Manif’ du 15 septembre : la rentrée des gaz

C’est assez historique pour être remarqué, c’est la première fois depuis bien longtemps (à vrai dire, on ne se souvient même pas quand) qu’un mouvement social parvient à être à cheval sur l’été et à se prolonger après la pause estivale. Une fois n’est pas coutume, les gaz ont été de la fête sur la fin du cortège sauvage, et on compte a priori quatre ou cinq arrestations.

Les cortèges

Deux rendez-vous circulaient pour cette mobilisation du 15 septembre, la énième manifestation pour s’opposer à la Loi Travaille ! et plus généralement les politiques d’austérité : celui de l’intersyndicale, qui avait appelé à 10h30 au Vieux-Port, et un autre, apparu sur les réseaux sociaux et sur les murs de la ville sous forme de tags et d’affiches, qui appelaient à se retrouver dès 10 heures devant le lycée Montgrand pour reformer un cortège de tête, comme ce printemps. FO, de son côté, a voulu la jouer solo et sont partis tous seuls comme des grands plusieurs centaines de mètres devant le cortège, sans même se faire voir au rendez-vous du Vieux-Port. Ambiance.

Le cortège de jeunes part donc le premier par la rue Saint-Férreol pour rejoindre le plus grand rassemblement du Vieux-port, toujours devancé par la désormais célèbre banderole "Jeunes 13 énervés", qui porte encore les stigmates du printemps : brûlures, éclats de grenades, zones attaquées par les coups de matraque.... ainsi qu’une autre : "Urnes en cendre : Vie magique"

A première vue, il n’y a pas beaucoup de monde, ni chez les jeunes, ni dans le cortège principal, mais dès que ça part, on est agréablement surpris-es de voir beaucoup de gens s’agréger dans toutes les parties de la manifestation (excepté chez le Front de Gauche ou l’Unef, qui plafonnent à une douzaine de militant-e-s chacun, mais passons). Le cortège de tête grossit, jusqu’à atteindre autour de 250 personnes, et la manif dans son ensemble aussi : en arrivant sous les ponts de Lieutaud, il y a encore des gens qui ne sont pas partis du RDV de départ. Ce qui est plutôt positif. Pour un appel à manifester (et pas à la grève), ce n’est finalement pas si mal.

Le cortège CGT est plutôt bien fourni, plusieurs camions sono, avec des militant-e-s venu-e-s de toute la région. La (les) CNT et Sud sont toujours là, moins nombreux mais toujours présent-e-s.

Devant, bonne ambiance, beaucoup de gens masqués ou non, qui chantent, dansent, crient les mêmes slogans qu’on a déjà entendu résonner ce printemps, on sent qu’il y a de l’énergie et de l’envie de faire des choses. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu par la suite.

Au moment de tourner sur la gauche pour remonter en direction du Cours Julien, un peu trop d’hésitation permet aux murs de police de se mettre en place sur Lieutaud et de remonter le long de la rue des Bergers pour se réorganiser plus haut. On repart donc un peu plus vite que prévu et avant que la CNT ait pu nous rejoindre, et plusieurs problèmes ont alors clairement eu lieu :

  • l’arrivée de quelques flics, on devrait y être habitué-e-s maintenant, mais un petit vent de panique a tout de même soufflé, alimenté entre autres par les mégaphones.
  • des erreurs de parcours qui nous ont fait perdre plus de la moitié des personnes qui étaient présentes dans le cortège, entre autres du fait d’un manque de communication et de ladite panique, et font que les initiatives prévues ne puissent finalement pas se faire.

On se retrouve donc à redescendre un peu n’importe comment par le pont du cours Julien et à reprendre Lieutaud derrière la fin du cortège syndical, nettement moins nombreux. Ce qui finit par nous conduire nous aussi en bout de cortège devant la Préfecture, comme tout le monde.

