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Mort d’un jeune homme de 23 ans au centre de rétention administrative de Marseille – quand leur machine à expulser tue !

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Suite au "suicide" d’un jeune albanais, l’article détaille les conditions de détention au CRA de Marseille ainsi que les dégats des politiques migratoires du gouvernement Macron.

Jeudi 14 décembre 2017, un jeune homme albanais de 23 ans a tenté de mettre fin a ses jours par pendaison au sein du centre de rétention administratif de Marseille. Suite à plusieurs jours de tentative de réanimation, ce jeune homme est finalement décédé.

Son acte était jugé comme incompréhensible, ce jeune ne vivant pas – contrairement à nombre des personnes enfermées avec lui – son éventuelle expulsion comme une angoisse. Il avait exprimé son souhait de retrouver sa famille pour les fêtes de fin d’année en Albanie.

Sa famille et ses proches demandent que la lumière soit faite sur les raisons de son passage à l’acte.

Sa tentative est pourtant loin d’être isolée. Nous ne devons pas ignorer l’un des facteurs essentiel, pour expliquer son geste comme celle de nombreuses tentatives, l’état de désespoir et de tension ultime engendré par son enfermement en CRA, et l’aggravation des conditions de rétention ces derniers mois.

Facteur structurel, le CRA, une institution totale et une machine à broyer :

Son geste n’est pas isolé. Passés sous silence, les tentatives de suicide son récurrentes dans ces lieux d’enfermement. Au CRA de Marseille, elles sont en forte augmentation. Pour les seules mois de novembre et décembre, ce sont de très nombreux geste d’automutilation ou de tentative de suicide dont au moins 7 ont conduit à une hospitalisation en urgence.

Un centre de rétention est un endroit où sont parqués – dans l’attente de leur expulsion – des femmes et des hommes dont le tord est d’avoir tenté leur chance en France, sans avoir de titre de séjour, ou d’être restées sur place après le retrait de leur titre.

C’est une institution totale selon la définition de Goffman. Le pouvoir de l’institution sur les corps y est quasi total. L’autorité y déploie son pouvoir sur les individus enfermés par une série de contraintes et de micro humiliations qui vont du simple enfermement aux restrictions sur les droits de visite, au contrôle de la possibilité des personnes d’avoir accès aux associations, services médicaux, Ofii, voir à l’eau potable. C’est un endroit qui ressemble à ne pas s’y tromper à une prison : barbelés, portes sécurisés, contraintes pour les visites et règles sur ce qui peut y entrer ou non – nourriture, cigarettes,…

C’est un endroit ou, contrairement à la prison, il existe une forte incertitude sur son sort. On ne sait pas si on sera finalement libéré, expulsé, ni parfois vers où. On n’est pas toujours prévenu avant que la police ne vienne nous chercher au saut du lit ou en journée, par la force ou non, pour nous amener jusqu’à l’avion. Face à cette angoisse constante les activités proposées sont quasiment inexistantes.

Alors on fait des allers retours dans les couloirs, pendant des heures, des jours, au Maximum 45 jours aujourd’hui.

Les centres de rétention administrative ne sont que la continuité des politiques européennes et des frontière qui tuent.

Ce sont par nature également des institutions « racistes ». La majorité des personnes enfermées sont inconnues des services de police et ne sont là que parce qu’elles n’ont pas ou plus de papier. C’est pour la plupart des personnes enfermées leur première expérience traumatisante avec une institution de type carcéral.

Il serait impensable d’accepter qu’un citoyen, un égal, soit soumis sans procès préalable, à de telles conditions d’enfermement. Ce système ne tient que parce que l’on nous a fait intégré qu’il était acceptable de soumettre une personne à un tel univers carcéral pour la seule raison de sa présence sur le territoire sans document. Les discours politiques nous habituent à considérer toute personne étrangère comme inférieure, comme moins humaine et que leur enfermement et leur mise en danger seraient acceptables.

