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Que se cache-t-il derrière le muguet, fleur symbolique du premier mai ?

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Parmi toutes les symboliques que comporte cette journée du premier mai, il semblait important de diffuser ici le témoignage d’un.e camarade ayant récemment travaillé à la récolte et au rempotage de ces brins de muguets, vendus jusqu’à 3€ le pot. Ille y parle de l’histoire de cette symbolique, et de toute l’aigreur qu’elle donne aux conditions de travail de sa culture.

Le premier mai se fête la journée des travailleur.se.s dans beaucoup de pays du monde. Cette fête rappelle des batailles ouvrières, et en particulier celles pour la conquête d’un droit bien précis : la réduction du temps de travail à huit heures. Beaucoup de gens l’ont payé avec leur sang, des ouvrières frappé.e.s par la répression lors des manifestations et de tou.te.s les anarchistes condamné.e.s a mort par la suite.

Lors de cette journée, par tradition, on offre une plante de muguet aux personnes aimées comme porte-bonheur. Cette coutume vient de l’époque romaine, où on fêtait la dea flora (arrivée du printemps) et fut réintègrée dans les moeurs au seizième siècle. Cette fleur, symbole du triomphe du printemps sur l’hiver, devient par la suite symbole de la fête des travailleur.se.s. En Italie, le premier mai est un jour de fête nationale mais la tradition de l’échange floral n’existe pas.

Mais que se cache-t-il derrière cette fleur et derrière ce que devrait être sa signification symbolique ? Je vous raconte une histoire. Au mois de mars, j’ai quitté l’Italie pour la France, avec d’autres camarades, pour aller travailler dans une exploitation agricole qui produisait des plantes ornementales dont le muguet. Le travail consistait à rempoter des greffes de muguet. Jusque là, tout va bien. Après tout un taf reste un taf, et il n’y a pas de mauvais ou de bons travaux, il n’y a que de l’exploitation. En cherchant des points positifs, je dirais que le travail en pleine nature me plaît, et que ces expériences créent des liens sociaux avec des personnes d’origines différentes.

Dans le détail, nous devions produire 1200 vases de muguet par jour, de 8 heures du matin à 17h30/18h le soir, avec une heure de pause déjeuner. Tout ceci accompagné de menaces de non-paiement si nous n’arrivions pas à réaliser le nombre de vases pré-établi. De 8 et demi à 9 heures de travail ! Comment ça ? Le muguet ne symbolise-t-il pas la réduction du temps de travail de dix à huit heures par jour ?

Nous n’avions pas d’accès à l’eau, sinon à celle du puits dédié à l’irrigation des plantes qui, n’étant pas filtrée, refilait une belle diarrhée à qui s’aventurait à la boire. Les espaces cuisine et toilettes puaient en plus de leur mauvais fonctionnement.

Mais le pire de tout était le traitement réservé aux migrant.e.s extraeuropéen.ne.s, souvent agé.e.s, armé.e.s d’une volonté qui nous ferait rêver, nous jeunes blanc.he.s. Ils furent vraiment les plus belles personnes rencontrées. Le racisme et la xénophobie étaient à l’ordre du jour, sans parler des autres formes de discriminations comme le sexisme. Neuf jours vécus dans un climat de violence psychologique se prolongeant par des tendinites et contractures musculaires dûes au manque de repos, dans une guerre entres pauvres alimentée par la compétition de celui qui ferait le plus de muguet sous peine d’être licencié.e.s. Le sang versé des ouvrièr.e.s et anarchistes pour obtenir des conditions de travail meilleures continue de couler dans nos veines !

J’ai résisté à tout cela, non pas par choix mais par nécessité. J’étais arrivé.e jusqu’en France et il ne me restait plus une thune. Ce fut vraiment dur. L’unique consolation fut que la seconde session de rempotage, j’imagine que ce sont les patrons et quelques lèches-culs français.e.s qui l’ont faite tou.te.s seul.e.s.

Nous autres migrant.e.s européen.ne.s et extra-européen.ne.s, avec un bon nombre d’autres francais.e.s, on s’est barré.e.s de bon cœur. Par chance avec la saison printanière on trouve d’autres possibilités de tafs, et il est possible de choisir.

Que se cache-t-il derrière le muguet, la plante symbole de la fête des travailleur.se.s ? Sueur, sang, xénophobie, exploitation et, considérant que les plantes absorbent notre énergie, une haine profonde des exploité.e.s.


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