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Carnaval indépendant de la Plaine et de Noailles 2016

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Cette année encore, le printemps arrivera (sauf inconvénients imprévus ou erreur de notre part), et avec lui le Carnaval de la Plaine et de Noailles, qui mettra de nouveau le monde sans dessus dessous, ramènera le ciel sur la terre et la farine là où il se doit.
A vos masques, prêt-e-s, .... et rdv le 13 mars !

Le Carnaval de la Plaine et de Noailles, on l’attend comme le bon pain un jour de pluie.
Et en ces jours pluvieux, au sens propre comme au figuré, il se fait de plus en plus proche et de plus en plus désirable. Ce sera ce dimanche 13 mars et espérons que le soleil brille sur la Plaine et sur nos têtes, pour chasser les mauvais temps d’urgence que nous vivons. Et qu’à la place vive Carnaval.

Il y a 16 ans l’association « La Plaine sans Frontières » l’a ressuscité avec la participation enthousiaste d’autres associations et d’habitués du quartier, jeunes gens et parents, enfants et grands-parents, chaque année plus nombreux. Et comme jadis, ce carnaval de quartier est redevenu une véritable fête populaire où chacun laisse libre cours à la moquerie et à la critique sociale dans un joyeux désordre. Depuis ses lointaines origines, Carnaval est du côté des petits et critique les excès des puissants. Et rituellement les autorités laissent faire. A Marseille comme ailleurs, le Carnaval de la Plaine et de Noailles invite enfants et adultes, acteurs de leur propre fête, à fêter l’arrivée du Printemps.

Extrait du communiqué des carnavaliers datant de mars 2015.

En 2014, la répression

Malheureusement, il y a deux ans, le Carnaval est devenu une sorte de Gardav’al, avec l’arrestation et la mise en prison de plusieurs personnes après que la police décide d’intervenir contre le bûcher du caramentran, moment emblématique du passage de saison et symbolique de la mise à mort de ce qui nous fait horreur, au moins pour l’année à venir. Et ces temps ci, l’horreur ne manque pas. On la vit au quotidien, entre écartèlement du code du travail et arsenal de lois sécuritaires.

L’an dernier, le joyeux bordel du carnaval, avec ses lancers de farine et d’oeufs a vu les premières arrestations de son histoire : les CRS ont chargé, matraqué et gazé la farandole des carnavaliers, enfants et adultes, dansant autour du feu comme le veut la tradition, provoquant les désordres qu’ils prétendaient éviter. Au final huit personnes ont été arrêtées et sept ont écopé en comparution immédiate de peines de prison ferme ou avec sursis, avec casiers judiciaires en prime.

idem

Vous pouvez aussi retrouver sur Mille Bâbords un déroulé ainsi qu’une vidéo de cette heureuse puis triste journée de 2014.

Mais cela n’a pas résigné les carnavaliers, les carnavalières et tous les monstres qui les accompagnent. L’année suivante, le Carnaval a continué de plus belle, malgré les pressions.

En 2015, la fête reprend...quatre fois plus fort !

Le Carnaval 2015, qui était annoncé de façon très alarmiste par les autorités comme étant un évènement potentiellement dangereux (avec des méchants casseurs infiltrésmanipulésdirigéstélécommandés par les extraterrestres et Mickael Jordan), a en effet réuni quatre fois plus de personnes qu’à l’accoutumée, en réponse aux attaques policières de l’année précédente. Et effectivement, la police n’a pas pointé le bout de son nez et rien de toute la catastrophe annoncée n’a eu lieu. Comme quoi, pour reprendre le vieil adage, "les gardiens de la paix, au lieu de la garder, ils feraient mieux de nous la foutre".

Seulement la joie, la farine, les danses et le feu, plus de 2000 personnes (personnes, monstres, animaux, squelettes, objets, et diverses autres composantes non identifiées) ont rebattu le pavé et chanté aux côtés de chorales venues de partout en France et d’ailleurs.

Nos camarades (et néanmoins amis) de CQFD ont par ailleurs écrit un article sur le sujet l’année dernière, qui permettra d’en savoir plus sur cette belle célébration.

Cette année, le charivari des enfants sauvages fut rock’n’bolesque à souhait. Une cascade humaine et rigolarde inonda La Plaine. Un torrent de précieux cailloux peinturlurés, grimés, travestis, roula jusqu’à Noailles en amassant la mousse des jets de farine comme s’il s’agissait de l’écume des jours gris, enfin éclaboussés de couleurs fanfaronnantes. En passant, ces pierres qui roulent aux accoutrements végétaux, plastiques, animaliers, monstrueux, chambraient la minorité passive qui, pour les voir, se penchaient aux fenêtres : « Qui n’est pas déguisé sera enfariné ! » Rires, lazzis et armes d’opérette – fabriquées et expédiés généreusement par les carnavaliers du Canal, à Bruxelles ! – étaient brandis vers les nuages : « Les beaux jours avec nous ! » Instant cathartique où l’on embrasse effusivement des inconnu(e)s, ou alors des ami(e)s qu’on n’est pas sûr de reconnaître sous le masque – et cela en alternance avec l’adrénaline des batailles et des courses-poursuites. Mazette, quelle fête !

