteint les cibles intérieures et extérieures. »

Ce genre d’information est publiée depuis les informations communiquées par les forces de l’armée, on peut se demander donc ce que peuvent bien cibler les avions de l’armée turques “à l’intérieur” des frontières turques ?

Considèrent-Ils que les zones kurdes en Irak et en Syrie sont déjà territoires turcs (territoire occupé sur une certaine “profondeur” tel que prévu dans le plan initial) ? Ou avouent-ils de fait, les bombardements sur Suruç ? (voir l’article : La Turquie veut-elle entrer en Syrie pour Daech ou pour les kurdes ?)

Assiste-t-on à une tactique militaire dignes des bonnes années d’occupation de la Palestine par Israël ? Ou s’agirait-il de territoires appartenant au « peuple élu » ottoman ?

Ajout : 18h30 :

« Les cibles intérieures » signifiaient les camps de PKK situés à Hakkari et Şırnak.

Par ailleurs pour la première fois les Kurdes de Kobane sont visés.
Rappelons que le PM turc Ahmet Davutoğlu avait affirmé : « Il ne s’agit pas de frappes ponctuelles, mais d’un processus inscrit dans la durée »

Un point important :

La Turquie a demandé une réunion d’urgence du Conseil de l’Otan aux termes de l’article 4 de la convention de Washington, qui vise à informer ses alliés. Elle se tiendra ce mardi. Cette demande faisait partie du plan initial prévu et concerne l’OTAN, et non le conseil de sécurité de l’ONU. Elle vise principalement à faire légitimer le double jeu mis en place depuis le début sous le prétexte de “protection légitime de l’Etat turc et de ses frontières, en état de défense légitime”, tout en obtenant aussi l’aide et l’aval de la “coalition”.

C’est difficile pour les Européens et les Américains… C’est compliqué de faire la grande écart, en demandant au gouvernement turc de préserver le cessez-le-feu avec le PKK et de reprendre les négociations de paix, tout en évitant de condamner les bombardements de l’armée turque en Syrie et en Irak . Le double jeu n’étant pas non plus pourtant pour leur déplaire.


Un enfant meurt en fuyant la police

Hier, à Diyarbakır (Amed en kurde) dans le village Yaniköy, commune de Bağlar, la police a attaqué la population prétextant les opérations contre YDG-H (Jeunesses PKK). Lors des altercations, un enfant de 11 ans, Beytullah Aydın, est tombé du 7ème étage d’un immeuble et est décédé. Selon Dem-Genç (Fédération des Associations de jeunes) l’enfant essayait de fuir des policiers qui tiraient au hasard, en ciblant surtout les jeunes .


Daesh et Turquie une entente pour le pétrole ?

The Guardian publie une info-analyse avançant une thèse qui affirme que la Turquie aurait facilité la commerce du pétrole avec Daesh et que les Etats-Unis auraient obtenu des documents qui confirment ces relations entre le gouvernement turc et l’organisation terroriste. Chacun se tient par ce qu’il peut pour faire avancer l’autre.


Censure Internet, de nouveau…


96 sites Internet et 23 comptes Twitter sont censurés et fermés aux IP turcs pour motif propagande pour des organisations terroristes : Daesh, PKK et DHKP-C.


Arrestations à Ankara

Une large opération contre les membres de Daesh a été effectuée à Ankara. 500 policiers déployés, 15 personnes en garde à vue.

Par ailleurs, le bureau du Premier Ministre annonce le chiffre officiel des arrestations effectués lors des opérations « anti-terroristes » de ces derniers 3 jours : 1050.


Des funérailles enfin

Les funérailles de Gülay Özarslan ont attendu 3 jours, suite aux agressions policières et affrontements dans le quartier Gazi à Istanbul. Une négociation a été obtenue et Gülay a été enfin portée en terre. Un millier de personnes ont accompagné la militante, dans le calme. Comme quoi c’est possible. Pas de police, pas de violence !


La psychose gagne

Le MIT (RG turcs) aurait distribué aux forces de polices de 6 villes frontalières de l’Est (Şanlıurfa, Gaziantep, Hatay, Kilis, Diyarbakır ve Mardin) une liste de 91 noms de combattants de YPG à Kobanê et alentours. Selon Habertürk qui communique l’info du MIT, ces personnes doivent être considérées comme de potentiels bombes humaines de futurs attentats suicides éventuels…

Une psychose est entrain de s’installer…

La Direction de la Police d’Istanbul recommande alors, d’éviter les endroits publics trop fréquentés.

