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Brèves des Kurdistan de la semaine du 20-11-17 !

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Toutes les semaines, nous vous proposons des brèves sur l’actualité des luttes dans les différentes régions du Kurdistan, au Rojhelat (Kurdistan de l’Est, en Iran), au Bakur (Kurdistan du Nord, en Turquie), au Rojava (Kurdistan de l’Ouest, en Syrie) et au Bashur (Kurdistan du Sud, en Irak). Ces brèves sont tirées des nouvelles que nous envoient des ami.es kurdes directement sur place. Vous pouvez les écouter en direct dans les infos de Radio Galère, Radio Canut et Radio Zinzine, et les relire sur le site Rebellyon.info.org.

Brèves semaine du 20 Novembre

Le Kurdistan est réparti sur quatre états : L’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie. En référence à un grand Kurdistan et comme outil de lutte contre la colonisation de ces quatre États, les mouvements kurdes se réfèrent aux différentes régions du Kurdistan en les désignant par les points cardinaux (en kurde). Le Kurdistan du Nord (ou Bakur) correspond au Kurdistan de Turquie, le Kurdistan de l’Ouest (ou Rojava) à celui de Syrie, le Kurdistan du Sud (ou Bashur) à celui d’Irak et le Kurdistan de l’Est (ou Rojhelat) à celui d’Iran. Les brèves ici transmises concernent principalement le Kurdistan du Nord (Bakur) et le Kurdistan de l’Est (Rojhelat), mais des luttes (et la répression qui va avec) ont lieu également au Kurdistan ouest (Rojava) et au Kurdistan du Sud (Bashur).
Les politiques coloniales et racistes menées par les États turc, syrien, irakien et iranien ont conduit à utiliser des noms turcs, arabes ou perses pour désigner les villes kurdes. Les villes sont indiquées ici sous leur nom kurde avec le nom turc ou iranien entre parenthèses.
Tous les noms précédés d’une astérisque dans le texte, sont expliqués dans le glossaire.

La situation au Bashur* (Kurdistan du Sud, Irak) s’empire. Le gouvernement irakien a décidé de couper drastiquement le budget alloué au Kurdistan irakien, ce qui réduit les marges de manœuvre de celui-ci en matière de pouvoir décisionnel.
La Turquie et l’Iran se coordonnent en ce moment même pour survoler et bombarder les zones montagneuses du Kurdistan irakien, plus précisément celles du mont Asos, situé près de la ville de Suleimanyeh, où le camp de base principal du Komala* - parti de guérilla kurde iranien – est établi.

La répression au Rojhelat* (Kurdistan de l’Est, Iran), par le régime iranien, se poursuit. Six Kurdes ont été arrêté.es près la ville de Urmiye, torturé.es puis envoyé.es à la prison de Makû. Deux prisonniers politiques, Diyako Resulzade et Sabîr Şêx Ebdullah, ont été condamnés à mort par le département d’Urmiye. Le régime iranien les a déclaré « ennemi de Dieu » parce que membre de partis politiques kurdes.
Le tremblement de terre qui a ravagé le Rojhelat la semaine dernière, a fait 453 mort.es et 9397 blessé.es. Le régime iranien bloque les aides à destination du Rojhelat. Dans un village de 270 habitant.es, 160 personnes sont mortes des suites du tremblement de terre ou du fait de l’absence de soins médicaux, ou du froid. Dans la nuit du 17 Novembre, des manifestations ont eu lieu à Kermashar, contre l’occupation du Rojhelat par les forces iraniennes.
L’Iran poursuit ses attaques contre les Kolbar.
Le 16 juillet dernier, l’activiste pour les droits des réfugié.es Sheida Rahimi a été condamnée par la cours de Sna à six ans de prison pour atteinte à la sécurité nationale. Après que les forces de sécurité aient tenté d’arrêter plusieurs autres membres de sa famille, illes avaient du fuir en Turquie. Le 19 novembre, Sheida ainsi que deux membres de sa famille ont été battu.es et arrêté.es par le MIT, les forces secrètes turques à Istanbul. Elles craignent une déportation vers l’Iran. Sa mère a été arrêtée deux jours plus tôt à Sna.

