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Un récit vnr de la marche contre les violences sexistes du 24 novembre à Marseille

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« C’est pas votre manif, allez la faire ailleurs ! » ou comment se faire dégager en tant que concernées du mouvement #NousToutes à Marseille.

Arrivée à la manifestation : 14h04, dans la première centaine d’arrivé.es sur le cours Estienne d’Orves. Je me pose et j’observe les pancartes parfois sympas ou alors un tantinet craignos de mes consœurs, la plupart du temps à caractère putophobes. Par exemple, j’ai souvenir des pancartes « je ne suis pas une pute ».
Les efforts d’inclusion, ça n’est pas pour tout de suite.

#NousToutes13 se protège... des femmes indésirables

Venons-en à ce qui nous intéresse : la manifestation avec son fameux Service d’Ordre. Vous savez, c’est le service de militants qui se chargent de faire la police, comme s’il n’y en avait pas assez en dehors du cortège. Comme si être encadré.es était plus important que les revendications en elles-mêmes. Et bien ce service d’ordre, j’ai eu la désagréable surprise de découvrir qu’il était en majorité composé d’hommes. Des hommes venant encadrer des femmes, dans une manifestation pour les femmes contre les violences faites par les hommes. Vous suivez ?

Mais attendez, ce n’est pas tout ! Mais d’où vient ce service d’ordre : c’est le SO CGT, un service d’ordre de premier choix quand on connaît leurs nombreuses dérives sexistes dans les autres manifestations . Et oui, le SO de la CGT est sexiste et ce n’est pas nouveau, dommage quand on se retrouve dans un cortège féministe. Ce choix est tout à fait anormal.

Lorsque le mouvement #NousAussi a voulu se faire entendre il s’est fait dégager dans les règles de l’art du SO CGT : bousculades et injonctions à retourner à la cuisine... avec le laissé faire clair et éclairé des meneuses de #NousToutes13.

Une micro police sexiste et autoritaire à donc sciemment été mise en place par les membres de l’organisation de #NousToutes13, à croire que la répétition du schéma sexiste et des violences policières dont sont déjà victimes les femmes, voulant participer au rassemblement, ne leur font pas vraiment échos.

#NousToutes13 ou le féminisme d’État

Le SO à donc dégagé #NousAussi du cortège de tête indésiré. Des hommes, donc, ont poussé hors de la manifestation des femmes. Des hommes ont mis dehors des femmes lors d’une manifestation féministe. Tu vas donc manifester contre les violences faites aux femmes par les hommes en te faisant mettre dehors par des hommes. Parfaite reproduction de ce que nous vivons déjà chaque jour, merci pour cette reproduction très fidèle du patriarcat.

Heureusement, les cheffes de #Noustoutes13 sont intervenues ! Ah non, elles les ont aidés a nous dégager parce que notre place n’était pas ici. Ça n’était pas NOTRE manifestation.

Une femme au t-shirt SOS homophobie (coucou à toi si tu me lis, ajoute de la décence dans ta liste au père noël) à eu la brillante idée de faire intervenir la police dans le cortège pour nous faire sortir manu militari.

Le féminisme d’État a su utiliser les armes de ce dernier, non pas pour créer un rapport de force entre les femmes et les institutions mais bel et bien entre #NousToutes et le mouvement intersectionnel #NousAussi. A aucun moment #NousAussi n’a eu pour autre objectif que de montrer son existence et mettre à l’honneur les femmes qui subissent d’autres oppressions en plus du sexisme. Le féminisme radical et politique a été exclut. Il gêne. Peut-être remit-il en cause trop de problèmes ?
Peut-être ne veut-on pas en entendre parler ? Pour #NousToutes la réponse était plutôt claire ce jour-là.

Le temps ne fût pas à la remise en cause du système patriarcal dans son entièreté, avec son système raciste et homophobe (entres autres, la liste est bien longue). La représentation des travailleuses du sexe, aux femmes voilées, aux LBTQI ou encore aux féministes décoloniales n’était pas au goût du jour.

