1er mai 2020 : un aperçu de cette journée à travers le monde.

Comptes rendus et réflexions d’une vague de nouvelles expériences en matière de manifestations.

Un article de crimethinc. qui, comme l’indique son titre, propose une liste non-exhaustive des différentes actions et manifestations qui ont eu lieu le 1er mai dans le monde.

Lire le texte sur CrimethInc.

Le 1er mai 2020 nous a confronté à un défi de taille : il n’a jamais été aussi nécessaire d’agir pour instaurer un changement, et cela n’a jamais été aussi difficile. Dans certaines régions du monde, notamment à Ljubljana, Vienne et Chicago, les anarchistes ont réalisé des percées inspirantes ; ailleurs, où les gens sont soit resté·e·s chez elleux par désespoir, soit ont tenté de répéter des traditions déjà bien connues et répandues, les résultats ont été décourageants. Nous présentons ici une vue d’ensemble des différentes expériences auxquelles les gens se sont livré·e·s dans une douzaine de pays, dans l’espoir de susciter l’inspiration et d’offrir des modèles utiles à l’organisation des prochaines luttes.

Nos ennemis de la classe dirigeante veulent que l’économie reprenne son cours sans nous accorder aucune des libertés dont nous avons besoin pour pouvoir nous défendre de leurs décisions. Partout dans le monde, nous avons vu des policier·ère·s sans aucun équipement de protection harceler et attaquer des manifestant·e·s correctement masqué·e·s, risquant allègrement de propager la pandémie et ce, au nom de vouloir stopper sa propagation. Cela souligne l’absurdité de compter sur la violence des États pour nous protéger d’un virus. La police a certainement été l’un des principaux vecteurs par lesquels le virus s’est répandu dans le monde et a pénétré au sein de nos communautés. Nous ne serons en sécurité que lorsque nous ne serons ni contraint·e·s de nous engager dans des activités économiques risquées pour survivre, ni contraint·e·s de rester confiné·e·s et soumis·es à nos dirigeant·e·s par des mercenaires qui se fichent éperdument si nous vivons ou mourons.

Vous pouvez lire des réflexions stratégiques sur les avantages et les inconvénients liés aux manifestations en voiture ici et ici. Nous espérons qu’un plus large éventail de tactiques verra le jour au cours des mois de lutte à venir.

Comme d’habitude, ces comptes rendus sont classés par pays pour montrer les régimes contre lesquels les participant·e·s se battent, et non parce que nous affirmons la légitimité d’un quelconque État ou héritage colonial.

Après des mois à faire cela, ça va nous démanger de nous salir les mains.

Autriche

Des célébrations et manifestations du 1er mai ont eu lieu partout en Autriche. Les mesures de confinement limitant les déplacements des individus ont pris fin la veille au soir à minuit. Par conséquent, plusieurs des manifestations prévues pour cette journée ont été officiellement déclarées et autorisées par les autorités. Outre les marches et rassemblements habituels des sociaux-démocrates et de divers groupes communistes, dont les mesures de distanciation sociales en ont modifié les aspects, il y a également eu plusieurs manifestations de groupes radicaux de gauche.

Vienne, Autriche

Une grande marche s’est réunie à midi sous le mot d’ordre « Solidarité transnationale – contre le racisme et la guerre. » Environ 850 personnes ont participé à la marche en portant des masques, en gardant leurs distances et en arborant des banderoles et des pancartes. La marche s’est terminée devant l’hôtel de ville vers 15 heures.

À la fin de la manifestation, une action de type critical mass (manifestation à vélo) ayant pour slogan « La solidarité au lieu de la "nouvelle normalité" » s’est élancée et de nombreuses personnes ayant pris part à la marche se sont naturellement jointes à l’action. La manifestation à vélo a rassemblé près de 600 participant·e·s. L’action s’est déroulée autour du Ring, un large boulevard entourant le centre ville. Cette dernière n’avait pas été déclarée auprès des autorités ; par conséquent, de plus en plus de policier·ère·s ont commencé à suivre la manifestation et on pouvait même entendre un hélicoptère de la police voler au-dessus de la ville.

Après avoir essayé de bloquer la route, les cyclistes se sont regroupé·e·s et se sont dirigé·e·s vers le Prater, un grand parc où la manifestation devait prendre fin. La police a attaqué les manifestant·e·s dans le Prater, renversant les cyclistes, frappant à coups de pied une personne qui était assise par terre, fouillant les gens et arrêtant trois personnes, qui ont ensuite été emmenées au centre de détention de la police de Rossauer Laende.

La plate-forme Radikal Linke, un des groupes qui a soutenu l’appel à la manifestation à vélo, résume : « Malgré la répression policière, nous avons pu montrer un signe clair de solidarité : avec les réfugié·e·s dans les camps et les centres de détention, contre le fait de forcer celles et ceux qui dépendent d’un salaire à porter le fardeau de la crise et de ses effets, pour une autre forme de (re)production sociétale, en dehors des forces capitalistes et patriarcales. Pour une société mondiale sans État et sans classe ! C’est aussi ce que représente le 1er mai, journée de lutte des travailleur·euse·s salarié·e·s et des opprimé·e·s. »

Manifestation du 1er mai en Autriche.

Salzbourg, Autriche

Des asperges pour tou·te·s ! À Salzbourg, des anarchistes ont « libéré » quelques asperges et les ont distribuées gratuitement lors d’une action directe avant le 1er mai. Dans les magasins alimentaires autrichiens, le prix des asperges est élevé, mais les agriculteur·rice·s autrichien·ne·s (et allemand·e·s) comptent sur des ouvrier·ère·s d’Europe de l’Est pour s’occuper des récoltes en échange d’un salaire de misère. Les producteur·rice·s d’asperges ont rejeté l’idée d’employer des ouvrier·ère·s autrichien·ne·s qui proposaient leur force de travail pour la récolte, arguant qu’ils et elles veulent des salaires trop élevés et qu’ils et elles ne travailleraient pas aussi dur que la main d’œuvre venue d’Europe de l’Est. Il faut savoir que les travailleur·euse·s d’Europe de l’Est sont acheminé·e·s en Autriche par avion, malgré les restrictions imposées par le COVID-19, et ce, alors même que l’Autriche a jusqu’à présent refusé d’évacuer ne serai-ce qu’une seule personne détenue dans les camps de détention situés aux frontières extérieures de l’UE (comme celui de Moria). Les conditions dans ces camps y sont inhumaines, comme elles l’étaient déjà avant l’épidémie de Covid-19. Nous voyons les frontières s’ouvrir pour les profits des entreprises, mais pas pour sauver des vies humaines.

Des soins de santé pour tou·te·s ! Ouvrez les frontières, évacuez les camps ! En plus de conclure leur communiqué par : « Le luxe pour tou·te·s » et « Bon appétit », les anarchistes de Salzbourg ont également inclus quelques recettes à base d’asperges. L’article complet avec photos à l’appui est disponible ici.

Belgique

Une nouvelle initiative de grève des loyers a été lancée en Belgique avant le 1er mai. Une liste des efforts visant à organiser une grève des loyers comprend maintenant des groupes aux États-Unis, au Canada, en France, en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne, au Brésil et en Grèce.

Une affiche pour la mobilisation de la grève des loyers en Belgique.