La répression au Bakur* (Kurdistan du Nord, Turquie) s’intensifie.
Le 27 Octobre dernier, trois combattant.es des HPG*, la guérilla du PKK*, sont mort.es dans des affrontements avec les forces spéciales turques, à Kulp, près de Amed (Diyarbakır) . Ils et elles ont été envoyé.es à la morgue de Amed (Diyarbakır). Les familles ont pu identifier deux des trois corps, dénonçant les tortures subies par les ancien.nes combattant.es – l’une n’avait plus ses mains -. Peu après l’identification, les forces spéciales turques sont venues chercher les corps à la morgue, interdisant aux familles de les récupérer pour les enterrer.
Pour la cinquième fois depuis 2016, le cimetière de Yüksekova, situé dans la région de la ville de Hakkari, a été attaqué par les forces de police turques. Le cimetière de Yüksekova abrite les corps de nombreuses et nombreux ancien.nes combattant.es de la guérilla du PKK*, les HPG* et les YJA-Star*. Ces attaques répétées sur les cimetières sont l’un des outils de la politique coloniale que mène la Turquie, a l’encontre des Kurdes, en détruisant les lieux de mémoire politique.
En ce moment même, la Turquie bombarde la région de la ville de Şırnak, et y mène une opération militaire. Elle bombarde également les positions de la guérilla du PKK, à Qandil, Zap, Xakurke, et Haftanin. Ces bombardements ont fait un mort, un civil, au kurdistan irakien.
À Amed (Diyarbakır), lors d’une manifestation organisée par le Mouvement Libre des Femmes qui a eu lieu pour demander la libération d’Abdullah Öcalan, plusieurs douzaines de personnes ont été arrêtées par la police turque. Près de 30 personnes du DBP (Parti Démocratique des Régions) ont été arrêtées lors d’un raid mené par la police turque à Amed (Diyarbakır). Onze personnes ont également été arrêtées à Wan (Van).
Un couvre-feu a été mis en place à Amed (Diyarbakır), par le régime turc, et la police turque a incendié la forêt de Kinzir, près de la ville de Dersim. Il s’agit d’une stratégie de la politique coloniale turque, pour couper les solidarités, le tissu social et politique, et l’autonomie alimentaire des kurdes, en détruisant leurs ressources et en les plaçant de la sorte sous la dépendance économique directe de l’État turc.
Les affrontements entre les forces spéciales turques et la guérilla du PKK ont fait près de 30 morts du côté des soldats turcs, dans la région de la ville de Hakkari.
La Turquie est en train de construire un autre mur, de près de 144 kilomètres de long, à partir du village de Aşağı Çilli (Cilîya Jêr), dans le district de la ville de Wan (Van), près de la frontière iranienne. Près d’une soixantaine de personnes ont dû quitter leurs maisons. Ce mur a pour objectif de stopper les circulations des kurdes entre les frontières. Les forces spéciales turques renforceront leurs contrôles dans les parties montagneuses, celles où la construction d’un mur est rendue impossible dû fait du relief. Ce projet fait écho à la construction d’un autre mur que la Turquie a déjà entrepris, à sa frontière avec le Rojava. Celui-ci devrait mesurer 911 kilomètres de long, et être le troisième plus long mur au monde lorsqu’il sera achevé.

Pour aller plus loin, quelques sites d’informations

Pour le Bakur :

Pour le Bashur (Kurdistan irakien) :

Pour le Rojhelat :

  • Kurdistan Human Right Association : www.kmmk.info/en/
  • Hengaw : hengaw.info/en/ (sans le www.)

