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Compte rendu de l’action du mercredi 9 Mars contre l’expulsion de Mohamed !

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Rdv à l’aéroport MP2 pour résister à l’expulsion (soit-dit en passant "illégale"*) de Mohammed Y., réfugié soudanais doublement trompé par la France : qui l’a mené à croire qu’il pouvait trouver lieu d’Asile à vivre et se construire ici, qui lui a tendu le piège des "Centres de Répit" pour l’éloigner de la jungle autonome de Calais, l’isoler dans un hôtel dans une ville de province avant de l’expulser suite à une descente de police tôt un matin pour le transférer en CRA puis l’expulser vers l’Italie.

Mohammed connaissait déjà l’Italie pour y avoir été arrêté, tabassé par la police et forcé à poser ses empreintes dans le cadre de la procédure Dublin II (règlement européen qui consiste à faire du dumping de la responsabilité de traiter les demandes d’asile) lors de son arrivée par Lampedusa pendant l’été 2015 : il n’a aucune intention d’y retourner.

Néanmoins Déporté en Italie, il s’est enfui pour revenir le plus vite en France, où il souhaite rejoindre un membre de sa famille, ses amis et enfin pouvoir se poser. Mais dès son retour il a été arrêté lors d’un des nombreux contrôles au faciès de la Gare Saint Charles et enfermé illico au CRA du Canet, où il croupit depuis plus d’un mois... Ca fait deux fois que l’Etat français, dans sa délocalisation précise au CRA du Canet tente d’expulser Mohammed, toutes deux fois par la complaisante compagnie aérienne AL’ITALIA...

Parenthèse : A propos des contrôles au faciès : systématiquement soulevés par les rares avocats compétents qui font les commis d’office au TGI du Juge des Libertés et de la Détention (censé statuer sur la légalité des procédures d’interpellation, en pratique donne une caution "légale" et donc "légitime" à l’enfermement et la déportation) : la police à une riposte imparable : en présence des fliks, et sans que ces derniers ne fassent aucune démarche envers la personne étrangère, celle-ci déclarerait spontanément être de nationalité étrangère et décline son identité, sur quoi, naturellement, la police fait son boulot, et l’emmène au poste. Un jour un seul avocat a soulevé 7 fois ce motif de nullité de la rétention, chaque fois, la juge a tranché sur les mêmes "déclarations spontanées" des étrangers. « PV de police fait foi »...

BREF, revenons à l’aéroport :

Mohammed est enfermé dans une cellulle au sous-sol, "cellule d’éloignement", avec les potes, on se divise, certains guettent la sortie de Mohammed, tenter de lui signaler notre présence, d’autres se concentrent à convaincre les passagers du même avion qu’ils ne peuvent partir en vacances avec un mec qui est ligoté, baîlloné, déporté contre sa volonté dans un pays qui est reconnu pour ne pas respecter les droits basiques des demandeurs d’Asile (la France non plus, mais passons). On a un mégaphone, grande gloire, mais le fait de l’user provoque rapidement un nuage de flics, sécurités, militaires-vigipirates comme des moustiques qui viennent essayer d’intimider les copains, leur forcer à donner leur identité, menaçant d’emmener au poste...

Heureusement, ça riposte et la "sécurité" se disperse - mais trois minutes plus tard, y a un bagage abandonné, alerte à la bombe, grand danger, la sécurité s’affaire, ça peut exploser, il faut justement évacuer le hall où nous nous trouvons, pas les autres, non, juste le notre HALL 1. Tiens ? On peut rien faire contre l’Etat d’Urgence non, il en va de notre protection, de notre sécurité physique, de notre intégrité, blabla, ON NOUS EVACUE POUR NOTRE BIEN mettant terme (provisoirement mais quand même) aux tentatives de rencontre avec les passagers.

On nous pousse dehors, on nous pousse à l’étage.

Quelqu’un demande - comment ils ont pu définir le périmètre ? précisément à l’échelle de le Hall 1 ?
C’est les experts, qu’on lui dit, quels experts ? C’est les experts du déminage. Ils ont tout mesuré. C’est sous contrôle. Ils sont où ? on demande si y a moyen de discuter avec eux, le flic réplique : Ils sont pas encore là...

Quelqu’un demande qu’est ce qu’il va arriver à Mohammed, qui a présent reste dans la cellule d’éloignement, il est pas évacué, lui. Les flics répondent : il est pas dans le périmètre. IL EST PAS DANS LE PÉRIMETRE ? Mais ils ont pas défini le périmètre ! Ils ont juste conclu que les explosifs potentiellement dans le bagage potentiellement existant (on y croit pas trop à ce * de bagage) pourrait potentiellement exploser l’entierté du HALL 1, et si c’est le cas, Mohammed, qui est juste en dessous du HALL 1 explose avec. potentiellement non ?

Ok, c’est un tactique cette histoire de bagage pour vider l’aéroport de ceux qui gênent, ok la vie de Mohammed a franchement pas d’importance aux yeux de la police / de l’Etat / la France / l’Europe, ok, la police a toute pouvoir, surtout avec l’Etat d’Urgence, mais un peu de crédibilité merde ! un peu de vraisemblance !

On s’outrage un peu de l’explosion de Mohammed, en vain, on cause à un mur, on est "évacués".

Quand on revient (car personne n’annonce la fin du "danger") les passagers sont dispersés, c’est la galère. On file à la fenêtre et on voit Mohammed se faire embarquer par trois flics, dans un fourgon, jusqu’à l’avion. On fait du bruit, il nous entend pas ou nous regarde pas. On attend, ça fait chier, cinq dix minutes, un flic monte dans l’avion, puis redescend, le fourgon repart. Mohammed toujours dedans. Il revient au bureau de la PAF. On hurle, hurria hurria. Il nous voit, après il dira que c’était bien qu’on soit là, que des gens sâchent que c’est pas normal, c’est important. Si seulement

On apprend qu’il a lui-même refusé son embarquement, et c’est un peu la panique, parcequ’on a calculé qu’il en était à sa troisième fois, que du coup il risquait garde-à-vue, comparution immédiate, mauvais avocat, condamnation maximale, prison et interdiction de territoire avec cette pratique étrange de laisser les déportés s’opposer deux fois avant l’usage de la force brute et la punition pénale au troisième refus. Et d’interdiction de territoire implique sabotage de toute possibilité d’accéder à la protection asilaire sur tout le territoire européen...

Finalement "ça va" il retourne "juste au CRA". Y a eu une erreur de calcul qqpart entre nous, les fliks du CRA et ceux de l’aéroport, qui considèrent qu’il n’en est qu’à sa seconde refus d’embarquement. Tant mieux.

Retour à la case CRA : retour à la case Départ

Et, selon les pratiques locales de l’expulsion, la prochaine date ne sera pas communiquée, Mohammed ne pourra nous prévenir que quand lui-même est au courant, quelques minutes avant son embarquement forcé. Cette fois, ça ne manquera pas, il sera baîlloné et attaché porté à bout de bras hors de la république, avec des possibilités minimisismes de résistance. Vive la Démocratie.

Et nous, il faut nous tenir prêts à filer dès qu’on a le mot.
Ceux qui ont le temps, un jour de la semaine (il lui reste 10 jours à tenir), un matin ou un aprèm, une bagnole ou pas, la colère ou l’espoir, contact la commission juridique pour qu’on puisse organiser un départ rapide : csm13jurique@riseup.net

Hurria !

P.-S.

* Le ministre de l’intérieur aurait circulé une circulaire interdisant l’expulsion des refugiés de Calais leurrés dans les "centres de répit".


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