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Brésil 2014 : Quand football et répression font bon ménage

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Depuis juillet 2018, des centaines de personnes participent à la campagne de soutien aux 23 personnes condamnées pour leur implication dans les manifestations contre le mondial 2014 au Brésil.

Le lancement de la campagne « Ce n’est pas seulement pour les 23, c’est pour toutes celles et ceux qui luttent » a eu lieu le mardi 24/07, dans le salon noble de l’Institut de Philosophie et sciences sociales de l’université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), et a réuni des centaines de personnes, parmi elles, des représentants des mouvements sociaux, des journalistes et photographes indépendants et des partis politiques. La médiation de la table était placée sous la responsabilité de José Pimenta, représentant du Centre Brésilien de Solidarité aux peuples (CEBRASPO -). Douze des 23 condamnés étaient présents : Elisa Quadros Pinto Sanzi, Rebeca Martins de Souza, Shirlene Feitosa de Fonseca, Eloisa Samy Santiago, Igor Mendes da Silva, Bruno de Sousa Vieira Machado, Emerson Raphael Oliveira da Fonseca, Felipe Frieb de Carvalho, Filipe Proença de Carvalho Moraes, Luiz Carlos Rendeiro Júnior, Pedro Guilherme Mascarenhas Freire et Rafael Rêgo Barros Caruso.

Elisa Quadros, connue comme « Sininho » (clochette), a affirmé, émue, continuer à lutter fermement grâce à la solidarité et le soutien qu’elle reçoit et a défendu l’idée que « la lutte n’est pas contre la condamnation de 23 personnes, c’est une condamnation de toutes les personnes qui ont lutté en 2013 et pour toutes leurs vies ».

Elisa a insisté sur le fait que les médias ont été responsables de la criminalisation des mouvements sociaux et de la population pauvre et noire. « À partir du moment où il existe un monopole médiatique qui condamne des personnes pour être des militants et des activistes, qui condamne des jeunes qui sont assassinés tous les jours dans les favelas, les présentant comme criminels, et justifiant ainsi leur assassinat, l’assassinat d’enfants, d’une population qui est exterminée tous les jours dans les favelas et dans les prisons, il en va de la responsabilité de chaque citoyen et principalement de la classe journalistique de ne pas permettre que ça arrive ».

Igor Mendes, qui a lancé récemment le livre « La petite prison », de la maison d’édition N-1, à propos des deux mois durant lesquels il était prisonnier au complexe pénitencier de Gericinó, à Bangu, a salué les milliers de personnes à « personnalité tordues », en critique évidente à ce que le juge Flavio Itabaiana a écrit dans la sentence de condamnation. Ayant en main l’édito imprimé de l’ « Estado de São Paulo » du 20/07 ( journal main Stream de l’état de São Paulo), intitulé « la condamnation des black block », il en a lu certains extraits et affirmé : « c’est d’une hypocrisie détestable parce qu’ils pleurent pour des vitrines brisées mais ne pleurent pas pour les 60 mille assassinats, pour le génocide institutionnel, pour la répression implacable dans les campagnes. Ce sont tous des hypocrites ! », a-t-il affirmé.

Absent, Caio Silva da Souza a envoyé un texte, lu par le médiateur, dans lequel il condamne ce qu’il a appelé « cirque médiatique » monté à partir de la mort du cinéaste Santiago Andrade, atteint par un fumigène en février 2014. Avec Fabio Raposo, Caio répond pour homicide volontaire, quand il y a intention de tuer, et les deux vont passer devant le « júri popular » (instance juridique formée de 7 membres de la « société civile », qui préside à établir si le crime a eu lieu, si les réus sont responsables et s’il faut les condamner, en cas de jugement pour homicide volontaire). « Je viens ici représenter les jeunes pauvres et des périphéries qui subissent continuellement la ségrégation sociale. Ce qui se passe avec cette population n’apparaît pas à la télévision. Essaie de naître noir et pauvre et tu vas voir que les opportunités sont différentes. « Les nobles utilisent la peine, nous la résistance », dit un extrait du texte. « Ils ont tenté de faire taire notre voix, mais ils n’ont pas réussi. J’ai subi des tortures graves dans le système carcéral. Ils ont été jusqu’à déposer des objets dans ma cellule dont les but étaient de me tuer. J’ai dû traverser tout ça pour venir vous dire à tous qu’il « faut résister », a écrit Caio.

Le pharmacien et militant du Mouvement Classiste de défense de la santé du peuple, Rafael Caruso, a incité les personnes présentes à continuer de s’indigner contre les injustices. « Nos ennemis de classe n’ont pas [de doute sur la capacité de révolte du peuple]. Ils prennent des mesures préventives pour la contenir au moyen d’un coup d’Etat contre-révolutionnaire préventif qui est en cours dans notre pays. Ceci est évident dans notre pays, semi-féodal et semi-colonial, gouverné par un latifúndio responsable pour la misère, la faim, les massacres, la destruction de la nature et du sol », a-t-il affirmé.