Le 1er mai, des personnes ont manifesté à Bruxelles devant la prison de Saint-Gilles. Suite à cette action, neuf personnes ont été arrêtées mais elles ont finalement été libérées plus tard dans la soirée. Les banderoles disaient « Rasons toutes les prisons, les mauvais jours finiront ! » et « Liberté pour tous.tes. » Les gens scandaient « Brique par brique, mur par mur, détruisons toutes les prisons. »

Il y a également eu une manifestation devant un supermarché à Forest, où un·e travailleur·euse est mort·e du COVID-19 il y a quelques semaines et ce, après s’être vu·e refuser le droit de porter un masque sur son lieu de travail.

Un appel à une manifestation féministe sur les balcons a circulé avant le 1er mai. Une manifestation en solidarité avec le Rojava a également eu lieu devant l’ambassade de Turquie. Plus d’informations sur les événements de la journée sont disponibles ici.

Brésil

Au Brésil, seules quelques actions anarchistes ont eu lieu pour le 1er mai, comme cet accrochage de banderole à Bahia, dans le nord du pays.

À Brasilia, la capitale du pays, un partisan du président fasciste brésilien Jair Bolsonaro a fait la une des médias en attaquant un groupe d’infirmier·ère·s qui manifestaient pour attirer l’attention sur le sort des travailleur·euse·s du secteur de la santé.

Pendant ce temps, les anarchistes brésilien·ne·s pleurent la mort d’un camarade qui vient d’être tué par le COVID-19.

Canada

À Hamilton, un convoi de véhicules « Keep Your Rent » (« Gardez l’argent de votre loyer ») a traversé les quartiers de Central, Durand, Corktown, Stinson, Gibson, Landsdale et Beasley, s’arrêtant devant des immeubles de grande hauteur appartenant à certain·e·s des plus important·e·s propriétaires de Hamilton, afin de promouvoir la grève des loyers et de montrer leur solidarité envers celles et ceux qui ont du mal à payer leur loyer.

À Montréal, des banderoles et des graffitis affichant des messages antiautoritaires sont apparus dans toute la ville.

À Toronto, en réponse à la spéculation liée à la pandémie, certain·e·s anarchistes ont bloqué les serrures de plusieurs banques avec de la colle, décoré les bâtiments de graffitis et publié un communiqué expliquant en détail leurs motivations.

Une manifestation à Hamilton, Canada.

Chili

Au Chili, la pandémie a stoppé net un soulèvement massif en cours qui était sur le point d’entrer dans une nouvelle phase passionnante.

Dans de nombreux endroits, les gens ont appelé à des cacerolazos (des manifestations sonores) pour le 1er mai ; une assemblée a même organisé une journée dédiée à la fabrication de masques et de visières de protection.

À Santiago, une manifestation a eu lieu sur la Plaza de la Dignidad (anciennement Plaza Italia) – l’un des principaux foyers d’affrontements récurrents avec la police à l’automne dernier – où un petit nombre de personnes se sont rassemblées pour commémorer la journée internationale des travailleur·euse·s et pour exiger la libération de tou·te·s les prisonnier·ère·s politiques. Cela a commencé vers 11 heures du matin ; il y avait déjà une forte présence policière sur place. Vers midi, la police a commencé à arrêter violemment les gens et à leur tirer dessus avec le canon à eau. La police diffusait également un enregistrement audio via un haut-parleur avertissant des dangers que pourrait créer une contestation violente et déclarant, entre autres, que la police « prendrait des mesures appropriées contre les rassemblements illégaux. » L’enregistrement parlait de manifestations violentes – ce qui, en tout point, n’était pas ce qui se passait sur la place en question. Les gens étaient simplement debout, tenant des banderoles, et lançant parfois des tracts en l’air.

Photo d’une action au Chili. Sur les banderoles, on peut lire : « Nous survivrons, nous reviendrons et nous triompherons. »

Au final, la police a arrêté près de 60 personnes ; les média officiels parlent de 57 arrestations. Parmi elles, de nombreux·euses journalistes dont un reporter d’une chaîne de télévision nationale, qui a pu continué à émettre en direct pendant quelques minutes depuis l’intérieur du véhicule de détention jusqu’à ce que les policier·ère·s interviennent et finissent par lui confisquer sa caméra.

Au poste de police, les forces de l’ordre ont d’abord libéré les membres de la presse. Puis, du fait que soi-disant il y avait trop de monde dans le bâtiment et que des rumeurs circulaient selon lesquelles quelqu’un·e de contaminé·e était présent·e dans les locaux, les forces de police ont transféré les personnes arrêtées vers un autre commissariat. Les rapports de presse affirment que le cas de contamination est confirmé ; nous n’en sommes pas sûr·e·s. En plus d’avoir déplacer les prisonnier·ère·s vers un autre poste pour poursuivre les démarches liées à leur arrestation, les policier·ère·s n’ont pris aucune mesure sanitaire préventive contre la propagation du virus et, au moment de libérer les détenu·e·s, ne leur ont fourni aucune instructions particulières concernant, par exemple, une possible mise en quarantaine ou le fait de subir des tests de dépistage.

Images des confrontations qui ont eu lieu lors du 1er mai dans la ville de Valparaiso, au Chili.

Après que certaines personnes aient quitté le premier commissariat, les flics en ont profité pour utiliser du gaz lacrymogène contre tou·te·s celles et ceux qui attendaient à l’extérieur du bâtiment en signe de solidarité avec les personnes interpellées.

Bien que la police ait profité de la situation pour diffuser la nouvelle selon laquelle une des personnes arrêtées lors de la manifestation aurait été testée positive au COVID-19, nous notons que les forces de l’ordre n’ont même pas demandé à ce que les personnes arrêtées se livrent à une quelconque forme d’auto-quarantaine une fois relâchées. Cela remet en cause la véracité de leur récit. Il est certain que dorénavant, les autorités utiliseront le spectre du COVID-19 pour terroriser les gens et les empêcher de manifester, alors même qu’elles essaient de nous forcer à reprendre un travail dangereux sans aucune protection.

Action au Chili.

Les affrontements se sont poursuivis sur la place tout au long de la journée. Il y a également eu une manifestation devant le palais du gouvernement, où un dirigeant syndical a été arrêté pour avoir tenté d’y accrocher une banderole. Des manifestations ont aussi eu lieu dans d’autres villes, notamment à Valparaiso et à Concepción, où l’on trouve également des preuves vidéo de la brutalité toute particulière de la répression policière lors de cette journée.

Plus tard, la police a attaqué au gaz lacrymogène les habitant·e·s de différents quartiers de Santiago, en particulier ceux de Villa Olimpica et de Lo Hermida, deux endroits généralement connus pour leur forte activité politique et pour leurs nombreuses confrontations avec les forces de l’ordre.

Le gouvernement chilien – presque universellement considéré comme illégitime avant la pandémie – continue par ses décisions et ses actions de se mettre à dos la population. Ces derniers jours, il a autorisé la réouverture de certains centres commerciaux, tout en continuant à interdire les rassemblements publics. Il voulait à l’origine que les élèves retournent à l’école et reprennent les cours cette semaine, mais le gouvernement à du faire face à de nombreuses réactions négatives de la part de différents secteurs, notamment de la part des maires de certaines municipalités et d’autres politicien·ne·s. Par conséquent, les autorités ont rétropédalé et ont décidé de remettre cette mesure à plus tard. La vérité est que le système scolaire ici n’est pas en capacité d’organiser des cours conformément aux règlements sanitaires qui visent à limiter le nombre d’élèves par classe et ainsi de suite.