Les centres de rétention ne tiennent, comme la politique migratoire et l’instauration d’une forteresse européenne et la mise en place de frontières meurtrières, que par la distinction qui est opérée entre étranger et nationaux, que par la hiérarchisation des êtres humains en fonction de leur origine et l’acceptation des maltraitances et marginalisations justifiée par leur origine et en filigrane, leur sous-humanité. En ce sens, les centres de rétention ne sont que la continuation de la domination raciale historique.

Alors face à cette déshumanisation, on s’y révolte contre l’autorité quand on peut, et contre soi parfois, on tente de se donner la mort parfois pour échapper à l’insupportable.

Le CRA de Marseille est l’un d’entre eux, et est réputé être le CRA le plus « carcéral ». Les personnes y sont enfermées derrière des portes sécurisées, et compartimentées. Elles sont isolées du reste du centre : associations, médecin et infirmiers, Ofii, distributeurs de boisson et café, et même fontaine à eau potable.

L’accès à tout cela n’est possible qu’en sollicitant l’ouverture de la porte aux policiers et par interphone s’ils daignent répondre ou s’ils sont en effectif suffisants – voir notamment les rapports annuels interassociatifs sur les centre de rétention.

Les visites sont limités et il faut attendre des heures devant pour espérer voir un proche enfermé. Les visites ne peuvent se faire qu’individuellement, contrairement aux Baumettes par exemple. Si votre femme vient vous y visiter avec votre enfant, il lui faudra décider de laisser son enfant en dehors le temps de la visite ou renoncer à vous voir.

A Marseille, la liste des choses que les proches peuvent apporter aux personnes enfermées est plus restrictive que dans nombreuses prisons.

Facteur conjoncturel : depuis des mois, la machine a expulser tourne à plein rendement au-delà de ses « capacité », les CRA deviennent des cocottes minute prêts à exploser. La course au pire du «  premier sinistre, premier facho de France » et de son gouvernement complice.

Si les conditions d’enfermement des personnes étrangères étaient déjà largement inhumaines, la politique de l’actuel gouvernement empire à marche forcée ce dispositif.

Dès le début de son mandat, l’actuel gouvernement et son premier ministre en tête, Gérard Collomb, a affirmé cette volonté de faire tourner sa machine à expulser à pleine vitesse.

Le meurtre de deux jeunes femmes par un homme tunisien sans papier, le premier octobre dernier en gare de Marseille fut un alibi idéal. Depuis, ce sont toutes les personnes migrantes sans distinction qui sont prises pour cible, enfermées, broyées.

Une première circulaire du ministre de l’intérieur d’octobre 2017 venait encourager les préfets à enfermer au maximum, quitte à ce que la justice remette ensuite en liberté les personnes enfermées à tord, le but étant de protéger le gouvernement de toute nouvelle accusation médiatique d’avoir laissé à tord une personne en liberté.

Une seconde circulaire du 20 novembre 2017 confirme. On y apprend également que 200 places d’enfermement supplémentaires seraient crées par la réouverture de centres de rétention, ou l’augmentation du nombre de places au sein des CRA existants.

Le premier sinistre encourage également la création par les préfets de LRA (« locaux de rétention administrative »), forme de centres temporaires ou l’accompagnement juridique est minimal voir inexistant, et fait, au mieux par des bénévoles.

La Cimade dénonçait déjà en Novembre le doublement du nombre de personne enfermées par rapport à l’année dernière – voir notamment : « immigration. Doublement des placements en rétention après l’attaque de Marseille », ouest france, 09 novembre 2017.

Alors la tension due à l’enfermement explose. Les gens « sont dans un état de tension et une fragilité psychologique jamais observée » (Cf. article de la Provence du 23 décembre 2017 « Au centre de rétention de Marseille, des tentatives de suicide en série ») . Alors, les personnes traitées comme des sous hommes font sentir leur révolte. Début d’incendie au CRA de Nimes, de Vincennes, révoltes au CRA de Vincennes… A Marseille, les personnes – impuissantes – se retournent contre elles même : 7 hospitalisations d’urgence suite à des tentatives de suicide en un mois.