Liste médias français :

  • Kurdistan au féminin et Kurdistanews
  • Kedistan : www.kedistan.net
  • Merhaba Hevalno, qui est un mensuel publié en ligne sur kedistan

    Glossaire
    Régions du Kurdistan :

    Bakur : Kurdistan du Nord, situé dans le sud-est de la Turquie actuelle.

Bashur : Kurdistan du Sud, situé dans le nord-est de l’Irak actuel. Appelé « Gouvernement Régional du Kurdistan irakien » (GRK), depuis son autonomisation en 2005.

Rojhelat  : Kurdistan de l’Est, situé au nord-ouest de l’Iran actuelle.

Rojava : Kurdistan de l’Ouest, situé au nord de la Syrie actuelle.

Partis kurdes, organisations politiques… :
Gorran : qui signifie « changement », en kurde sorani, a été fondé en 2009 des suites d’un important mouvement social lancé au Kurdistan irakien contre la corruption du gouvernement. Le mouvement s’est peu à peu institutionnalisé en parti, dans l’objectif de briser le monopole du pouvoir exercé par le PDK et l’UPK sur le Kurdistan irakien (Bashur). Cependant, le parti Gorran a été destabilisé par un scandale de corruption quelques années plus tard. L’actuel président en est Omar Saïd Ali.

Milices Hashad al-Shaabi : ces milices ont été créées en 2014 par l’Iran, en Irak. Elles constituent des menaces directes contre les combattant.es kurdes iranien.nes du Komala et du Parti Démocratique du Kurdistan Iranien (PDKI), qui avaient lancé une guérilla dans les années 70 et 80 contre l’Iran.

HPG : Forces de Défense du Peuple. Il s’agit du bataillon armé mixte du PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan. Ils opèrent principalement au Bakur (Kurdistan du Nord, Turquie), contre les forces turques, depuis leurs bases arrières établies au mont Qandil.

Kolbar  : ce sont les travailleurs et travailleuses frontalièr.es, à la frontière irano-irakienne et irano-turque, chargé.es de transporter illégalement les marchandises. Ils et elles subissent une intense répression de la part de l’Iran.

Komala (Komalay Shorshgeri Zahmatkeshani Kurdistani Iran) : Comité des révolutionnaires du Kurdistan iranien, fondé en 1969, à Téhéran, en Iran. Peu de temps après la révolution iranienne en 1979, le Komala a lancé une guérilla contre l’Iran. Jusqu’à la fin des années 1980, ce parti d’origine marxiste contrôlait des zones autonomes au Rojhelat (Kurdistan de l’Est, en Iran). Un système politique organisé sur la base de communes était mis en place. Suite à d’intenses répressions, et à la guerre Iran-Irak entre 1980-1988, le Komala a dû se réfugier, comme le PDKI, dans les montagnes kurdes irakiennes. Après avoir gelé la guérilla pendant quinze ans, le Komala a repris la guérilla contre l’Iran depuis désormais un an et demi.

Pasdaran  : de leur nom complet Sepah-e Pasdaran Enghelāb-e Eslami, qui signifie « Corps des Gardiens de la Révolution islamique », en Iran. Fondés en 1979 sous l’autorité de l’ayatollah Khomeiny, il s’agit d’une organisation paramilitaire de soldats d’élites, dotée de forces terrestres, aériennes et marines, dépendant du Guide Suprême. Cette organisation comprend des branches civiles, chargées principalement de la surveillance et du contrôle des populations, et qui agit conjointement avec les services secrets iraniens.

PDK : Parti Démocratique du Kurdistan d’Iran, fondé en 1946, par Mustafa Barzani. Ce parti a mené plusieurs guérillas contre le régime politique de Saddam Hussein, qui a gazé chimiquement des villes kurdes comme celle d’Halabja. En 2005, et après une guerre civile entre le PDK et l’UPK, le kurdistan irakien est autonomisé et devient le « Gouvernement Régional du Kurdistan irakien » (GRK). C’est son fils, Massoud Barzani, qui a pris la tête du parti après l’assassinat de Mustafa Barzani et est devenu président du GRK. Il a démissionné fin Octobre 2017, après le rejet du référendum pour l’indépendance du Kurdistan, par l’Iraq et des interventions militaires de celle-ci.

