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[Italie] Des nouvelles fraîches de Greg depuis la prison de Gorizia

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Voici quelques nouvelles de Greg toujours incarcéré en Italie...

Depuis quelques jours à la prison de Gorizia les courriers qui entrent et qui sortent, avant d’arriver dans les mains de Greg et de ses destinataires, sont lûs par un maton. Le procureur a en effet ordonné une mesure de censure validé par le GIP* de cette enquête, qui ne cesse de ratifier (des mesures restritives), il a récemment refusé l’assignation à résidence au motif que les personnes pouvant l’héberger ne sont pas valables parce que ce sont les parents d’une copine.

Malgré la censure une lettre à réussi a passer entre les mailles du filet de la bureaucratie pénitentiaire anticipant l’émission de la mesure. Outre la façon de réfléchir et avancer face à la répression Greg nous décrit une série d’évenements qui s’intègrent dans une certaine mesure à l’onde de protestations, bien qu’en grande partie détachées les unes des autres, qui ont touchés les prisons de la péninsule cet été, de Pise à Sassari.

* GIP : service d’enquête préliminaire

macerie @ Settembre 9, 2017

Ci-dessous la lettre

Cella 1.2 della c.c. , Gorizia, 27 août 2017.

“Je voudrais faire plus. Il ne s’agit pas seulement de résister. Je voudrais recommencer à immaginer des mondes nouveaux. Je veux me réapproprier une originalité vive, radicalement autre. Je voudrais savoir qu’échapper à la capture signifie seulement ne pas me faire prendre en tous sens. Ne pas me faire focaliser dans les champs du discours ennemi, ne pas laisser les autres décider de la poigne des mots qui me servent pour descrire ce que je suis et ce que je veux.”

Inspiré du dialogue II de la brochure “Dialogo sui minimi sistemi”
Merci aux explorateurs et aux exploratrices disparu.e.s et arraché.e.s au royaume d’Ade

“Entre ce que je voudrais être et ce que je suis maintenant il y a mon parcours.”

“Raconte moi une histoire avec une belle fin !

  • Cela n’existe pas !
  • Une belle fin ?
  • Une fin”

...A qui a vu s’en aller un être cher, rejoindre, sur quatre pattes ou sur deux jambes les étoiles.

Salut à tutt* !

Du royaume des prisons que nous ferons tomber tôt ou tard je vous écris pour vous saluer et vous raconter quelques petites choses. Ici je continue à marcher, à voyager et à courir avec vous, dedans comme dehors, en vous écrivant ou en pensant à vous, et après ce premier mois d’incarcération je suis en train d’accélérer : la concentration et la force qui en dérive gandit. J’espère que ce ne sera pas un long monologue interminable (mais c’est déjà trop trad), parce qu’en y repensant cela plait de plus en plus. Seulement je veux vous raconter deux ou trois choses sur lesquelles je m’appuie en cette période pour me renforcer.

J’ai été pendant trois mois sous mandat d’arrêt et comme vous le savez j’ai été arrêté en Italie. Je vois la répression comme n’importe quel acte qui m’empêche de décider, être, faire, désirer, me permettre, agir. Ces mois-ci je me suis donc concentré à ne pas trop glisser vers l’autorepression, qui pour moi est la conclusion du projet répressif, l’essence du pouvoir. Se concentrer donc à interroger et évaluer, entre précautions et risques, désirs et paranoïas, vie et autorépression. Cette période a été de grande intensité pour tâcher de transformer une situation de merde en occasions, belles et fortes, de continuer.

"Conspirer est être, respirer, ensemble". J’ai continué à me nourrir de la solidarité des rencontres et de la force des idées, d’un livre comme "incognito", expériences qui défient l’identification" ou des mots de cet autre compagnon qui "a choisi” de prendre les sentiers de la fuge et les voies de l’auto-stop... viendra le moment d’échanger nos expériences autour de caisses de bières !

Alors maintenant je continue à travailler sur ma "chance dans ma malchance” (beaucoup de solidarité à l’intérieur comme à l’extérieur), sur le fait de mettre de côté l’espoir (on sait quand on entre il ne sait pas quand on sort), tâcher de ne pas me préoccuper puisque c’est inutile (je le prends mal deux fois si la chose pour laquelle je me préoccupe arrive et une seule fois si elle n’arrive pas).

