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L’invention de la BAC et le quadrillage sécuritaire des quartiers populaires

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Les manifestations de policiers, parfois cagoulés et armés, se sont multipliées pour réclamer toujours plus de moyens et de liberté pour réprimer ; comme si l’état d’urgence n’avait pas accru dramatiquement l’arbitraire policier, particulièrement dans les quartiers populaires sous la forme d’assignations à résidence, de contrôles au faciès et de violences policières multipliés.

Alors que les agents de la Brigade anti-criminalité (BAC) sont manifestement en première ligne dans cette mobilisation au croisement entre le renforcement autoritaire de l’État et la dynamique fasciste, il est utile de revenir sur l’origine de ce secteur des appareils répressifs d’État. C’est ce à quoi s’emploie ici Mathieu Rigouste, dans cet extrait du premier chapitre – intitulé « La ségrégation endocoloniale » – de La Domination policière (La Fabrique, 2012), montrant que le quadrillage sécuritaire des quartiers populaires imposé au cours des quarante dernières années prolonge – par d’autres moyens – la guerre coloniale.

L’anticriminalité : continuer la guerre coloniale

Le commissaire François Le Mouel, qui se présente comme le créateur du concept d’ « anticriminalité », est un ancien policier des brigades spéciales de nuit – les prototypes des BAC d’aujourd’hui. Son parcours résume assez bien le processus de reconversion des répertoires de la guerre coloniale dans le contrôle des pauvres et la restructuration de la violence policière. Affecté comme officier dans différents quartiers de Paris et de sa banlieue avant le déclenchement de la guerre d’Algérie, il a passé les trois premières années du conflit (1954-1957) au secrétariat du directeur de la police judiciaire qui s’occupait notamment de la « criminalité nord-africaine ». Il a dirigé le commissariat du quartier Bonne-Nouvelle de 1957 à 1960, avant d’être affecté en 1961 à la cinquième brigade territoriale. Il a ainsi dirigé des policiers parisiens durant toute la guerre d’Algérie. En 1964, il devient le premier chef de la section de recherche et d’intervention qui deviendra la brigade de recherche et d’intervention (BRI). C’est à ce poste, qu’il occupe jusqu’en 1971, qu’il développe le concept d’« anticriminalité ».

Confronté à des séries de braquages de banques, François Le Mouel rédige un rapport pour justifier la recherche du « flagrant délit » face à ces « types de criminalité ». Il engage à dépasser la logique « du crime au criminel » pour une logique « du criminel au crime »[2] : en se cachant, en surveillant, en traquant, en laissant faire puis en intervenant. C’est le début du développement d’unités mobiles « anticriminelles », en civil, dressées à surveiller et traquer les jeunes des classes populaires, à les provoquer pour mieux faire apparaître « le crime » caché dans leurs corps suspects. La police anticriminalité est organisée en petites unités mobiles et relativement autonomisées pour capturer plus de « criminels », plus vite et plus efficacement que la police judiciaire. Elle émerge avec les premières formes de conceptions managériales et néolibérales dans la gestion de la police : elle est conçue comme une technique plus productive et plus rentable en terme de captures.

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