Contre la précarité organisée, les précaires occupent le Pôle Emploi !

À l’initiative des Précaires Déters 13 et du Comité Chômeurs et Précaires CGT 13, environ 60 personnes ont envahi, ce vendredi 31 janvier de 10h à 12h30, les 7 étages de la Direction Régionale de Pôle Emploi de Marseille, rue Alfred Curtel. Retour sur cette dynamique occupation...

Pendant qu’une délégation de sept personnes était reçue par le numéro 2 de la direction (elle même absente), fanfares, chants, pique nique et jeu de ballon se sont organisés dans le hall.

5 dossiers d’indûs illégaux, de radiations abusives, dont un avec menace de poursuites judiciaires ont été déposés sur le bureau. Engagement a été pris par l’interlocuteur de la Direction Régionale de Pôle emploi de suspendre les dossiers, le temps de les "analyser". Un rendez vous est fixé au prochain mercredi 5 février à 9h dans les locaux de la rue Alfred Curtel pour nous rendre compte "de la décision, ainsi que des explications" concernant ces dossiers. Nous irons, dans le but ferme qu’indûs et radiations soient annulés.

Ces lieux comme la Direction Régionale de Pôle Emploi, gestionnaires de la précarité, nous y reviendront tant qu’il le faudra, et nous appelons à répéter ces occupations partout en France.

Ci-dessous, le communiqué commun. Pardon pour sa longueur, mais les attaques sont nombreuses :

CONTRE LA PRÉCARITÉ ORGANISÉE, ORGANISONS-NOUS !

A propos de la réforme de l’assurance-chômage Muriel Pénicaud annonçait « C’est une réforme résolument tournée vers le travail, vers l’emploi, contre le chômage et… pour la précarité !!! » dans une conférence de presse en juin dernier, avant de se reprendre : « euh… contre la précarité ! »
Ce lapsus révèle l’intention réelle du gouvernement, et de tous ceux qui l’ont précédé. Ils et elles n’ont aucun intérêt à éradiquer une précarité érigée en système et qu’ils organisent. Les 11 millions de chômeur.euses, les précaires, sont l’armée de réserve du patronat.

Hier par les lois travail de Macron (2016 et 2017), aujourd’hui par les réformes des retraites et de l’assurance-chômage, les attaques sur le droit du travail et sur la sécurité sociale sont simultanées ; nous privant à la fois de la possibilité d’un salaire décent et d’un revenu de remplacement digne en cas de périodes de chômages, retraites, maladies ...

Détruire l’emploi par la délocalisation, la division du travail et l’automatisation des tâches, tous nous précariser pour faire pression sur les salaires et les conditions de travail, pour obliger tous les travailleurs et les travailleuses à accepter l’inacceptable ; voilà la marche de l’histoire des réformes de ces dernières années.

La précarité se généralise et s’infiltre dans toutes les strates de nos vies, même les plus intimes : le logement, les loisirs, les vacances, la famille, la vie amoureuse, la sociabilité…
Elle renforce les divisions entre les travailleuses et les travailleurs (avec ou sans emploi), et accentue les oppressions et les discriminations qui structurent l’ensemble de la société.

Depuis l’été 2018, l’État a repris la main sur le financement de la caisse de l’assurance chômage en remplaçant la cotisation salariale par une augmentation de l’impôt (CSG). Ce qui était avant géré paritairement est désormais un budget d’État.
En parallèle, cette réforme de l’assurance chômage nous force à travailler plus longtemps sur une période plus courte pour bénéficier de l’allocation de retour à l’emploi (6 mois sur une période de 24 mois au lieu de 4 sur 28 avant la réforme).
Elle supprime la possibilité de recharger d’un mois ses allocations en cours de droit.
Elle prend en compte les périodes non travaillées dans le calcul des droits, ce qui a pour conséquence une chute du salaire journalier de référence et donc une baisse terrible et criminelle de l’allocation journalière.
Certaines personnes pourront par exemple voir leurs allocations chômage mensuelles être divisées par deux, chutant en dessous du montant du RSA.

Cette réforme s’articule avec un renforcement du contrôle des chômeurs et une augmentation des moyens et des outils de flicage, notamment depuis l’application au 5 septembre 2018 de la "loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel", par laquelle sont mises en place cette année dans deux régions test le tableau de bord, qui oblige tous.tes les chômeurs.euses à tenir un journal de leur recherche active d’emploi en s’actualisant. Ce travail quotidien est éreintant, illégal aux yeux du code du travail qui donne pour mission à Pôle Emploi de chercher du travail pour les privé.es d’emploi, nous mène à revoir nous-même nos "critères" de raisonnabilité à la baisse et nous pousse à accepter n’importe quel boulot de merde pour sortir de la machine infernale du contrôle.