De nombreuses personnes ont également perdu leur emploi et le gouvernement n’a pratiquement offert aucune aide à cet égard.

En général, les gens font de leur mieux pour conserver la mémoire de la lutte aussi intacte que possible, pour se rappeler des raisons pour lesquelles la révolte de l’automne dernier a éclaté et pour s’accrocher à l’idée que lorsque les choses se calmeront un peu avec la pandémie, nous retournerons dans les rues.

France

En raison de la pandémie de COVID-19 et des mesures politiques autoritaires et liberticides prises par le gouvernement français pour y mettre fin, de nombreuses incertitudes planaient à l’approche du 1er mai 2020. Depuis près de deux mois, la population est largement sollicitée – ou plutôt contrainte – de se conformer à la décision unilatérale du gouvernement de mettre en place une stratégie de confinement drastique. Pour s’assurer que la population respecte ces nouvelles mesures sanitaires, le gouvernement a déployé un nombre massif de forces de police dans les rues afin de contrôler les mouvements de la population et d’attaquer tout rassemblement. Comme nous l’avons déjà mentionné dans un article précédent, le fait que les brigades de police soient parmi les seuls groupes de personnes autorisées à être dans les rues à tout moment de la journée et de la nuit a provoqué une hausse du harcèlement et de la brutalité policière sous prétexte que les personnes visées ne respectaient pas le confinement. En cette période étrange et alarmante, nous savions que nous ne pourrions pas nous rassembler librement dans les rues pour célébrer le 1er mai comme nous l’avons fait en 2018 ou en 2019.

« Le virus, le capitalisme, le pouvoir [de l’État] – détruisons ce qui nous détruit. »

Néanmoins, malgré tout cela, plusieurs appels à manifester le 1er mai dans toute la France se sont répandus sur Internet. L’un d’entre eux, intitulé « 1er mai : pour des cortèges sans cortèges », a eu le mérite d’expliquer pourquoi il était important de manifester pendant le 1er mai 2020, mais aussi, pourquoi nous devrions profiter de la situation actuelle de pandémie – incarnée notamment par un comportement de distanciation sociale – pour réinventer des stratégies offensives contre l’État et le capitalisme en dehors des manifestations de masse classiques et ritualisées.

Voici deux extraits de l’appel :

Le 1er mai est un bon test de dépistage pour savoir si nous avons le virus de la peur, un curseur pour savoir où on en est de la conflictualité dans la rue, un thermomètre pour prendre la température de la fièvre insurrectionnelle et de l’état de nos anticorps face à la répression.

Et bien, peut-être que les mesures de distanciations sociales, les gestes barrières inévitables tant que dure le confinement, s’ils empêchent de fait les manifestations massives, et par là ce qu’elles ont de rassurant et d’effectif : sentir la force du nombre, la chaleur de la foule… ces mesures hygiénistes contestables, désagréables, obligent à un autre type de manifestation. N’est-ce pas là l’occasion historique de manifestations offensives (à tout niveau et pratique, en allant du bruit à la casse) multiples, décentralisées, mobiles, jamais figées, le moins souvent réprimées ? Nous qui sommes de plus en plus adeptes de la micropolitique, cette résistance au biopouvoir, ne pourrions-nous pas faire des micromanifs une stratégie ? En rappelant que [dans] le slogan hongkongais “be water”, [l’expression] “soyez de l’eau” ne voulait pas dire “soyez fleuve”, mais plutôt “soyez goutte”, j’espère pour le 1er mai 2020, une pluie de micromanifs pour éviter la sécheresse des luttes à venir.

« Un 1er mai sans confinement. »

En raison de la difficulté de se rassembler dans les rues cette année, nous ne pouvons pas fournir une liste exhaustive de toutes les actions menées à travers la France. Nous présentons ici quelques-unes des initiatives en région parisienne. D’autres manifestations et actions ont eu lieu à Lyon, Saint-Étienne, Grenoble, Gap, Poitiers, Toulouse et Rennes.

À Paris, un appel a été lancé pour se rassembler à 10 heures sur la Place de la République. Un petit groupe de personnes s’est présenté avec plusieurs banderoles et s’est réparti sur la place tout en respectant les mesures de distanciation sociale. Malheureusement, l’action n’a pas duré très longtemps, puisque de nombreuses unités des forces de l’ordre étaient déjà présentes sur place et ont rapidement commencé à contrôler et arrêter les manifestant·e·s.

D’autres appels ont été lancés pour se réunir dans les 18e et 20e arrondissements de Paris. Là encore, les forces de police étaient déjà sur place pour empêcher tout rassemblement, et certaines unités ont même patrouillé dans les rues pour contrôler et dissuader les potentiel·le·s manifestant·e·s. La stratégie policière d’occupation des rues et de harcèlement des piétons a fini par payer, dans la mesure où l’appel à se rassembler dans le 20e arrondissement a finalement été annulé.

Tentative de manifestation en France.

Sur une note plus positive, certain·e·s travailleur·euse·s en milieu hospitalier et manifestant·e·s ont réussi à manifester autour de l’hôpital Saint-Antoine à Paris et ont saisi cette occasion pour dénoncer les coupes budgétaires imposées aux hôpitaux publics depuis des décennies.

À Montreuil, les gens se sont rassemblés et ont commencé une manifestation sauvage dans les rues tout en respectant la distanciation sociale. Malheureusement, à un moment donné, les forces de police ont fini par bloquer leur progression et ont commencé à vérifier les identités et à distribuer des amendes. Cependant, un autre groupe de personnes qui a organisé sa propre manifestation a réussi à marcher librement et joyeusement dans les rues de la ville pendant une heure et demie. Toujours à Montreuil, les Brigades de Solidarité Populaire – une initiative inspirée de la Brigate Volontarie per l’Emergenza créée à Milan, en Italie – avaient organisé une action de distribution de nourriture aux personnes dans le besoin, montrant une fois de plus que la solidarité et l’entraide sont l’une de nos meilleures armes. Les autorités ont toutefois décidé d’envoyer des forces de police pour les attaquer au nom de la sécurité publique et du confinement. En conséquence, des dizaines de membres des BRAV (Brigades de répression de l’action violente) ont encerclé le marché, arrêté la distribution de nourriture et distribué des amendes aux militant·e·s présent·e·s ainsi qu’aux personnes venues s’approvisionner.

La police française détruisant une initiative d’entraide et de solidarité populaire.
Des mercenaires méprisables empêchant les gens de distribuer des ressources aux personnes dans le besoin en France.

Comme nous l’avons déjà expliqué, la pandémie actuelle donne aux gouvernements du monde entier la possibilité d’élaborer et de mettre en œuvre de nouvelles politiques afin d’accroître le contrôle et la surveillance de groupes d’individus et de communautés ciblés, tactiques qui seront par la suite étendues à l’ensemble de la société. En France, il devient de plus en plus difficile pour les autorités de cacher le fait que, suivant la communauté à laquelle les personnes appartiennent, ces dernières subissent des différences de traitement en matière d’application des mesures de confinement. D’un côté, on voit des personnes constamment harcelées, blessées ou tuées par les flics parce qu’elles sont considérées comme ne respectant pas les règles de confinement – alors que de l’autre, des bigot·e·s homophobes et xénophobes traditionnalistes peuvent se rassembler librement dans une église avec l’autorisation du préfet de police.