Une alerte à la bombe à Taksim : Un sac suspect a été signalé à la police autour de 17h30. La circulation coupée et l’endroit mis en sécurité, les policiers démineurs sont intervenus et fait exploser l’objet suspect à 18h08.

A Şanlıurfa, un phare d’automobile démonté, portant encore les câbles dessus, jeté dans une poubelle située devant le service d’urgences de l’hôpital Mehmet Akif a crée des moments de panique. La police anti-mines est intervenue.


Un appel pour arrêter la dérive vers “l’obscurité”

Birleşik Haziran Hareketi (BHH-Mouvement de Juin Unitaire, anti-capitaliste, anti-impérialiste, antifasciste et anti-intégriste, crée suite à la Résistance Gezi en 2013) a publié un communiqué pour dire Stop à la « dérive vers l’obscurité ». Le communiqué constate et critique l’évolution négative des derniers jours et appelle à un rassemblement et une conférence de presse demain, 28 juillet à Ankara. « Nous nous réunissons pour dire “halte à nuit” vers laquelle notre pays est entrainé sous l’oppression fasciste et à la guerre que le junte d’Erdogan a démarré aussi bien à l’intérieur du pays que dans la région [frontalière] »

De nombreuses personnalités, intellectuels, enseignants, académiciens, membres et responsables de parti politiques et d’organisations de société civile faisant parti de BHH ont signé l’appel.


La Grande Marche pour la Paix

ANKARA

La Grande Marche pour la Paix du 26 juillet, organisée par Barış Bloku (Bloc pour la Paix) chargée par la police.


ISTANBUL

Malgré l’interdiction de la Préfecture d’Istanbul, de milliers de manifestants se sont réunis à Aksaray. Sans incident.


Gazi, quartier d’Istanbul sous blocus policière

Dans le quartier Gazi, habité majoritairement par des alévis, la police empêche les funérailles de Günay Özarslan, tuée par la police à son domicile à Bağcılar (Istanbul) pendant l’opération de grande envergure de la police vendredi 24 juillet. Selon sa famille, les policiers sont entrés dans la maison et ont tiré aussitôt sur la jeune femme, membre de DHKP-C, (Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple) ce qui est perçu comme une “exécution”. Les funérailles de Günay, n’ont pas pu être faites car depuis l’arrivée du corps du défunte, le quartier Gazi est depuis hier, théâtre d’ affrontements, et gardé sous blocus policier.Même les ambulances ne peuvent y accéder pour soigner les blessés.

En effet le “Cemevi” (lieu de culte des Alévis) où se trouve le corps de Günay est sous les gaz.

Ajout 20h30 :

Un policier a été tué lors des intervention dans le quartier Gazi : Un groupe de manifestants armés, réfugiés dans un immeuble a tiré sur la police qui voulait les arrêter. Le policier blessé a été transporté dans un état grave et est décédé à l’hôpital. Les auteurs ne sont pas encore identifiés.


Un village de Suruç, bombardé par erreur


Selon les sources locales 2 bombes ont fait des dégâts dans le village Yumurtalık, commune de Suruç. Les projectiles ont détruit une étable dans le village, et un pont sur la frontière de Kobanê. Les explosions n’ont pas fait de blessés mais les habitants de Yumurtalık et des villages avoisinants ont ressenti fortement les secousses. Une panne d’électricité générale sur toute la ville de Suruç a suivi les explosions.

Les combattants de Daesh n’ayant pas d’armes de cette envergure, les bombes seraient envoyées “par erreur” par des avions qui survolent la région.

Le Préfet de Suruç a confirmé les explosions à Yumurtalık.


Depuis l’attentat suicide de Suruç encore moins de liberté de la presse

le 20 juillet, après l’attentat de Suruç, l’Etat turc a expressément mis une censure sur le sujet, interdisant toutes publications d’images et de vidéos, et demandé de retirer les visuels existants. Les sources qui ont publié ces derniers ont été fermées aux IP turcs.