Je hais l’expression "finir dedans”. C’est une étape qui peut durer longtemps très longtemps, pour quelques-un*s une vie... et si un jour dedans est un jour de trop, mon envie d’exister ne finit pas ici. Se retourver ensuite "privé" la plus grande partie des choses et des relations avec l’en dehors (refus des entretiens, des coups de téléphone, retard ou abscence de courrier), mais nourrir tout autant la tête, le corps... le coeur. Le coeur qui bat, sans jamais s’arrêter, en pompant l’amour et la rage que nous continuons à construire, à affiner et à aiguiser, qu’en cette période je sens en moi indestructibles.

Faire taire un geôlier tyrannique, virer les flics, voir partir en fumée structures du pouvoir et avec le sourire à toute vitesse s’interposer, les envoyer chier, tirer la chaise d’eau ou faire du compost comme il le faut. Aussi faire attention à moi et aux autres, se soigner, s’amuser, jouir, s’abstraire pour arriver à mieux comprendre, apprendre, se parler, se regarder. Dedans comme dehors.

La situation ici à l’intérieur empêche souvent de lever la tête et d’exploser comme nous voudrions. La patience aide la concentration mais freine la passion, cette dernière cependant ne disparaît pas, elle se déplace seulement vers la détermination de vouloir vivre plus intensément encore. Même si de temps en temps ils nous présentent la facture que sommes contraints à payer, eux font une vie, pauvre et sans goût, faite de mouchards et de serviteurs des serfs.

Ce premier période de demandes rejetées passé, il faut aussi raconter quelque chose intéressant quand on écrit, comme il disait ces chers ptit gars enduits d’huile de la tête aux pieds. Pendant dix jours du seize au vingt-six d’août dans cette prison il a y eu une protestation des détenus qui ont adhéré à l’appel nommé "Satyagraha", organisé par les Radicaux. Réunions entre détenus et recherche d’organisation collective ont créé des stimulations, confrontation et agitation en rompant “la paix extorquée" caractérisant ces lieux. Il y a eu dix jours de “grève de la cantine” de la part des cinquante-cinq détenus ici, (qui ne pouvait pas cantiner comme moi se faisait aidé par les autres), parmi lesquels cinquantes détenus ont fait cinq jours de grève de la faim, et trois à cinq battiture de dix minutes chaque jour (les prisonniers frappent sur les portes/fenêtres...). Des bons moments se sont heurtés à des mauvais puis au découragement quand, en voulant faire devenir plus dure la protestation (animé par une grève totale et la grève de ceux qui travaillent), l’unité a été cassée par quelques-uns. Aussi quand on a su que “seulement” 4 000 ou 5 000 détenus sur les 57 000 en Italie ont adhéré à la grève. Il y avait un peu l’espoir d’arracher quelque chose au Ministre Ourlant même s’il y n’avait pas de grosses attentes. Le “Garant des détenus” (Garant des “droits” des personnes détenues en Italie) n’est pas non plus venu ici avec "son obligation" en cas de grève de la faim collective. Au delà du fait qui ne veux pas construire des parcours de lutte lié aux institutions politiques, cette protestation (à laquelle j’ai participé en solidarité aux détenu*s) démontrait combien sont nécessaires des bases solides d’outils et échanges pour rompre l’isolement et le détachement entre dehors et dedans. Nous n’avons eu ici aucun écho de ces dix jours sauf les blabla de radio Radical. Je me suis/nous nous sommes retrouvés non préparés et sans avoir préparé premier les outils qui pouvaient, de beaucoup de manières différentes, accélerer et faciliter les communications. J’ai fait de belles rencontres, qui pourront servir pour les éventuelles prochaines fois, pour penser, créer, renforcer les instruments, les accords et les idées pour soutenir les protestations qu’une ou plusieurs personnes porteront.

D’ici je veux continuer, à différents niveau cette protestation spécifique, à générer curiosité et complicité réciproque avec qui m’entoure, point essentiel “d’être là”. Lutte et solidarité existent à l’intérieur même si les marges de manoeuvre sont très resserrées de part les chantages et des déplacements qui sont très souvent utilisés ici.

Je pense que les luttes contre l’existant touchent la prison ce qu’il ne faut jamais interpréter comme “plus ils nous répriment plus nous sommes justes", mais comme le fait qu’ils frappent nos rêves de liberté.

Et les rêves sont fait pour être réalisés.

Le voyage est long, les pistes existents. Nous nous reverrons demain.

Une accolade chaleureuse, même deux, pour toi Paska et toi Vespe, pour mes complices turinois*s, et pour celleux qui, à leur façon, attaquent l’existant.

P.-S.

Repris de le blog Article13


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