Départ en manif sauvage et retour des gaz

Finalement, une bonne partie des gens (peut-être 150) repart en prenant la rue de Rome, suivis par les casqués à une bonne distance. Deux voitures de police viendront alors se mettre directement au milieu de la foule et se retrouver encerclées, tout le monde chantant "Tout le monde déteste la police" gaiement, une scène assez absurde et qui fait sourire, malgré le caractère très menaçant de la bleuaille.

Ceux-ci sortent les matraques et accompagnent sur les flancs le cortège qui part sur le Cours Belsunce. Et c’est un peu plus loin, toujours sur le Cours Belsunce, que la tension se cristallise : la BAC vient de sauter sur une personne pour l’arrêter, les CRS viennent se mettre entre eux et la foule et commencent à vider leurs familiales en plein visage des manifestant-e-s tentant de s’approcher pour aider leur camarades. Il est environ 13 heures. Selon les rumeurs, il se dit que cette personne serait accusée par la police d’avoir tagué leur voiture lorsque ceux-ci se sont retrouvés au milieu du cortège.

Peu après, des charges de police (et des matraquages) repoussent ce qu’il reste du cortège dans les petites rues de Belsunce, où une deuxième personne aurait été arrêtée.
Entretemps, les bouts de manifestation se reconstituent pour se rendre à la fac Saint-Charles faire une AG, mais la nouvelle équipe de vigiles de l’université est composée d’abrutis finis, qui n’hésite pas à déclarer qu’en cas de charge de police, ils fermeront les grilles pour mieux laisser les gens se faire écraser.

Demi-tour donc pour se rendre au commissariat de Noailles pour aller manifester notre solidarité avec nos camarades arrêté-e-s aujourd’hui. Celui-ci dure jusqu’à environ 14h30, moment auquel les manifestant-e-s doivent repartir sur le Cours Lieutaud, suivi-e-s par les CRS et de nouvelles patrouilles de police. Au moment où nous écrivons ces lignes, nous n’en savons pas plus. Des mises à jour seront faites plus tard dans la journée.
Mise à jour : deux (ou trois) personnes ont aussi été arrêtées lors de ce rassemblement, alors que tout était tranquille, peut-être de façon ciblée

Au bilan de cette manifestation,

plus de gens et de motivation de ce que l’on avait pu s’imaginer, donc, mais aussi des problèmes de communication et d’organisation internes, qui sont là pour nous rappeler les erreurs déjà commises ce printemps et sur lesquelles il nous faudra travailler pour gagner en consistance, en efficacité et en capacité politique. Et développer un discours politique plus abouti, qui ne soit pas concentré uniquement sur la police (même si on ne fait pas d’omelette sans casser des keufs, certes), nous y aiderait sûrement.
Reparlons d’anticapitalisme radical, d’anti-autoritarisme et de formes d’organisation, reparlons de politique entre nous et vers l’extérieur. Les assemblées de lutte qui se tiendront tous les dimanche à La Plaine à 18 heures peuvent nous y aider. Mais aussi l’écriture et la diffusion de tracts hors de ces moments-là, la prise de lieux qui nous permettent de nous retrouver et de développer une connaissance réciproque hors des moments formels ou d’action.
Les moments de solidarité comme les concerts ou les bouffe de soutien peuvent aussi en partie remplir cette fonction, mais ils ne remplaceront pas l’élaboration politique collective.

Dommage que cette manif ait terminé sur cette note piquante, mais nous avons été heureux de voir que malgré tout, l’énergie est toujours là. Reste à savoir quoi en faire, et comment. A la fois pour éviter des erreurs comme celle d’aujourd’hui mais aussi pour gagner en intelligence collective, en stratégie, en capacité de subversion. Pour ne plus jamais faire de pas en arrière.

Solidarité avec les personnes arrêté-e-s, la lutte continue !

Et profitez-en pour voir ce qu’il s’est passé ailleurs :

Ailleurs en France ce 15 septembre

Il n’y a pas qu’à Marseille où on est sorti-e-s manifester, partout ailleurs aussi ! Et il y a pas mal de choses à en dire. Petit tour d’horizon des événements de la journée qui dépassent la simple manifestation. Cet article (...)

PS :

A Paris, ça bastonne un peu aussi.

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