Bülent Arınç, porte parole du gouvernement, affirmait le 24 juillet, dans une émission en direct sur la chaine HaberTürk, ciblant les quotidiens Evrensel et Özgür Gündem : « Ce sont des machines à crimes, ils flattent une organisation terroriste… »Le lendemain une censure a été mise par la Direction des Communication sur les sites de ANF, DIHA, ANHA, agences d’information pro-kurdes, les journaux Özgür Gündem, Yüksekova Haber, Sendika.org, ROjNews, et BasNews. Les sites sont fermés aux connexions depuis des IP turcs. ANF a également reçu une cyber attaque.

Le Twitter a été également censuré, fermé, puis réouvert, plus d’une fois.

Rappelons qu’en mars dernier, le Parlement turc a voté une disposition qui autorise le gouvernement à bloquer un site internet sans décision de justice, une mesure pourtant censurée quelques mois plus tôt par la Cour constitutionnelle au nom de la protection des libertés. Plusieurs journalistes ont été molestés en faisant leur travail. Un exemple parmi d’autres : Un policier a fait tomber par un croche pied, Tamer Arda Erşin, journaliste d’Evrensel, qui relayait la Grande Marche pour la Paix à Ankara le 25 juillet. ensuite le policier a marché sur le journaliste…


La police attaquée

On compte depuis quelques jours plusieurs attaques usant des cocktails molotov ou armes, visant la police, dans différentes villes, faisant des morts et des blessés ou de simple dégâts matériels.

Un exemple parmi d’autres date du 25 juillet : Dans le quartier Okmeydani à Istanbul, deux personnes ont tiré sur une équipe de police. 3 policiers et un passant ont été blessés. L’attaque a été revendiquée par DHKP-C (déclaration via leurs comptes sur les réseaux sociaux).


Cizre, intervention de la police aux manifestations : 1 mort

A Cizre, commune de Şırnak, la police ouvre le feu et tire au hasard sur la population lors de la manifestation contre les opérations policières et les frappes aériennes de TSK sur Kandil. Abdullah Özdal (21), un jeune homme assis sur son balcon, est gravement blessé par une balle, à la poitrine. Pendant que les affrontements continuaient dans certains quartiers, et que les tirs s’entendaient, les habitants ont commencé à se rassembler devant l’hôpital et ont été dispersés . L’hôpital a ensuite été encerclé par des blindés. Le jeune homme est décédé à l’hôpital.


Opération policière au syndicat Eğitim-Sen

Une opération policière a ciblé les logements d’hôtes d’Eğitim-Sen (Syndicat enseignant) à Ankara. Cette opération a été qualifiée par les syndicalistes d’« illégale » car en effet la police d’Ankara ne possédait aucun document valable justifiant une quelconque ordre officiel. Le seul document que la police a pu fournir était la demande d’opération qui avait été envoyé au procureur, avec un texte manuscrit et des signatures apposées prétendument du bureau du procureur.

La police ayant commencé à fouiller le bâtiment, les membres et responsables de KESK (Fédération des syndicat des fonctionnaires d’Etat) et d’autres syndicats affiliés au KESK sont arrivées pour soutenir leurs camarades. Mais la police a empêché l’accès au site.

Le syndicat logeait dans cette structure, les blessés arrivés de Kobanê pendant leur durée de soin. Ils ont été mis en garde à vue.


Ce ne sont que des brefs exemples pour donner une idée du climat qui règne actuellement en Turquie. Trois observations :

> Les murmures de l’AKP repris par Devlet Bahçeli, Président du MHP (parti ultra nationaliste) : « Il faut dissoudre le HDP ! »

> Le cessez-le feu du PKK est plus que compromis.

> Kılıçdaroğlu, le Président du CHP (Parti républicain du peuple), soc-dem républicain, se déclare prêt à faire une coalition avec l’AKP : « Nous connaissons la lourde facture qui attend un gouvernement de coalition, mais pour l’avenir du pays nous mettons notre mais sous ce rocher. »

Les hostilités ont été ouvertes par l’AKP, avec le soutien à peine voilé des branches nationalistes, et le silence coupable du CHP (social démocrate républicain). Créer un climat de pré guerre civile dans le pays, tout en bénéficiant d’un soutien international pour une intervention “à tiroirs” aux frontières syriennes, voilà la seule raison de ces tensions intolérables, sur fond de déni des libertés publiques, d’application des récentes lois plus répressives encore.

Le risque est quand même que cette pré-campagne électorale ne débouche sur un chaos politique et de nombreuses victimes une fois de plus.

Les 32 de Suruç apportaient la paix. L’Etat turc y répond par la violation des droits humains, la violence et la mort.


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