Le 1er mai 2020 n’a pas dérogé à cette règle. Alors que d’un côté, les autorités ont décidé de réprimer toute forme de rassemblement ou d’action pendant le 1er mai, de l’autre, les responsables du Rassemblement National, un parti politique xénophobe d’extrême droite, ont pu tranquillement célébrer leur traditionnelle cérémonie devant la statue de Jeanne d’Arc sans aucune présence policière et en étant entourés de journalistes pour immortaliser ce moment.

Pour couronner le tout, lors de son discours du 1er mai – dans lequel il a glorifié le « travail » comme étant l’un des principaux piliers qui « unifie » une « nation » – le président Emmanuel Macron a expliqué qu’en raison de la pandémie de COVID-19, ce 1er mai était spécial et ne ressemblait « à aucun autre », ajoutant que nous devrions tou·te·s garder l’espoir « de retrouver dès que possible les 1er mai joyeux, chamailleurs parfois, qui font notre Nation. » Une déclaration condescendante classique de la part d’un président qui considère les émeutes, les affrontements et les demandes du 1er mai comme étant de simples jeux d’enfants, et qui légitime l’utilisation de la force brutale par les forces de police, considérant par là même que les mutilations permanentes infligées par ces dernières lors des affrontements de rue représentent un gain net pour son camp dans la guerre des classes.

Le 2 mai 2020, après une réunion spéciale entre tous ses ministres, le gouvernement français a annoncé qu’il souhaite prolonger l’état d’urgence « sanitaire » jusqu’au 24 juillet. Cette décision donne maintenant aux gendarmes et aux agents de sécurité des magasins et des transports publics le pouvoir de verbaliser une personne s’ils considèrent que cette dernière ne respecte pas les règles sanitaires pendant la phase de déconfinement. Cela signifie que nous devrons faire face à encore plus d’agressions policières dans nos vies quotidiennes.

Tous ces éléments soulignent une fois de plus qu’en France, comme partout dans le monde, nous devons tou·te·s lutter contre plusieurs pandémies virales en même temps. Non seulement nous luttons contre le COVID-19, mais nous luttons aussi contre le virus du contrôle et de la surveillance qui se répand rapidement dans nos rues – comme le montre cette vidéo, contre le virus de la xénophobie, et contre le virus de l’État et du capitalisme.

Plus que jamais, nous ne devons pas revenir à la normale !

Allemagne

Pendant la journée du 1er mai, l’Allemagne a été témoin de nombreuses actions visant à accrocher des banderoles, à effectuer des occupations symboliques, à organiser des concerts de musique entre voisin·e·s, etc. Certains des événements les plus intéressants ont eu lieu dans de petites villes comme à Greifswald et à Wuppertal.

À Leipzig, les gens ont réalisé deux occupations symboliques :

À Berlin, le matin du 1er mai, il y a eu des actions décentralisées :

3000 personnes ont ensuite participé à la traditionnelle manifestation radicale dans les rues de Berlin ; en gros, cela revenait à courir d’un point A à un point B sans que rien d’intéressant ne se passe sur le trajet. En fin de compte, c’était presque comme un 1er mai classique à Berlin, mais avec moins de monde que d’habitude.

La veille, il y a eu des tirs de feux d’artifice pour célébrer la Nuit de Walprugis ainsi que quelques affrontements très légers à Friedrichshain :

Il y a également eu une tentative sérieuse de réaliser une nouvelle occupation à Berlin :

À Hambourg, pendant la journée, beaucoup de gens ont patrouillé les rues à la recherche de nazis mais sans succès, ces derniers n’ayant finalement pas montrés le bout de leur nez. Le soir, il y a eu quelques tentatives de manifestations et des légers affrontements :

À Greifswald, il y a eu une manifestation autorisée impliquant 250 personnes, manifestation au cours de laquelle, les manifestant·e·s étaient autorisées à porter des masques et à tirer des feux d’artifice. Ce fut la seule manifestation de ce genre.

À Wuppertal, il y a eu une manifestation dans la nuit du 1er mai :

Quelques manifestations spontanées ont eu lieu pendant la journée, et une autre, impliquant des tirs de feux d’artifice, s’est déroulée en pleine nuit. Trois maisons ont été squattées ; au moment où nous écrivons ces lignes, l’une d’entre elles est toujours occupée.

À Fribourg, 500 personnes ont rejoint une manifestation anarchiste à vélo.

À Dortmund, les gens ont effectué des accrochages de banderoles et des occupations symboliques :

À Hanovre, l’ « Alliance pour un 1er mai combatif » a expérimenté des manifestations radio, un nouveau modèle potentiel de contestation et de sensibilisation. Les gens ont utilisé la radio gratuite pour diffuser un programme audio spécifique, le rendant public par le biais de postes radios installés sur les balcons et dans les rues.

En même temps, des fascistes et des théoricien·ne·s du complot étaient dans la rue, causant quelques problèmes. Ces dernier·ère·s ont notamment attaqué l’équipe de tournage d’une émission satirique diffusée sur un média officiel progressiste.

Cette liste est loin d’être exhaustive, mais elle donne une idée des événements de la journée en Allemagne.

Grèce

Avec ce que la presse a décrit comme étant une discipline « militaire », le Parti communiste grec (KKE), notoirement autoritaire, a organisé sa manifestation du 1er mai en marquant au sol les emplacements spécifiques sur lesquels les manifestant·e·s devaient se tenir debout et ce, afin de respecter les mesures de distanciations sociales.

Jusqu’à 600 anarchistes se sont rassemblé·e·s pour une marche à laquelle participaient peut-être 1000 gauchistes ; la police n’a pas cherché à attaquer les manifestant·e·s. Une manifestation à moto, organisée par un syndicat de travail issu de la base, a attiré 200 participant·e·s qui ont traversé de nombreux quartiers de la ville, suivis par un dispositif policier important. Des manifestations anarchistes plus modestes, de plusieurs dizaines de personnes chacune, ont eu lieu dans différents quartiers de la ville d’Athènes.

Le groupe anarchiste Rovikanos (« Rubicon ») a également mené une attaque audacieuse contre le siège social d’une entreprise.

Une manifestation à moto organisée par un syndicat à Athènes.
Autre photo de cette même manifestation.

Italie

Dans toute l’Italie, de nombreuses réunions publiques ont été organisées en ligne par différents groupes et organisations politiques. Les célébrations du 1er mai ont eu lieu dans de nombreuses villes sous la forme de flash mobs, de grèves et de manifestations. Plusieurs d’entre elles visaient à dénoncer l’hypocrisie du Premier ministre Giuseppe Conte et à attaquer la Confindustria (la fédération patronale italienne et la chambre de commerce nationale) en raison de tous les décès et infections constatés sur les différents lieux de travail, résultat direct du désintérêt porté par le gouvernement pour la vie et la santé des travailleur·euse·s. De nombreuses grèves ont eu lieu dans les entrepôts logistiques de Milan, Padoue, Florence, Rome, Naples et ailleurs.

