Brèves des Kurdistan - Semaine du 19 mars 2018

Cette semaine c’est Newroz, le nouvel an kurde ! Alors on avait envie de vous parler des racines mythologiques et des enjeux politiques de cette fête. Newroz pîroz be !

Afrîn est tombée aux mains de l’armée turque dimanche dernier. Petit rappel de la situation.

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Newroz pîroz be !

Le Newroz est une fête collective célébrant le premier jour du printemps, le 21 Mars. « New » signifie « nouveau » et « ro » ou « roj », signifie « jour ». Mais pour les Kurdes, ce jour est aussi le symbole de leur libération.

Il fait référence à un mythe, qui connaît plusieurs variantes selon les régions du Kurdistan. Il s’agit du mythe de « Kawa le forgeron », aussi appelé « Kaveh » en Iran, qui est un personnage mythique qui s’est opposé à la puissance tyrannique sous l’Empire Perse.

Pour les Kurdes, l’histoire débute en Mésopotamie, dans les montagnes de Zagros. Kawa, un forgeron des montagnes, s’est opposé au roi Dehak qui régnait alors depuis un haut château de pierres. Le roi Dehak était un tyran qui, à cause de son pacte avec un démon, a été condamné à porter deux serpents sur son épaule. Chaque jour, il devait nourrir ses serpents avec de la cervelle humaine. Deux personnes étaient donc sacrifiées. Kawa le forgeron avait déjà sacrifié 16 de ses 17 enfants. Le matin du sacrifice de sa dernière fille, Kawa décida de se rebeller. Il envoya, à la place de la cervelle de sa fille, celle d’un mouton, et envoya sa fille se réfugier dans les monts Zagros. Le roi Dehak ne vit pas la ruse. Les autres habitant.es décidèrent de s’inspirer de la ruse de Kawa le forgeron, et d’envoyer les jeunes générations se cacher dans les montagnes. Petit à petit, le nombre de jeunes gens réfugié.es fut immense. Kawa le forgeron décida alors de former une grande armée, dont il prit la tête, et d’attaquer le château du roi Dehak, un 20 Mars. Armé de sa lance, il tua le tyran Dehak. Puis, il monta avec son armée en haut des monts Zagros, afin d’allumer des feux pour avertir les villageois.es qu’ils étaient enfin libéré.es du joug du tyran. Le lendemain, 21 Mars, il fut décidé de célébrer le premier jour de liberté.

Aujourd’hui, ce mythe est devenu le symbole de la libération du peuple kurde. Chaque 21 Mars, les Kurdes se rassemblent dans l’ensemble du Kurdistan, pour allumer des feux, chanter, et célébrer le premier jour de l’année et la liberté du peuple kurde. Lorsque le Kurdistan a été partagé en quatre régions aux frontières militarisées, en 1923, le Newroz est alors devenu le symbole de la révolution et de la résistance contre la répression. A ce titre, il a été interdit comme en Turquie. En Mars 1992, l’armée turque a bombardé un rassemblement, tuant 92 personnes.

Les afghans, les Tadjiks et la plupart des peuples iraniens, dont les Perses, célèbrent également le Nowruz. A ce titre, Newroz est autorisé en Iran. Mais il est strictement encadré et définit par le régime iranien. Les rassemblements sont interdits au Kurdistan d’Iran, alors que le principe même de Newroz est de se rassembler. Il est également interdit que la cérémonie comporte des signes ou symbole kurdes.

Le jour de Newroz, on allume des feux pour symboliser la libération du peuple kurde. Et on saute au-dessus, pour donner sa paleur – maladie – faiblesse (couleur jaune) et prendre la force du feu (couleur rouge), c’est-à-dire la santé. On saute au-dessus le dernier mardi soir de l’année, sous le nom de Tchāhār Shanbe Sûri. Il symbolise aussi le dernier jour de malchance de l’année (peut casser des jarres en terre, demander de défaire un mouchoir noué par un.e passant.e). La tradition veut également que l’on saute dans l’eau le mercredi matin aux premiers rayons de soleil.

Les Kurdes se souhaitent une nouvelle année, par la formule « Newroz pîroz be », ou « Newroz pîroz-a ».

Afrin

Ce dimanche, le 18 mars, la ville Kurde et Syrienne d’Afrin est tombée aux mains de l’armée turque.

Afrin et ses environs font parties des trois cantons kurdes de Syrie dirigés par le PYD* (Parti de l’union Démocratique, organisation sœur du PKK, au pouvoir au Rojava, Kurdistan de Syrie). La ville est située au nord d’Alep, en Syrie. Depuis deux mois, l’armée turque, est entrée sur le territoire syrien pour attaquer la ville, donnant à l’opération le nom de « rameau d’olivier ». Le gouvernement turc refuse de voir s’installer à ses frontières une zone kurde indépendante et a appelé à la « défense et sécurité de ses frontières » pour justifier l’opération. Le jeu des alliances internationales s’est alors tendu. Après un moment de flottement, les Etats-Unis et les puissances européennes, sans donner un feu vert officiel, ont décidé de laisser libre cours à l’intervention turque contre l’enclave d’Afrin. La méthode utilisée a été celle de la terre brulée : bombardement aveugle et incessant sur la ville, artillerie lourde, présence massive au sol.

Depuis la prise de la ville ce dimanche 18 Mars, près de 150 000 personnes ont fuit la zone. De nouveaux camps de réfugiés sont en constructions. Mais la Turquie ne compte pas s’arrêter là. Dans un discours pompeux, présidant turc Erdogan a annoncé que l’armée poursuivrait l’opération jusqu’à « nettoyer » l’ensemble des zones kurdes contrôlées par le PKK*, en Syrie et en Irak.

PS :

Vous pouvez retrouver la présentation des brèves des kurdistans et un glossaire pour le définition des mots avec une * ici : Brèves des Kurdistan : Index et Glossaire.

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