Et face de cette accélération, les dispositifs policiers, le nombre d’infirmier-es, de soutiens juridiques restent quasiment inchangés. Ce « manque d’effectif policier » supposé justifie toutes les atteintes et vexations.

Ce manque "d’effectif policier" supposé est même utilisé publiquement par les autorités du centre de Marseille – voir en ce sens l’article de la Provence du 23 décembre 2017 « Au centre de rétention de Marseille, des tentatives de suicide en série ».

On trouve des flics pour traquer les migrant-es en pleine rue, et pour les conduire de force à l’avion, mais rarement assez pour respecter leurs droits minimums en CRA. A Marseille, les personnes attendent pour tout jusque pour avoir accès à l’eau potable. Les visites sont suspendues au premier imprévu, ou ralenties. Pas plus tard que le lendemain de la tentative de suicide, les visites ont été suspendues pour cause de "manque d’effectif". Encore au nom du "sous effectif", le menottage est systématique dès qu’il s’agit de déplacer les personnes au tribunal ou à l’extérieur.

Alors, si les raisons du suicide du jeune homme de 23 ans restent encore inconnues, ne faisons pas semblant de ne pas voir l’un des facteurs explicatifs évident : les CRA sont des machines à broyer les êtres qu’ils emprisonnent, et il n’est pas rare qu’on tente de s’y tuer. Quand le gouvernement les utilise à un rythme infernal comme ces derniers mois, les personnes explosent encore un peu plus et les tentatives de suicide se multiplient, jusqu’à ce qu’une personne se donne la mort malgré la « vigilance » des gardiens.

Et malgré cela, le gouvernement et son « premier sinistre » veulent encore déshumaniser un peu plus leur politique mortifère :

Le gouvernement – avec la complicité silencieuse de la majorité du parlement – envisage aujourd’hui :

  • d’augmenter le temps d’enfermement de 45 jours à 90 voir 105 jours, alors même qu’il est clairement établi que cela n’a aucun efficacité – moins de 4 % des personnes enfermées plus de 20 jours seraient finalement renvoyées.
  • de placer de nombreux demandeurs d’asile en procédure dite dublin, avant même que le pays européen jugé responsable de la demande d’asile ne donne son accord pour le transfert. Cela ne concerne pas la majorité des personnes étrangères mais symboliquement, un nouveau cap est franchi, témoin de la déshumanisation totale de leur politique : Si l’on regarde les statistiques OFPRA et CNDA on parle de personnes qui seront reconnues par l’administration, pour au moins un tiers comme ayant été victime de persécution et auront fuit leur pays du fait des dangers de mort qui pesaient sur eux. On parle de personnes aussi qui ont vécu le trajet migratoire traumatiques, risque de mort en méditerranée, au sahara et à nos frontières meurtrières, exploitation et traite, en Libye comme ailleurs…

Face a ces traumatismes, et avant même qu’elles aient pu être entendues sur les raisons de leur fuite, elles pourraient à l’avenir être enfermées – avec tout ce que cela comporte de violences psychologiques et physiques – pour assurer leur renvoi dans un autre pays européen, leur demande d’asile devra être traitée ailleurs. Nécessairement, leur enfermement durera des semaines voir des mois. Au nom d’une « efficacité » qu’ils n’établissent jamais, tout est donc permis !

Nous ne nous étonnerons plus malheureusement, d’entendre que les tentatives de suicide augmentent en CRA tant que leurs machines à broyer et expulser existent ! Ce gouvernement fonce sans trembler jamais et écrase à un rythme éffréné. Migrant-es, salarié-es, précaires, racisé-es nous sommes les cibles de leur politiques. Présentons nous plus uni-es que jamais.

Face à eux, nos résistances et nos luttes !


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