La plupart des rassemblements ont été organisés par Potere al Popolo, un parti radical de gauche. À Naples, par exemple, il y a eu une action surprise au siège de la Confindustria ; les manifestant·e·s ont tenu des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Tout ira bien si nous défendons les travailleur·euse·s. »

À Gênes, le groupe Non Una Di Meno a manifesté devant le siège de la Région pour les droits des femmes, soulignant que « la santé est un bien commun, les soins ne sont pas synonymes de profits ! » et demandant la fin des coupes budgétaires et des privatisations. Le flash mob a été interrompu par les forces de l’ordre au bout de quelques minutes.

À Trieste, une manifestation pacifique a eu lieu à 11 heures. Après 30 minutes, la police s’est approchée de quelques personnes qui tenaient une banderole et des émeutes ont éclaté. Les manifestant·e·s réclamaient leur droit de manifester, tout en respectant les mesures de distanciation sociale. Les banderoles arboraient des slogans tels que « Produisez, consommez, mourez – le vrai virus, c’est l’État » et « Nous n’obéissons pas, Covindustria dégage. » Les manifestant·e·s seront au final condamné·e·s à payer une amende pour s’être rassemblé·e·s et pour avoir résisté à la police.

Liban

Au Liban, où de puissantes contestations ont éclaté en octobre dernier, nous observons une vision sinistre de l’avenir. L’économie étant en chute libre, l’armée est descendue dans les rues pour réprimer une nouvelle vague de contestations contre les banques et le gouvernement, vague de contestations encore plus conflictuelle que les précédentes. La distanciation sociale et autres mesures de protection sanitaire sont impensables alors que des soldats sans masques brutalisent les civils.

Nous sommes de tout cœur avec celles et ceux qui luttent pour survivre au Liban aujourd’hui.

Espagne

Au 26 avril, près de 800 000 personnes en Espagne (soit près de 2 % de la population totale) avaient été condamnées à payer une amende et 7000 avaient été arrêtées pour ne pas avoir respecté les mesures de confinement. Le montant de l’amende en question se rapproche de celui du revenu mensuel médian.

Tous les rassemblements publics étant interdits et la police ayant le pouvoir d’arrêter n’importe quel groupe composé de deux adultes ou plus ainsi que toute personne se trouvant dans les rues sans motif « valable », les camarades ont trouvé de nouvelles façons de célébrer le 1er mai. Dans des dizaines de villes, la CNT et les collectifs d’édition anarchistes ont organisé des discours et des conférences en ligne. À Barcelone, des gens ont saccagé un supermarché, des graffitis sont apparus du jour au lendemain dans d’innombrables endroits, et l’organisation locale se poursuit au rythme de la grève des loyers qui a débuté le 1er avril dernier. De jour en jour, cette initiative gagne en popularité comme en témoigne les dizaines de milliers de personnes impliquées dans cette forme de résistance, ou encore l’apparition de dizaines de comités de grève dans tout le pays aux côtés des centaines de réseaux d’entraide qui existaient déjà auparavant. La grève des loyers devrait prendre encore plus d’ampleur ce mois-ci.

Il y a également une grève de la faim qui se répand dans certaines prisons.

Slovénie

Cette année en Slovénie, le 1er mai a coïncidé avec la cinquième semaine de mobilisations anarchistes et antiautoritaires contre les politiques gouvernementales répressives mises en place sous prétexte de lutter contre le COVID-19. Après des semaines d’actions graffiti massives, de manifestations bruyantes depuis les balcons et d’une première mobilisation à vélo il y a tout juste une semaine de cela, plus de 5000 personnes sont descendues hier à vélo dans les rues de la capitale Ljubljana, bloquant toutes les routes principales et les carrefours du centre ville, ainsi que toutes les institutions gouvernementales, sous le slogan : « Un 1er mai de solidarité, pas de peur et d’austérité. » Pour la deuxième semaine consécutive, des manifestations antiautoritaires à vélo ont eu lieu dans plusieurs autres villes et villages du pays, rejointes également par des « manifestations de rameur·euse·s » organisées sur 11 rivières différentes et rassemblant environ 160 militant·e·s luttant contre la dévastation de l’environnement en Slovénie.

Retour vers le futur : le gouvernement d’extrême droite et la résistance

Au début du mois de mars, lorsque la pandémie a été confirmée en Slovénie, le gouvernement d’extrême droite a pris le pouvoir. Il est dirigé par le même premier ministre qui, en 2012-2013, avait été renversé par un soulèvement populaire qui avait duré six mois.

Les mesures prises par le gouvernement sont similaires à celles prises dans d’autres pays européens : confinement total de la population, mépris total pour celles et ceux qui ne peuvent pas se permettre de rester chez elleux, et carte blanche pour les capitalistes. Alors que la plupart des industries et des usines du pays continuaient d’exploiter leurs travailleur·euse·s en ne respectant pas ou peu les mesures de prévention sanitaire, le gouvernement a interdit tous les rassemblements publics, y compris les manifestations, et s’est engagé sur la voie de modifier les lois existantes afin de se donner plus de pouvoir exécutif – en augmentant le pouvoir de l’armée (les autorités ont essayé de faire appel à cette dernière pour qu’elle surveille et patrouille les rues), et en augmentant le pouvoir de la police pour traquer les citoyen·ne·s via leurs téléphones portables, ou pour entrer dans nos appartements et nous surveiller de manière plus efficace. Bien entendu, le gouvernement a également été impliqué dans plusieurs scandales de corruption. De plus, le gouvernement slovène mène aussi une campagne de haine contre les migrant·e·s et les personnes qui expriment toute sorte de dissidence à son encontre, qu’il s’agisse de journalistes indépendant·e·s, de lanceur·euse·s d’alerte ou, plus particulièrement, de manifestant·e·s.

Pour les anarchistes et les antiautoritaires en Slovénie, la question qui se pose depuis le début de la pandémie est simple : comment s’organiser collectivement à une époque où le gouvernement impose un confinement total ? Comment créer des espaces d’entraide et de sécurité dans nos communautés tout en déclenchant des conflits avec le gouvernement et le capital ? Comment créer de nouvelles formes de solidarité, de conflit et de désobéissance tout en veillant à nous protéger mutuellement contre la police et le virus ?

Les enjeux sont plus élevés que jamais en ce qui concerne les formes de contrôle que les gouvernements tentent de nous imposer, la montée menaçante de l’extrême droite, ainsi que les défis que pose la recherche de nouveaux modes de relations alors que nous sommes confronté·e·s au virus dans des circonstances défavorables – vu que le néolibéralisme a détruit le système de santé publique et que les soins de santé ne sont tout simplement pas disponibles pour tou·te·s celles et ceux qui en ont besoin. Nous savons depuis le début que le moment est venu de mobiliser largement toutes les initiatives anarchistes et antiautoritaires.

