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Le viol en milieu militant : une analyse de l’Assemblée Antisexiste de Turin

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Suite aux traductions en français de certains textes à propos du viol collectif qui a eu lieu à Parme, au siège de la RAF (Réseau Antifasciste de Parme), voici un texte écrit par l’Assemblée Antisexiste de Turin. Ce texte est le produit d’un travail qui fait suite à l’épisode de Parme et aux viols qui ont eu lieu au campement No Border de Vintimille en 2015 et dans l’espace occupé Ex-Moi de Turin... ainsi qu’à tout les épisodes de sexisme dont les espaces militants ne sont pas du tout exempts.
En espérant que le travail des camarades italiennes puisse servir comme outil de ce côté de la frontière aussi.

À cette adresse l’original en italien de ce texte.
Ici et ici les textes parus en français à propos du viol de Parme.

Lettre ouverte au mouvement

Au cours de l’année en tant que assemblée antisexiste nous nous sommes questionné.e.s sur le thème de la violence de genre dans ses formes les plus diverses. Cela s’est fait à partir des épisodes concrets qui se passent quotidiennement dans les contextes où l’on vie : la famille, le travail l’école, les relations sexuelles et/ou affectives, les lieux publics en général.

La discrimination des femmes et la traînée de violence qu’elle engendre traverse la société sans distinctions de provenance, d’extraction sociale ou d’appartenance politique. Le fait que la violence de genre se manifeste aussi au sein de contextes politiques militants est la démonstration qu’aucune réalité n’est exempte de ce genre de problématique. Et malheureusement, dans les lieux occupés ainsi que dans le mouvement, on reproduit souvent les mêmes comportements sexistes et machistes que dans le reste de la société.

De là on est partis pour questionner le viol de groupe qui a eu lieu à Parme, le viol à l’Ex-Moi à Turin et au Presidio No Border à Vintimille.

Trois histoires, différentes entre elles, qui nous questionnent sur les mécanismes du jugement, de la culpabilisation et du refoulement dans la communication et dans la gestion des événements.

« Elle n’était pas des nôtres »

Identifier une femme qui a subi un viol comme sujet étranger au groupe dans lequel la violence a eu lieu, comme pour dire que si elle avait vraiment été "l’une des nôtres", cela ne se serait pas passé. Culpabiliser la femme à la recherche de "ses" responsabilités, qui pourraient "justifier" et/ou amoindrir la violence subie. Était-elle bourrée ? Ou sous l’effet d’une substance ? Était-elle dans des conditions de fragilité psychique ou physique ? Était-elle seule ? Avait-elle des comportements ambigus qui pourraient avoir provoqué la violence ? Et même si la réponse à ces questions est positive, il ne s’agit en aucun cas d’aggravants pour celle qui a subi la violence, mais seulement pour qui l’a commise, car il a profité d’un moment où les défenses de la femme était rabaissées.

La négation et le refoulement

Il est souvent nié que le viol (au même titre que n’importe quel violence, harcèlement ou comportement sexiste) puisse avoir lieu dans des contextes politiques où nous luttons, car cela nous met face à toute une série de contradictions. De plus, cet événement possible et indésirable met remet en question les relations amicales et politiques que nous avons, parfois depuis longtemps, et nous savons que c’est très douloureux et difficile, pour toutes et pour tous. Pour ne pas reconnaître ce qu’il s’est passé, dans certains communiqués écrits à propos du viol, il est même invité à attendre le jugement de la magistrature pour pouvoir établir « la vérité ». Cette même magistrature qui normalement est insultée et moquée !

La recherche de la « vérité »

On part presque toujours de l’hypothèse que ce qui a été raconté par la femme n’est pas vrai et qu’il faut le démontrer par des preuves concrètes, comme si l’accusée était elle. On donne plus de poids et de légitimité aux potins et aux témoignages de personnes plus ou moins impliquées qu’à la parole de la femme qui a subi le viol. On est même souvent incapable d’écouter, d’accueillir le témoignage de la femme et d’en respecter le vécu sans le disséquer de mille questions. Et pourquoi ces questions ne sont-elles pas adressées à celui qui a commis le viol ? Il se passe aussi que l’on conseille à la femme de porter plainte indépendamment de sa volonté, comme si cet acte en soi était capable de mettre en valeur la véracité de ce qui a été subi.

La récupération

Une fois que le viol est devenu public et qu’il n’est plus possible de ne pas en parler, les médias ne laissent pas passer l’occasion de le récupérer et, à travers des généralisations, de traîner dans la boue les occupations, les collectifs, les migrants, les réfugiés, les roms. Ceci ne devrait cependant pas détourner l’attention du problème du viol pour ne s’occuper que de sa propre image. Souvent, on demande l’intervention de groupes féministes ou de réseaux de femmes pour s’occuper a posteriori de la gestion des faits. Ce qui signifie déléguer à d’autres des réflexions et des pratiques qui devraient au contraire être collectives et partagées. La priorité est encore une fois ici le nettoyage de sa propre image et « l’auto-conservation », plutôt que la critique (dé)constructive des dynamiques bien présentes à l’intérieur du mouvement.

La réflexion que nous menons sur ces thèmes ne se veut pas être une critique stérile et destructrice, mais a pour objectif d’ouvrir une discussion collective sur le sexisme et la violence masculine sur les femmes, pour construire des pratiques consolidées et ne pas sombrer dans l’affolement au moment de l’urgence, toujours de manière floue et obtuse. La confrontation sur la violence de genre dans les relations que nous construisons dans nos espaces est, à notre avis, prioritaire pour un mouvement qui dit vouloir lutter pour une société différente, anticapitaliste et révolutionnaire.

Si nous ne partons pas de nous-mêmes et des contradictions qui nous traversent, comment pouvons-nous penser transformer ce qui nous entoure et subvertir l’ordre imposé par ce système ?

Ne pas assumer toutes et tous cette responsabilité signifie être complices et reproduire le sexisme et la violence à la première personne.

Pensons l’antisexisme en tant que pratique militante au même titre que l’antifascisme et l’antiracisme.

Être camarade signifie avant tout être antisexiste. Tolérer ou ne pas reconnaître les comportements sexistes revient à jeter des paquets de merde qui serviront d’engrais sur le terrain où la violence peut naître et proliférer. Élaborons des stratégies de prévention et de gestion des violences et des discriminations qui se produisent dans nos milieux, ouvrons des discussions collectives et reconnaissons leur légitimité à ces thématiques. Mettons-nous en jeu, confrontons-nous, créons une culture et des réseaux de solidarité pour soutenir les femmes qui sortent des histoires de violences vécues du placard, partageons des pensées, des pratiques et des outils.

Assemblea Antisessista di Torino

assemblea-antisessista@autistici.org


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