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Une odeur de printemps

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Petit retour personnel sur la journée de mobilisation du 9 mars 2016 qui entre grève, blocages, AG et manif sauvage, nous a redonné du baume au coeur, en attendant que la suite détonne et nous étonne vraiment !

On avait peur de trop espérer, de trop en attendre. De mémoire, il y a bien quelques années qu’on l’attendait. Le dernier mouvement social (si on exclut -et on le fait- les mobilisations de l’extrême-droite en 2014) remontait à 2010. Mais aujourd’hui, on recommence à sentir ce même air que nous avions déjà senti en 2006, 1995, voire plus loin pour d’autres que nous saluerons ici pour leur ténacité.

Et pour commencer la journée, je voudrais rendre un hommage aux lycéens et aux lycéennes. Les barricades qui bloquaient une entrée du lycée Thiers ont fait renaître un enthousiasme, des souvenirs et des envies. Et après ces semaines de mistral hivernal, elles ont, au moins de mon point de vue, apporté le printemps. « La machine apprend à accepter l’horreur comme on accepte le froid en hiver », comme disait l’autre, un camarade de l’autre côté de l’océan qui nous a quitté il y a quelques mois. Et la journée d’aujourd’hui, dès les premières heures du matin, a été une journée de refus. Une journée de refus qui s’est cristallisée autour de la loi sur la travail de Khomri, mais qui par beaucoup d’aspects laisse entendre qu’il la dépassera.

Ce matin, les lycéens et les lycéennes du lycée Thiers ont en partie bloqué leur lycée, chanté et dansé, brûlé des fumigènes et partagé des moments qui -espérons- deviendrons des moments mémorables. Dans d’autres lycées, quelques perturbations, des menaces des CPE, des directeurs qui décident de fermer le lycée pour deux heures pour empêcher les blocages.... Dans tous les cas, quasiment une centaine de personnes, rejointes par d’autres, des soutiens et des gens d’autres lycées.
Ca fait toujours plaisir de savoir et d’entendre que « la jeunesse emmerde le front national » et « ne se laissera pas faire », entre autres slogans repris par tous et toutes.

De la place Thiers, autour de 10h30, départ en manif sauvage par le boulevard d’Athènes (en embarquant les poubelles au passage histoire de se doter de véhicules) jusqu’à la gare St-Charles, où les flics à vélo poursuivent les poubelles dans les escaliers (et à leur place, on se poserait des questions sur l’intérêt de leur métier, parce que ça devient franchement risible à ce niveau-là), mais une survivante arrive tout de même, accompagnée de tout le cortège, jusqu’au rassemblement des cheminots sur le parvis de la gare en solidarité.
Très rapidement, le mouvement continue à travers la gare, en y abandonnant quelques pétards et un peu de bordel au passage, jusqu’à la fac Saint-Charles, où les étudiant-e-s du comité de mobilisation contre la loi sur le travail avaient organisé un barrage filtrant devant l’entrée principale.
On redescend ensemble, armé-e-s de toutes les pancartes et banderoles, en direction de la porte d’Aix, où on passe devant les locaux CGT. Leur camion-sono est temporairement occupé (gentiment) puis on redescend en direction du Cours Belsunce et de la Canebière pour rejoindre l’appel principal de 11h30 devant la Chambre de Commerce, toujours à grands renforts de slogans qui résonnent entre les murs.

Et nous arrivons donc dans la manif. Qui était une grande manif, dans le sens où il avait vraiment du monde. On ne jouera pas au jeu des chiffres, qui est assez risible si on s’amuse à voir les écarts de ceux déclarés pour Marseille (5.000 selon la préf, 60.000 selon les orgas). Quand la tête était sur la place Castellane, on avait encore des gens à mi-chemin du cours Lieutaud, et c’est déjà un bon indicateur d’une journée qui a fait descendre beaucoup de gens dans la rue, sachant qu’à la base seul un petit rassemblement avait été appelé.

On apprend qu’il y a eu des problèmes à la fac d’Aix-en-Provence, où les étudiant-e-s auraient été bloqué-e-s à l’intérieur par les CRS pour les empêcher de manifester.