Pendant les premières semaines, nous nous sommes d’abord concentré·e·s sur la création de situations dans la ville qui permettraient de diffuser des messages de désobéissance et de créer une mobilisation plus large. Il s’agissait notamment de propager des slogans contre la présence de l’armée dans les rues, en faveur de la solidarité avec les sans-abri, contre la collecte des loyers et les expulsions, contre l’autoritarisme, etc. ; des graffitis sont donc naturellement apparus sur tous les murs de la ville, non seulement à Ljubljana, mais aussi partout ailleurs en Slovénie. De nombreuses personnes ont participé à des actions créatives, comme celle par exemple qui consistait à déposer 800 croix noires faites de ruban adhésif sur la place située en face du Parlement, chaque croix étant positionnée à 1,5 mètre de « distance sociale » l’une de l’autre, et ce, afin de montrer qu’il était possible de protester en toute sécurité. De nombreuses actions individuelles ont également été menées dans toute la ville, que ce soit en manifestant avec son véhicule autour des bâtiments gouvernementaux, en déposant des bougies et des dessins symboliques sur le sol dans les rues, en faisant son jogging dans toute la ville avec des banderoles, ou encore en accrochant des banderoles aux fenêtres et aux balcons. La plupart de ces actions ont été « virales. » La police était impuissante, poursuivant les gens un·e par un·e, délivrant des contraventions, mais ne parvenant pas à empêcher le fait que de plus en plus de personnes, venant de tous horizons, prenaient part à la dissidence.

Le message était clair : les gens sont en colère et il y a quelque chose qui bouillonne dans la ville, un esprit de révolte imparable.

Depuis le 2 avril, tous les vendredis, les gens se rassemblent sur leurs balcons, dans les parcs et sur les toits des bâtiments pour participer à des manifestations bruyantes à l’aide de casseroles. Chaque semaine, cette forme d’action collective a permis de mettre en lumière un sujet différent – de la dimension classiste du message #stayathome (#restezchezvous) qui n’a pas pris en compte les personnes sans-abri ou celles travaillant dans les industries, à une mobilisation autour de la grève mondiale des loyers, en passant par l’opposition à la militarisation de la société, au capitalisme, aux conditions de travail précaires, etc. De plus en plus, des initiatives antiautoritaires se joignent à l’appel : des groupes anarchistes, des communautés de squatter·euse·s, des collectifs culturels do-it-yourself, des militant·e·s écologistes, des initiatives féministes, ou encore des groupes organisant des actions d’entraide en réponse à la pandémie.

La semaine dernière, les manifestations bruyantes sont descendues dans les rues sous le slogan #frombalconiestobycicles (#desbalconsauxvélos). On a choisi d’effectuer une action à vélo de type « critical mass », une méthode bien connue depuis l’ère antimondialisation du début des années 2000, parce que ce genre d’action permet de se déplacer rapidement dans la ville, de bloquer les principales rues et intersections, mais aussi parce qu’elle offre en même temps une certaine distance physique dont beaucoup de personnes ont besoin pour pouvoir trouver leur place au sein du mouvement.

Ce premier rassemblement de plus de 400 personnes a été un grand succès. Après des semaines de quarantaine, le fait que nous ayons pu créer une autre forme de rassemblement a été extrêmement stimulant. Par leur présence dans les rues, nos corps ont symbolisé le conflit et l’opposition envers la police, le gouvernement, le capital et toutes les autres sources de pouvoir et d’oppression. La police n’était pas préparée pour contrer l’audace dont ont fait preuve les gangs de cyclistes ; elle a littéralement été dépassée et des gens de tous milieux sociaux ont pris le contrôle des rues – du simple coursier qui s’est éloigné de sa vie quotidienne précaire pour se joindre à la manifestation jusqu’aux jeunes enfants. Les slogans étaient explicitement anticapitalistes et antinationalistes. La manifestation s’est terminée par des slogans appelant à nous retrouver de nouveau dans les rues dans une semaine. Les jours suivants, quelques petits rassemblements à vélo, accompagnés de graffitis et d’accrochage de banderoles, ont suivi à travers le pays.

Le décor était planté pour le 1er mai.

La mobilisation du 1er mai 2020

Après cette montée en puissance jusqu’au point symbolique de la lutte pour le 1er mai, il est devenu évident que le gouvernement se sentait à nouveau menacé. Toute la semaine, nous avons vu des tentatives d’intimidation pour empêcher les gens de se joindre aux actions, comme celle du ministre de l’intérieur qui a menacé de peines de prison toute personne « mettant en danger la santé publique » en allant manifester. Ces menaces ont échoué. Les gens sont descendu·e·s massivement dans les rues, bien plus que lors de n’importe quelle autre manifestation auto-organisée en Slovénie. Il y avait plus de 5000 cyclistes à Ljubljana, 200 à Maribor, 100 dans les petites villes de Koper et Trbovlje, et une vingtaine de personnes se sont même rassemblées dans le village de Brežice. Les gens ont également pris leur vélo à Celje, Novo mesto, Nova Gorica, Slovenj Gradec et Murska Sobota, et plusieurs actions symboliques ont eu lieu dans de petits villages à travers tout le pays. Dans la plupart de ces endroits, les anarchistes ont eu une présence significative, que ce soit à travers leurs messages ou slogans. Des actions environnementales combinées ont également eu lieu simultanément sur 11 rivières différentes. Ces dernières protestaient contre l’existence de barrages, la construction de nouvelles centrales hydroélectriques et la destruction générale de l’environnement.

À Ljubljana, nous avons accordé une attention toute particulière au ministère de l’intérieur avec le slogan « 1er mai sans barbelés, sans militaires et sans clôtures » afin de souligner le régime frontalier répressif dont sont victimes les migrant·e·s qui arrivent depuis la Croatie. Le message que nous diffusions était clair : nous ne luttons pas seulement contre ce gouvernement d’extrême droite, mais contre tous les gouvernements, et nous ne luttons pas pour revenir à la normale, nous luttons contre la normalité. Parce que cette mobilisation était antiautoritaire, toutes les tentatives d’ingérence nationaliste ont été empêchées. En raison de la nature antinationaliste de la mobilisation à Ljubljana, nous n’avons vu aucun des symboles d’État (comme des drapeaux) que nous voyons habituellement lors des manifestations pour le 1er mai en Europe de l’Est.

Il y avait aussi un bloc explicitement anticapitaliste présent au sein de l’action à vélo.

Si le 1er mai en Europe de l’Est est aussi généralement célébré par des syndicats officiels bureaucratiques complètement détachés des travailleur·euse·s, il est amusant de constater que le jour de ces manifestations massives, leurs dirigeant·e·s se sont réuni·e·s pour discuter avec le président slovène. Alors que les masses s’auto-organisaient dans les rues, les dirigeant·e·s de toutes sortes étaient quant à elleux réuni·e·s dans les palais officiels. Les lignes de l’histoire sont clairement tracées.

À noter que, lors du 1er mai, la répression policière a été particulièrement forte à l’encontre des petites manifestations qui ont eu lieu dans tout le pays. Mais même à Koper, où la répression policière a été la plus virulente, cette dernière n’a pas réussi à maîtriser les manifestant·e·s, qui ont continué à manifester dans toute la ville après les accrochages. À Ljubljana, la police a été de nouveau dépassée par la situation. La décentralisation de nos actions a fonctionné, tout comme lors du soulèvement d’il y a huit ans. Plus nous nous étendons, plus il est difficile de nous arrêter.

Le succès de la mobilisation en Slovénie, qui a attiré un nombre bien plus important de personnes que celui des manifestations antiautoritaires habituelles, montre que les suspect·e·s habituel·le·s qui visent à maintenir cet ordre oppressif se sentent impuissant·e·s face aux nouvelles circonstances causées par la pandémie. Avant que les partis politiques de gauche, les ONG libérales, la société civile et les syndicats bureaucratiques ne parviennent une fois de plus à consolider la situation pour maintenir le statu quo, les anarchistes et autres antiautoritaires ont l’occasion de donner l’exemple en montrant à tou·te·s ce que signifie réellement lutter.