PDKI (Partî Dêmokiratî Kurdistanî Êran)  : Parti Démocratique du Kurdistan d’Iran, fondé en 1945, à Téhéran, en Iran. Après avoir lancé des soulèvements armés dans les soixante contre l’Iran, le PDKI a lancé une guérilla après la révolution iranienne, plus ou moins en même temps que le Komala. Il est parvenu à autonomiser des zones, en mettant en place son propre système politique, juridique et sanitaire. En désaccord politique avec le Komala, il s’est progressivement retrouvé en conflit ouvert avec cet autre parti de guérilla kurde. Suite à d’intenses répressions, et à la guerre Iran-Irak entre 1980-1988, le PDKI a dû se réfugier, comme le Komala, dans les montagnes kurdes irakiennes. Après avoir gelé la guérilla pendant quinze ans, le PDKI a repris la guérilla contre l’Iran depuis désormais un an et demi.

Peshmergas  : à l’origine, ce terme signifie « combattant.e face à la mort ». C’est le nom que ce sont donnés les kurdes qui ont pris la première fois les armes contre les régimes politiques qui les opprimaient : en 1925 en Irak, et en 1946 en Iran. Lorsque la région du Kurdistan irakien (Bahur) a eu accès à l’autonomie en 2005 et s’est dotée d’une armée régulière, cette armée a repris le nom de « peshermags » pour désigner les soldats, en mémoire aux combattant.es mort.es dans les précédentes luttes. Le PKK a fait le choix de nommé autrement ses propres forces, préférant le qualificatif de « guérilla » et de « militant.e ». Cependant, le PDKI et le Komala, au Rojhelat (Kurdistan de l’Est, Iran), continuent d’employer ce qualificatif pour désigner leurs combattant.es.

PKK (Partiya Karkerên Kurdistan)  : Parti des travailleurs du Kurdistan, fondé en 1978, à Ankara en Turquie. En 1984, le PKK a lancé une guérilla contre la Turquie, en établissant ses camps de base dans les monts Qandil, notamment. Plusieurs cessez-le-feu et reprise de la guérilla contre la Turquie se sont suivis. Abdullah Öcalan, l’un des membres fondateurs du parti, a été emprisonné en 1999, sur l’île-prison d’Imrali, en Turquie. Le PKK mène toujours une guérilla contre la Turquie, et a de nombreuses organisations sœurs dans d’autres régions du Kurdistan, comme le PYD au Rojava, le PJAK au Rojhelat, et le TACK (Tevgera Azadî ya Civaka Kurdistanê) au Kurdistan irakien.

UPK : Union patriotique du Kurdistan, a été fondé en 1975, par Jalal Talabani, après une scission avec son ancien parti, le PDK (Parti Démocratique du Kurdistan). Le parti devient une organisation concurrente du PDK dans la lutte armée contre le régime de Saddam Hussein, en Irak, et pour l’indépendance du Kurdistan irakien. À l’issue de la guerre civile qui a opposé le PDK et l’UPK, ces deux partis se divisent le territoire du Kurdistan irakien en deux. En 2005, lorsque le Kurdistan irakien devient autonome, cette division du territoire est maintenue : l’une est sous l’autorité du PDK, tandis que l’autre est sous celle de l’UPK. Jalal Talabani, ancien président de l’Iraq de 2005 à 2014, est mort en 2017. L’UPK est aujourd’hui dirigé par Kosrat Rasul Ali.

YJA-STAR : bataillon armée non-mixte de femmes du PKK, Parti des Travailleurs du Kurdistan. Elles opèrent principalement au Bakur (Kurdistan du Nord, Turquie), contre les forces turques, depuis leurs bases arrières établies au mont Qandil. Leurs opérations sont effectuées soit en non-mixité, soit conjointement avec les HPG*.


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