Au final, toutes les centrales syndicales (grâce à leurs bases) et autres organismes plus autonomes étaient présents. Même deux membres du groupuscule d’extrême-droite monarchiste de l’Action Française étaient présents, mais ils ont ’cordialement’ été dégagés [1] de cette manifestation où ils n’avaient clairement rien à faire. Si « la jeunesse emmerde le Front National », on peut considérer qu’elle emmerde aussi l’Action Française et l’extrême-droite en général.

Dans la partie ’rouge et noire’ de la manif, pas mal de monde aussi si on la compare aux expériences précédentes. Et puis des (peut-être) nouveaux slogans qui sortent : « grève, blocage, séquestration : contre le Capital, tous ces/les moyens sont bons », ce qui n’est pas complètement faux. Et puis ça remet en mémoire les camarades qui séquestrent leur patron, ces derniers s’amusant souvent à se faire passer pour des pauvres petits chous qui perdent deux heures de leur vie, alors qu’ils détruisent la vie de dizaines (et parfois de centaines, de milliers) d’autres.

Une fois sur la place Castellane, rendez-vous est donné pour une Assemblée post-manif dans un amphi de la fac St-Charles, qui réunira pas mal de monde (étudiant-e-s, lycéen-ne-s, précaires ou pas, etc...) pour quelques heures. Le temps de commencer à se connaître et à se reconnaître pour les jours et les semaines qui viennent.

Parce qu’il semble assez évident que ce dont nous aurons besoin, c’est de temps. De temps, parce que ce n’est pas en quelques jours que cette loi sera retirée, ni tout ce qui va autour.

On ne va pas détailler ici les détails de cette loi, parce que suffisamment de choses ont été écrites là-dessus. Et aussi parce que nous pensons que la question qui se pose n’est pas ce qui cloche dans cette loi, mais de comprendre à qui elle sert et quel monde elle traine dans son sillage.

Ce monde, c’est celui de l’approfondissement du néo-libéralisme, de l’extension de l’exploitation et de la séparation des personnes et de leur mise en compétition toujours plus intense, sans parler des conditions toujours plus précaires qu’il nous faudrait accepter au prétexte que « ça créé de l’emploi ». A ce compte-là, rétablissons le travail forcé, au moins ça garantira le plein emploi !

Et ceux qui en profitent, c’est ceux qui s’en mettront une fois de plus plein les poches, qui continueront d’être ceux qui tiennent les rennes du pouvoir, les marchands d’armes qui possèdent les groupes de presse, qui offrent à la police de nouveaux fusils d’assaut tout neufs pour réprimer et terroriser tout le monde en disant lutter contre le terrorisme, et qui nous demanderons d’être « légitimes » et « crédibles » à leur yeux.

Mais ce n’est pas vis-à-vis de ceux que nous combattons que nous devons présenter une quelconque légitimité ou crédibilité.
Nous sommes les acteurs et les actrices de nos luttes. Nous sommes celles et ceux qui doivent décider de l’orientation qu’elles prennent, avec les moyens que nous choisirons, et qui ne seront jamais aussi violents que la violence de ce qu’ils nous font subir au quotidien.
Sans attendre qu’ils viennent nous juger du haut de leur morale condescendante et anesthésiante, sans attendre que ceux qui votent les lois (qu’ils votent pour leurs propres intérêts) prennent parti pour nous, parce qu’ils ne le feront pas.

Et c’est bien un air de printemps que nous avons respiré aujourd’hui, parce que nous n’avons pas attendu.
Et nous n’attendrons pas.

Organisons-nous en assemblées dans les lycées, dans les facs, dans les quartiers et dans les boîtes, sans chefs pour nous trahir ni bureaucrates pour nous faire taire.
Et prenons l’initiative, jouons avec la dynamique, parce que c’est d’elles que naissent les mouvements et les rapports de force qui peuvent renverser les choses.

P.-S.

Blocages – occupations – grèves – manifestations – refus d’obtempérer – sabotages – réappropriations. Autant de moyens de lutte à saisir.


Notes

[1Suite à quelques incompréhensions, pour plus de clarté, lire : ’ont été éclatés’


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