C’est le moment de faire preuve d’audace aussi bien dans nos actions que dans nos idées. Réfléchissons ensemble à la manière de créer de nouvelles formes de conflits sociaux et aux endroits où nous nous retrouverons après.

La couverture médiatique « officielle » des événements de la journée est disponible en slovène ici.

États-Unis

Un aperçu plus complet des événements survenus aux États-Unis lors du 1er mai est disponible ici. Ci-dessous, nous faisons un zoom sur les détails de certaines de ces actions ainsi que sur les réflexions que les participant·e·s en ont retirées.

Graffiti à Bloomington, dans l’Indiana.

Tucson, Arizona

Une manifestation en voiture :

Floride

Suite à une lutte de longue haleine menée par des anarchistes et autres abolitionnistes du système carcéral, le juge de la Cour de district des États-Unis a ordonné à la Direction de l’immigration et des douanes étatsunienne de réduire le nombre de détenu·e·s dans trois centres de détention de l’État de Floride, passant ainsi de 1400 à environ 350 personnes incarcérées en l’espace de deux semaines. Le 1er mai, des manifestant·e·s se sont de nouveau réuni·e·s devant l’un de ces centres pour demander la libération de tou·te·s les détenu·e·s.

Des manifestant·e·s devant un centre de détention en Floride, le 1er mai.

Chicago, Illinois

Le 1er mai, un groupe composé de voisin·e·s indigné·e·s, d’abolitionnistes et d’autres fauteur·euse·s de troubles s’est formé à la fin d’une manifestation pour prendre d’assaut les portes et occuper un centre de détention pour enfants géré par l’organisation à but non lucratif Heartland Alliance dans le quartier de Rogers Park à Chicago. Cette prison pour enfants est actuellement en cours de rénovation et est temporairement inoccupée. Il s’agit du lieu où, après avoir tenté de s’échapper ou de se rebeller contre leurs ravisseurs et geôliers dans d’autres centres de détention, les enfants migrant·e·s sont finalement transféré·e·s et emprisonné·e·s.

Alors que la manif approchait de sa fin, et après avoir rendu visite à un autre lieu actuellement occupé, des feux d’artifice ont été tirés tandis que d’épaisses fumées flottaient dans l’air au dessus du cortège. Les gens dansaient joyeusement dans les rues et allumaient des mortiers avec insouciance. Dans ce chaos festif généralisé, un groupe de manifestant·e·s a pris d’assaut l’établissement et a fini par pénétrer dans son enceinte. Après avoir lancé une pince coupante en direction d’un·e manifestant·e – pince coupante dont il avait lui-même été la cible un peu plus tôt, – le flic qui était stationné devant l’entrée du bâtiment est sorti de la propriété sans dire un mot. Les gens ont défiguré le bâtiment avec des slogans tels que « Libérez-les tou·te·s » et « C’est une prison pour bébés. » Une personne est montée sur le toit, a accroché une banderole proclamant « Fermons les prisons – Ouvrons les maisons » et a jeté des copies d’une déclaration de solidarité dans la rue en contrebas. Alors que les flics se rapprochaient, les manifestant·e·s ont sonné l’alarme et se sont entraidé·e·s pour quitter les lieux et se mettre à l’abri.

Heartland Alliance masque ses sinistres programmes de contrôle social et d’isolement comme étant de l’altruisme et de la bienfaisance à but non lucratif. L’entreprise s’autoproclame être un leader à l’avant-garde d’un noble combat, et nie son rôle en tant que bras actif du complexe carcéro-industriel. Cette chambre de torture située au 1627 W. Morse a été utilisée pour isoler et punir des enfants migrant·e·s qui ont tenté de s’échapper ou de se rebeller contre leurs geôliers dans d’autres établissements.

Le communiqué suivant a été lancé dans les rues environnantes et jeté du toit de l’immeuble :

Nous occupons ce bâtiment en solidarité avec tou·te·s les enfants rebelles qui ont été détenu·e·s ici par le passé, avec celles et ceux qui sont toujours détenu·e·s ailleurs, avec les personnes incarcérées partout, et avec tou·te·s celles et ceux qui continuent à subir la violence aux mains de l’État. Chaque jour de cette pandémie nous fait prendre conscience, comme certain·e·s le savent depuis longtemps, que le coronavirus n’est pas la seule chose qui nous tue – ses effets sont activés par des systèmes auxquels on nous dit de faire confiance et sur lesquels nous comptons, mais qui au final nous nuisent activement et se débarrassent de nous.

Heartland Alliance, une organisation à but non lucratif qui fait passer son sinistre programme de contrôle social pour une entreprise altruiste, emprisonne des enfants migrant·e·s dans tous les coins de la ville, y compris ici même, au 1627 W. Morse. Ce centre de détention est actuellement vide, non pas parce que Heartland a commencé à relâcher et renvoyer les enfants dans leurs familles, mais parce que la cage faite de briques et de mortier est en cours de rénovation et de sécurisation pour pouvoir continuer à enfermer et à traumatiser les enfants ou pour se voir transformée en un autre type d’établissement carcéral visant à accueillir nos voisin·e·s sans logement pendant que des milliers de logements appartenant à la Chicago Housing Authority (CHA) – l’autorité en charge du logement à Chicago – restent vacants. Quoi qu’il en soit, le but de ce bâtiment sera de surveiller, de contrôler et de criminaliser.

Il y a actuellement 42 cas de COVID-19 au sein des différentes installations de Heartland. Avant même que ces chiffres n’aient été confirmés, des manifestations de solidarité ont dénoncé ce qui, dans ces cages, est inévitable. Pour cette raison, Heartland a affirmé que le fait de chanter pour les enfants, de réclamer leur liberté et de leur exprimer notre soutien et amour, les effraie et les met en danger. Pendant ce temps, celles et ceux qui se trouvent à l’extérieur de l’établissement lors de ces actions sont témoins de sourires, de mains qui s’agitent et qui forment des cœurs aux fenêtres, de pancartes sur lesquelles on peut lire des « merci » et des « je t’aime. » Lors d’une récente manifestation, un appel « À L’AIDE » manuscrit a été lancé d’une fenêtre en direction de la foule qui se tenait en contrebas. Après cela, Heartland a recouvert toutes les fenêtres de l’établissement avec des bâches pour empêcher les enfants d’interagir avec nous. Leurs réponses agitées reflètent l’intensité de nos liens et révèlent une vérité importante : la solidarité est puissante et notre action collective commence à créer des fissures dans les murs de la prison.

Nous détruisons l’illusion selon laquelle le commerce carcéral pour jeunes enfants de Heartland est tout sauf un chevauchement insidieux entre une organisation à but non lucratif et un complexe carcéro-industriel. La pandémie a mis à nu cette interaction torturée, exposant une avalanche de contradictions. C’est dans ces fissures que nous commençons à faire pousser de nouveaux mondes. Des mondes sans incarcération, sans domination, dans lesquels nous ne comptons plus sur des systèmes qui cherchent à éteindre et à anéantir notre autonomie et notre joie, et qui rejettent toute tentative de séparation vis-à-vis de notre plus grand pouvoir : celui de pouvoir compter les un·e·s sur les autres.