Rebeca de Souza est professeure de sociologie du Réseau estatal de Rio (réseau des écoles publiques de l’état de Rio). Elle défend que son histoire de militance a commencé bien avant 2013, mais que cette année-là la lutte s’est renforçée. « Je me suis organisée à la base, dans le contexte d’une école, engagée dans l’éducation publique de ce pays », a-t-elle pointé. Pour elle, le procès est fragile, autant dans la phase de dénonciation comme dans celle de la sentence. « Pour que vous ayez une idée, nous avons été emprisonnés sous le prétexte de délits informatiques et j’arrive à peine à utiliser un ordinateur », a-t-elle critiqué. C’est un procès qui s’opère sur la base de la spéculation, de la théâtralisation, du spectacle que sont ce procès et cette persécution politique », a-t-elle dit.
Le public a rempli l’auditoire de l’université, UFRJ, dans le centre de Rio

Filipe Proença est militant du Syndicat Estatal des professionnels de l’éducation (SEPE), organisé par le collectif du syndicalisme révolutionnaire, et défend que le procès ne criminalise pas seulement les personnes condamnées, mais les organisations en général. « Ce procès n’est pas une attaque au OATL (Organisation Anarchiste Terre et Liberté) ou au MEPR (Mouvement étudiant populaire et révolutionnaire) ou au 23. C’est bien plus que ça. Si vous avez pu lire la sentence de ce procès, c’est une attaque claire au droit d’organisation, au droit de lutte et au droit d’expression des organisations qui défendent les droits du peuple, a affirmé Filippe. « La répression des mouvements sociaux est un problème de l’Etat Brésilien qui depuis 1500 massacre des indigènes, des quilombolas, qui a massacré la quilombo de Palmares, la Confédération dos Tamoios. Qu’il advienne ou disparaisse un gouvernement, cette répression est une constante, qui est la fondation de l’Etat Brésilien », conclut-il.

« Je suis les 23 aussi ».

La mère de Marcus Vinicius, Bruna Silva, est allée démontrer de la solidarité et, une fois de plus, manifester sa révolte pour l’assassinat de son fils, tué par la police durant une opération dans la Maré. « Ma lutte est pour avoir le droit de parler, je dois parler, ils ne peuvent pas faire avec moi ce qu’ils ont fait avec ces 23, les emprisonner parce qu’ils parlent ». Et elle a continué : « en 93 j’avais 11 ans quand a été diffusé l’acte de la Candelaria (elle se réfère à la chacina de la Candelaria, pendant laquelle 8 personnes, 6 mineurs et deux majeurs en situation de rue furent assassinées par des policiers militaires dans une rue à proximité de l’Eglise de la Candelaria, dans le centre de Rio), je me souviens que j’étais petite et j’étais dans le salon de ma grand-mère regardant la télévision quand cette nouvelle a explosé dans la presse. Je me souviens que ma mère me prenait par le bras et me couvrait les yeux, pour que je ne vois pas cette barbarie à la télévision. Mais moi qui avait un peu de curiosité et qui était intelligente, je suis sortie dans la rue et j’ai cherché un vendeur de journaux. Je ne savais pas lire, mais je voulais voir les photos. Mon Dieu, il y avait tellement de sang ! Par la faute de l’Etat, de la Police de Rio, hier j’étais à la messe de la Candelaria, aujourd’hui je suis une mère de la Candelaria », a-t-elle raconté, dans un discours ému. « Ils ont fait taire mon fils mais sa mère est ici pour parler ».

Une autre mère qui a perdu son fils victime de la violence de l’Etat, Glaucia Santos s’est présentée à l’événement et a rappelé le jour où Fabricio Santos, avec à peine 17 ans, fut assassiné dans le complexe du Chapadão par un tir de fusil, selon elle tiré par la PM, durant la nuit du nouvel an. « Je n’ai pas eu de deuil, j’ai eu une lutte. C’est pour cela que mon soutien n’est pas seulement pour les 23, il est pour tous ceux qui nous soutiennent, parce que le caractère du noir, pauvre et habitant de la favela est le même. Aujourd’hui je suis ici pour appuyer tout le monde, c’est épaule contre épaule qu’on avance, ensemble, pour en finir avec cet Etat fasciste. Je ne fais aucun pas en arrière. Les vies des favelas comptent », a-t-elle affirmé.

Glaucia Santos a perdu son fils, victime de la violence policière dans le complexe du Chapadão.

Jandyra mendes, la mère du condamné Igor Mendes, et membre de la commission des proches de prisonniers et persécutés politique-RJ, s’est dite indignée de la condamnation et a manifesté son soutien au 23. « Nos fils sont des défenseurs du peuple, parce que je suis le peuple, une femme du peuple. Donc, ils nous représentent et leur lutte est notre lutte. Nous n’allons pas reculer, quand nous, les mères de 3, Igor, Caio et Fabio, sommes sorties du tribunal de Justice de Rio de Janeiro et avons laissé nos fils là, dans les cachots de ce tribunal, ça a été une douleur profonde dans notre poitrine, mais nous avions la certitude que notre lutte allait être grande. Nous allons réussir ! », a-t-elle dit au micro.

En entretien avec la « Ponte », l’avocat de la défense de 9 condamnés, Marino D’Icarahy, vice-président de l’ABRAPO (association brésilienne de l’avocat du peuple), a dit qu’il allait utiliser tous les recours possibles pour inverser la sentence. « Le 25 juillet, nous avons protocolisé le premier recours, du juge qui est un recours encore dans la sphère du juge de la 27ème des affaires criminelles. C’est un recours appelé « embargo de déclaration », qui vise à supprimer les doutes, les zones d’ombre, les omissions et les contradictions fondamentales et préliminaires à l’appréciation de la sentence capables d’être relevants dans sa solution pour l’introduction des recours à venir », a expliqué D’Icarahy.

La défense tente de soulever des erreurs de procédures pouvant entraîner la nullité : violation du délai raisonnable du procès (la prévision de conclusion du procès était pour octobre 2015), inclusion hâtive de l’imputation du crime autonome de détournement de mineurs, la question de la propre compétence du juge pour juger ces jeunes.

P.-S.

Traduction approximative d’un article du journal Ponte, daté du 26/07/2018.


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