Extrait de CQFD, pardi !

En 2016, Carnaval est plus précieux que jamais.

Si le Carnaval cuvée 2015 avait déjà connu et existé après les attentats de Charlie Hebdo, la récolte 2016 sera la première à avoir lieu sous état d’urgence et toutes les belles enboucaneries qui vont avec. En bonus, elle a lieu alors que la restructuration et le déplacement de population (pardon, la "montée en gamme") de la place est dans les petits papiers de la mairie.

Ces deux sinistres éléments de ce qui est désormais notre quotidien se verront très heureusement contrastés par la déambulation dans les rues de la Plaine et de Noailles.

Parce que se retrouver ensemble dans la rue et parler, festoyer, marcher et renverser le monde vont, dans les faits, refuser les arcanes du pouvoir et les injonctions à rester chez soi et à ne rien faire, à ne rien voir, à ne rien entendre, et à ne surtout pas braver ses interdits. Mais c’est là l’essence même du Carnaval : la remise en question, l’effacement et le renversement des lignes de pouvoir et la recréation d’un nouvel univers populaire et collectif. L’état d’urgence nous est insupportable pour bien des raisons, et voilà une occasion d’être contre lui. Ce n’est pas à grands coups de lois antiterroristes que l’on règle les questions sociales. La farine est au moins aussi efficace, et elle a moins de conséquences néfastes.

Et faire tout cela ici alors que la Soleam s’attaque à la Plaine prend encore une dimension : celle de la vie du quartier que nous défendons. Et comme le disait le communiqué déjà cité, "le Carnaval de la Plaine et de Noailles est gratuit, sans étiquette de parti et n’est subventionné par personne. Il revendique seulement la liberté de s’exprimer, de s’amuser et d’exister dans l’espace public sans dépenser beaucoup d’argent". Parce que c’est aussi ce que nous aimons de la Plaine, de son marché, de ses habitant-e-s et de son quotidien : on y trouve de tout. A la Plaine, on y vient, on y tchatche, on y traine.

Et cette "montée en gamme" est l’antithèse de ce que en quoi nous croyions et de ce que nous voulons pour le quartier, car dans ces mots se cachent simplement d’autres mots, moins reluisants et moins flatteurs : le déplacement de population par nécessité économique (à la fois parce que le marché, du fait de ses prix très abordables, attire des personnes venues de toute la ville, réalité qui changerait du tout au tout avec ce nouveau projet ; et parce qu’à long terme de tels projets conduisent invariablement à des hausses de loyers, et donc de catégories de personnes aptent à allonger la monnaie), la destruction des réseaux de voisinage et d’un esprit de quartier par une necessité de conformisation et d’attrait touristique (faut bien que ces messieurs-dames se sentent chez eux partout, au risque que d’autres ne soient plus chez eux nulle part), ne serait-ce que par l’existence physique même de ces travaux qui ôteraient de fait toute possibilité de se trouver sur la place ailleurs que dans les espaces marchands, le délabrement progressif et volontaire du quartier (tout simplement en oubliant ce fameux "entretien municipal" sensé être la moindre des choses) pour justifier les restructurations, etc...

Et tout ça pour la modique somme de 13 millions. Nous avons une proposition pour les cadres de la mairie et de la Soleam :

donnez-nous les 13 millions, et on s’occupe de changer les ampoules et de balayer les trottoirs .

On avait déjà fait monter l’aïoli en janvier et assisté avec émotion à la naissance des tables de la Plaine en décembre, et voilà donc que le Carnaval arrive et donnera des grands coups de crayons, de peinture, de farine sur les plans de nos décideurs.
Carnaval, ça veut aussi dire que l’on ne veut pas que quelqu’un d’autre décide pour nous.

Et nous, nous avons décidé de danser, de chanter, de nous enfariner jusqu’à plus soif, de renverser le monde, comme chaque année.

Et que vive Carnaval !

P.-S.

En attendant Carnaval, la chorale révolutionnaire La Lutte Enchantée propose des ateliers de chant pour préparer ensemble les chants pour Carnaval.
Ca se passe à Jadis Igor (rue de Bruys), tous les jeudis dès 20h47.


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