Graffiti à la Nouvelle-Orléans, Louisiane. Le message est un peu trop simplifié, mais il est indéniable que les inégalités créées par le capitalisme sont responsables d’une grande partie du danger que le virus nous fait courir.

Minnesota

St. Louis, Missouri

Le gouvernement de la ville de St. Louis cherche à expulser un campement de sans-abri qui est apparu dès le début de la pandémie dans le centre-ville, sous prétexte que ces dernier·ère·s n’ont pas le droit de « s’abriter sur place. » Le directeur des opérations du gouvernement municipal, Todd Waelterman, avait déclaré qu’il pouvait lui-même se débarrasser rapidement du campement à l’aide d’un bulldozer. Vendredi, un·e habitant·e de ce même campement a décidé de retirer son masque, exposant ainsi Todd Waelterman à une infime partie des risques que lui-même impose constamment aux autres sans aucune considération.

Nous considérons qu’il s’agit d’un acte courageux et louable. S’il était impossible pour des fonctionnaires privilégié·e·s tels que Waelterman de se protéger des conséquences sanitaires qu’ils et elles imposent sans cesse aux pauvres et aux personnes sans défense, ils et elles changeraient très vite de politique.

Portland, Oregon

Austin, Texas

À Austin, une manifestation en voiture comprenant plus de 30 véhicules a bloqué pendant plus d’une heure l’autoroute principale qui traverse la ville. La police a finalement attaqué le cortège, arrêtant plus d’une douzaine de participant·e·s et mettant leurs véhicules à la fourrière.

Richmond, Virginie

Une manifestation en voiture :

Olympia, Washington

À Olympia, une caravane composée de personnes participant à la grève des loyers, de chômeur·euse·s et d’anarchistes a défilé dans le centre-ville à l’aide de véhicules. Des cyclistes inspiré·e·s ont bloqué plusieurs carrefours et contrôlaient la circulation, permettant ainsi à la manifestation de perdurer. Deux sociétés de gestion immobilière ont eu un petit avant-goût du pouvoir que possèdent les locataires lorsque des manifestant·e·s leur ont rendu visite et ont redécoré les locaux avec des banderoles et des tracts appelant à une grève des loyers. Les gestionnaires immobiliers de chaque agence sont sorti·e·s et ont tenté de s’interposer verbalement, mais leurs paroles ont été noyées par des dizaines de klaxons. Nous espérons qu’ils et elles savent que ce n’est qu’un petit aperçu de ce qui leur arrivera s’ils et elles tentent d’expulser quelqu’un·e pendant ou après cette pandémie.

Après un défilé chaotique et jubilatoire, nous avons rejoint une caravane de manifestant·e·s qui avaient fait tout le chemin depuis Seattle pour venir manifester dans les rues de la capitale en solidarité avec les travailleur·euse·s sans papiers et les migrant·e·s. Un petit groupe de réactionnaires appartenant au « culte de la mort » s’est rassemblé avec leurs drapeaux MAGA (« Make America Great Again », slogan utilisé par Trump lors de sa campagne présidentielle de 2016) et leurs pancartes conspirationistes QAnon (théorie du complot d’extrême droite américaine selon laquelle il existerait une conspiration secrète, orchestrée par un prétendu « État profond », à l’encontre du président Donald Trump et de ses partisan·e·s), mais ils et elles ont été en grande partie raillé·e·s et noyé·e·s sous les klaxons des nombreuses voitures de nos camarades.

Après la caravane, les organisateur·rice·s ont animé une cérémonie pour les travailleur·euse·s agricoles migrant·e·s, avec un cercueil couvert de bougies et d’offrandes en mémoire de celles et ceux dont la vie est inutilement sacrifiée sur l’autel de l’économie. Le tout, en respectant les règles de distanciation sociale.

Réflexions tactiques

Les manifestations en voiture sont une nouvelle tactique qui est pour le moins étrange ; à travers le pays, tout le monde est en train d’apprendre par la pratique. Avoir des cyclistes comme éclaireur·euse·s et d’autres personnes chargées de réguler la circulation était indispensable pour que la manifestation puisse maintenir une formation serrée dans les rues étroites d’une ville comprenant de nombreux ronds-points et feux de circulation. Après un départ incertain, nous avons réalisé qu’avec des cyclistes qui bloquaient la circulation venant des rues perpendiculaires, nous pouvions rester tou·te·s ensemble en formation et ainsi ignorer les feux de circulation. Nombre des leçons tactiques de base que nous avons tirées de notre marche collective dans les rues se sont rapidement transposées dans le domaine automobile. Cependant, la communication s’est avérée plus difficile ; un émetteur radio FM de faible puissance, ou une station de radio Internet, pouvait permettre à tout le monde d’écouter le même morceau de musique, mais aussi de recevoir des annonces importantes et de coordonner nos déplacements à la volée. La police n’est pas intervenue et semblait, au final, ne pas savoir comment s’y prendre face à un tel nombre de véhicules.

Une fois que nous avons atteint la capitale, la dynamique a radicalement changé. Les militants de droite défilaient également en voiture ; nous nous sommes souvent retrouvé·e·s coincé·e·s dans la circulation juste à côté d’individus pro-Trump, ce qui entrainait des échanges d’insultes. Après avoir affronté ces mêmes réactionnaires dans les rues pendant des années, il était beaucoup plus déstabilisant de se retrouver tou·te·s ensemble dans des véhicules, partiellement protégé·e·s les un·e·s des autres mais aussi potentiellement plus exposé·e·s. La confusion et l’impossibilité de tracer facilement des lignes spatiales entre les manifestant·e·s ont rendu le maintien de l’ordre pratiquement inexistant, mais cela a également réduit la plupart des conflits à de simples échanges individuels, empêchant ainsi toute sensation d’unité qui se dégage lorsque des manifestant·e·s marchent ensemble en bloc. Il n’est pas difficile d’imaginer un avenir proche dans lequel les affrontements lors de manifestation en voiture deviendront plus antagonistes, mais il est difficile d’imaginer que quelque chose de souhaitable et de positif puisse émerger de ce type d’affrontements.

Si cette caravane était plus une démonstration symbolique de pouvoir et d’unité qu’une perturbation matérielle du monde, les possibilités stratégiques de la caravane en matière de manifestations sont cependant infinies. Une caravane de 30 voitures pourrait facilement bloquer à elle seule une autoroute, encercler des centres de distribution pour les profiteurs de Covid-19, dresser des piquets de grève sur les lieux de travail, etc.

Cependant, il y a une étrange inversion en jeu avec cette nouvelle tactique. Si le port d’un masque est enfin socialement acceptable dans la vie quotidienne, facilitant ainsi l’anonymat, nous nous trouvons également réduit·e·s à utiliser nos véhicules munis de leurs plaques d’immatriculation lors de manifestations. Il semble que ce soit un compromis nécessaire pour le moment – mieux vaut prendre des risques et construire un antagonisme que de céder entièrement ce dernier aux adeptes de la mort qui refusent de croire en l’existence du virus et qui ne peuvent rien imaginer de mieux que de simplement retourner au travail. Mais il reste à voir comment nous pouvons préserver l’anonymat à une époque où les manifestations en voiture semblent être la tactique la plus sûre et la plus efficace, du moins dans le contexte étatsunien.

Reste chez toi – si tu veux voir le totalitarisme à jamais consolidé. Mais ne prend pas non plus le virus à la légère.

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