S’ajoutent à cela :

  • La création des Centres de Recherche d’Emploi, qui transforme le métier de 1000 conseille.ère.s d’accompagnement vers l’emploi et à la formation en flic anti-chômeur.euse, et radie à tout va sur des critères arbitraires et obscurs.
  • La disparition depuis 2017 d’une définition précise des critères de raisonnabilité, alors qu’il n’est pas non plus clairement établi ce que sont les "actes positifs et répétés de recherche d’emploi" qui sont exigés en cas de contrôle des demandeurs.euses d’emploi.
  • La multiplication des critères de radiation, autorisant notamment la radiation en cas de deux refus d’offres jugées "raisonnables"... Alors même que les critères de raisonnabilité ont été supprimés !
  • Le nouveau barème de sanction autorisant Pôle Emploi à mettre des amendes en cas de rendez-vous manqués :
  • 1er rendez vous manqué = 1 mois de radiation
  • 2ème rendez-vous manqué = 2 mois de radiation et 2 mois de suppression d’allocation
  • 3ème rendez vous manqué = 4 mois de suppression d’allocation !
  • Et enfin le retour, par cette récente réforme, de la dégressivité des allocations. Elle concerne aujourd’hui uniquement les plus hauts salaires, mais nul doute qu’elle puisse s’étendre à l’avenir à l’ensemble des personnes en situation de recherche d’emploi, exerçant sur elles un moyen de pression supplémentaire.

Nous sommes donc contrôlé.e.s par un organisme reconnu d’utilité publique dépossédé de ses moyens et dont les salarié.e.s, depuis la fusion de l’ANPE et des Assédic en l’unique Pôle emploi, voient leurs missions changer, leurs conditions de travail se dégrader, et subissent une pression de plus en plus forte.

Cet ensemble de dispositifs de contrôles contredit les clichés mensongers véhiculés par les patrons, le gouvernement ainsi que nombres de médias réactionnaires qui dépeignent la vie des chômeur.euses comme une existence de fainéantise enchaînant les vacances au soleil. Comment vivre dignement avec quelques centaines d’euros par mois ? Comment échapper au stress, à l’angoisse du lendemain, à l’humiliation, à la fatigue, à la dépression ? La vérité, c’est qu’on estime que près de 14 000 décès par an en France sont liés au chômage et à toutes les conséquences que la précarité entraîne.

PÔLE-EMPLOI INCAPABLE - PÔLE-EMPLOI HORS LA LOI

Cette politique de contrôle et de stigmatisation est d’autant plus scandaleuse quand on sait que Pole emploi, de son propre aveu, est incapable de récupérer plus de la moitié des offres d’emploi disponibles sur le marché du travail, de trier les vraies offres des annonces bidons, ainsi que d’identifier les offres illégales d’emploi qui lui parviennent. En région parisienne, presque la moitié des offres proposées par Pôle Emploi sont mensongères ou n’existent pas !

Pôle emploi refuse de financer des formations nécessaires et exigées par les demandeur.ses d’emploi, les renvoient plutôt vers des formations bidons qui remplissent les caisses privées des prestataires de service, qui ne délivrent aucun diplôme et n’assurent en rien un travail derrière.

Les arguments du gouvernement pour la mise en place de cette réforme de l’assurance chômage sont fallacieux et relèvent du mépris de classe : c’est 5 milliards d’euros d’économie faits sur le dos des chômeur.euses, pour combler le fameux déficit de l’Unédic, cherchant ainsi à rendre responsables les chômeur.euses de ce déficit et justifiant une attaque lancée sur les revenus des plus pauvres et des plus précaires. Alors même que 2019 est une année record en termes de dividendes reversés par les entreprises du CAC40 à leurs actionnaires...

De plus Muriel Pénicaud tente de la justifer positivement en arguant une augmentation générale d’un soi-disant "capital allocatif". Faut-il lui rappeler qu’on ne bouffe pas avec 200e par mois, sauf à n’avoir pas de logement et que les allocations chômage ne sont pas un capital mais bien un droit, fruit de notre travail et de nos cotisations, et de la mise en place d’une solidarité interprofessionelle.

Cette réforme de l’assurance chômage, dont l’application finale est prévue au 1er avril 2020, se verra bientôt complétée fin 2020 par la mise en place du Revenu Universel d’Activité qui prévoit de fusionner l’ensemble des aides sociales. L’objectif : fondre dans un seul Revenu les allocations de retour à l’emploi, les aides pour le logement, l’allocation adulte handicapé... Autant d’aides et d’allocations qui n’ont rien à voir les unes avec les autres, qui ne proviennent aujourd’hui pas des mêmes caisses, et qui répondent à des besoins spécifiques ! C’est la charité de l’état soumise à des heures de bénévolat qui se met en place, laissant entrevoir l’aboutissement de la casse de la Sécurité Sociale, outils de solidarité et de mise en commun de la part socialisée des salaires, gérée historiquement par les travailleurs.euses.

Ce que vise le gouvernement, c’est l’étatisation de la sécurité sociale, afin de livrer les 417 milliards d’euros annuels de cotisations issus de nos salaires aux assureurs privés.

Le gouvernement Macron attaque la société dans ses liens de solidarité sociale conquis de haute lutte, et ce afin de renforcer une armée de réserve rêvée par le capitalisme et obligée d’accepter tout travail de merde selon les besoins de l’économie.

Nous ne comptons pas nous laisser faire !
Précaires, chômeur.euses, auto-entrepreneur.euses, travailleurs.euses en discontinu, organisons nous.
Aux côtés des salarié.es en lutte, exigeons le retrait de la réforme de l’assurance chômage, exigeons le retrait de la réforme des retraites, l’arrêt du flicage, exigeons un revenu de remplacement permettant de vivre dignement dans n’importe quelles circonstances, exigeons une sécurité sociale à 100% ! Retrouvons-nous, partageons nos expériences et nos savoirs, mettons la pression sur Pôle emploi et tous ceux qui produisent, régissent et profitent de la précarité !

A bientôt !

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