Ce n’est pas un problème isolé mais un système contre lequel il faut se soulever et établir un rapport de force. Se couler aussi parfaitement de la même façon avec l’usage de la force (interne et externe à l’organisation) et avec un mode de hiérarchie aussi établi ne fait que recréer un même système de domination. Ici a été reproduit un système de domination des femmes par simplement d’autres femmes.

#NousToutesMaisPasTrop

Ainsi, le groupement de #NousAussi a voulu faire entendre sa voix intersectionnelle sur une position plus politique et pas seulement une position purement morale que nous pouvons retenir du féminisme d’État et universaliste que représente #NousToutes. Rappelons que #NousAussi fait une analyse systémique du patriarcat ; c’est-à-dire qu’ils voient que le féminisme est lié à d’autres problématiques émanant du système lorsqu’on est LBTI, racisée, précaire, travailleuse du sexe, grosse, voilée, handicapée, incarcérée, migrante et sans-papiers etc...

Mais cela n’a pas plu à #NousToutes que nous revendiquions une position plus politique que de seulement dire que les hommes méchants ne sont pas gentils. Non, le système entier de domination est à revoir et il n’y a pas dans les violences faites aux femmes qu’une question purement morale, ces dominations sont intrinsèquement politiques.

#NousToutes sans toi

Je ne passerai pas plus de temps à évoquer tout le stratagème de blocage mis en place tout le long de la manifestation par le cortège pour nous en éloigner. Sommes-nous si gênante à vos yeux ? Sommes-nous dégoûtante à tel point que la vue de femmes LBTI, racisées et métisses, voilées, TDS [1], précaires ne puissent venir se représenter dans un rassemblement qui se veut garant de toutes les femmes ? Êtes-vous ce point hypocrites pour ne pas vouloir de toutes ces femmes ? Qu’avons-nous fait pour être a ce point inexistantes de la lutte ? Sommes-nous moins que des femmes ?

Vous Toutes Cheftaines je vous retiens,
Si je retiens quelque chose aujourd’hui, le plus marquant ne fût pas la énième invitation du SO CGT à me dire de retourner à ma vaisselle mais ce que j’ai vu du mouvement #NousToutes13.

Je vois déjà arriver le déferlement de « non mais ça n’est pas le mouvement entier gniagnia... ». Soit. Mais ce sont celles que vous avez acceptez comme organisatrices qui sont au combien gênantes et qui ont eu le culot sans nom de dire à des femmes qu’elles n’avaient pas leur place dans un mouvement... féministe. Quand cette « organisatrice » (non, cheftaine il faut le dire) est venu me dire yeux dans les yeux que je n’avais pas ma place ici, j’ai compris que ce mouvement #NousToutes13 n’avait pas une ambition si radicale pour les femmes. La radicalité et les propos politisés qui remettent le système en cause n’avaient pas leur place ici.

Apprenties petites cheftaines qui reproduisent la domination sur des femmes, retenez dès aujourd’hui que vos manières de féministes d’État reproduisent exactement les mêmes violences systémiques que subissent déjà les femmes.
Admettez sans concession que de rester au chaud près de l’État, de la police et du système patriarcal (raciste, homophobe et classiste) ne vous rapprochera jamais de la fin du patriarcat. Rester sur des questions purement morales sans être politiques ne développera jamais l’étincelle qui mettra le feu au patriarcat.

Pour que le patriarcrâme, il nous faut moins (non, plus du tout) de cheftaines en quête de jolies photos pour leur book de militantes autoritaires mais un propos politique plus large, et qui prend en compte Toutes Les Femmes !

Moins de photos, plus d’inclusion, plus d’actions, plus de pavés !


Notes

[1Note du collectif de modération : travailleur.euse.s du sexe


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