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Solidarité avec la communauté Mapuche de Chubut

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Depuis presque une semaine la police provinciale et la gendarmerie nationale mènent une répression féroce a l’encontre de la communauté mapuche « Lof en Resistencia » du département de Cushamen, qui occupent depuis mars 2015 des terres « appartenant » a la transnationale textile Benetton.

C’est la justice de la province de Chubut qui a ordonné l’expulsion, prétextant la libération des voies du train touristique « la Trochita », qui étaient occupées par une vingtaine de personnes membres de la communauté, et obstruées a l’aide d’objets en signe de protestation. Construit a l’époque de la conquête de l’ouest Patagonien, « la Trochita » assurait l’approvisionnement en ouvriers pour les grands ectancieros du sud, notamment au moment de la tonte et de l’équarrissage des moutons Patagons destinés au public londonien. Aujourd’hui, ce train n’est plus qu’une attraction touristique qui coute une fortune et assure à différentes municipalités de la province un rendement intéressant. Au fil des ans, le trajet de la « Trochita » a été réduit à quelques centaines de km allant d’El Bolson a Esquel. Il passe principalement sur les terrains de l’estancia Leleque, appartenant à Benetton, qui possède d’ailleurs quasi un million d’hectares en Patagonie pour faire paitre ses blancs moutons, principalement des territoires Mapuche.

Comme il faut bien justifier de son prix, la « Trochita » en profite pour s’arrêter dans quelques communautés Mapuche, et au musée sur l’art Mapuche crée par Benetton (SIC) sur les terres volées aux Mapuche eux-mêmes ! Manque de bol pour les touristes, la « Trochita » passe aussi par la réquisition de terre de la communauté mapuche « Lof en Resistencia », qui occupent depuis quelques années ces terres arrachées violement aux populations mapuches durant la « conquête du désert » et vendues a l’entreprise textile italienne en 1994, durant le gouvernement de Carlos Menem.

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La répression a commencée mardi matin avec une première opération d’une grande ampleur et d’une grande violence permettant aux forces de l’ordre de couper tout les accès à la communauté. Pas moins de 21 unités mobiles de flics, deux bus, un hélicoptère, des chevaux , des drones et un nombre impressionnant de fourgons et de camionnettes ont investi les rues du village Mapuche au petit matin, alors qu’il n’y avait pas plus de 10 personnes dans le village, principalement des femmes et des enfants. Plus de 200 flics au total, qui s’en sont directement pris aux « résistants » a coups de balles en caoutchouc et en plomb, selon certains témoignages, saccageant les maisons et s’emparant des animaux au passage. Coté forces de l’ordre, on dénombre 5 blesses chez les gendarmes du fait de jets de pierres avec lesquels ont répondu les manifestants. Des blessures sans gravites, n’entrainant pas la prise en charge dans un hôpital. Coté manifestants, on dénombre 3 blesses graves, pris en charge par l’hôpital d’El Bolson, dont l’un avec une fracture de la mâchoire.

On dénombre également 11 interpellations de membres du groupe « Lof en Resistencia Cushamen, principalement parmi les personnes qui se rendirent sur place en soutien aux membres du village. 3 personnes furent ainsi interpellées pour des faits de « résistance avec violence » et rapidement libérés sur ordre du juge (avec peut-être des dates de procès qui vont tomber plus tard). 7 autres personnes furent interpelles plus tard dans la journée, alors qu’elles apportaient leur aide aux membres du village, afin de récupérer les chevaux appartenant a la communauté, mis en déroute par les condés le matin même. Ces 7 personnes solidaires circulant en camionnette afin de localiser et récupérer les chevaux tombent sur une camionnette appartenant aux entreprises Benetton, remplie d’hommes armés, en train de dérober les chevaux de la communauté. La camionnette de personnes solidaires se met alors en travers de la route afin de bloquer le camion des voleurs. D’autres camionnettes font alors irruption, avec autant d’hommes armés a bord. Les personnes solidaires décident de rentrer a El Maiten afin de sauver leur peaux. Arrivés au village, ils sont accueillis par une patrouille de militaires qui tirent une salve de balle a hauteur de la tête du chauffeur, sans aucune somation. La balle n’atteindra heureusement pas sa cible, mais la carrosserie porte encore la marque de la balle incrustée. Les 7 personnes sont alors fait prisonniers, accusés par les entreprises Benetton de tentative de vol de vaches. Ils sont transportés a l’unité pénale 14 de Esquel et libérés quelques jours plus tard après leur procès, pour cause de vices de procédure durant l’interpellation. Selon leur avocat, ils auraient subis de nombreuses tortures physiques et psychologique (trajet jusqu’à la prison les yeux bandés en passant par des pistes dans la foret, nombreuses menaces de mort et menaces sur les familles, violences... ).

Il semblerait que cette répression d’une extrême violence s’inscrive dans une stratégie mise en place au niveau national par la ministre de la sécurité (Patricia Bullrich) et son alter ego local (le gouvernador Mario Das Neves), afin de justifier la criminalisation et la répression de la protestation sociale. La répression violente de la communauté Mapuche permet de créer une figure de l´’ennemi intérieur qui justifie la mise en place d’une politique antiterroriste appliquée a toutes les formes de contestation sociale.


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