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Autopsie des techniques policières et journalistiques pour maquiller les violences policières

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Deux jours après la mort de Aboubakar, tué par un CRS, on entend à nouveau ad nauseam les même éléments de langage : « bavure », « quartiers sensibles », « connu des services de police »... Ce texte cherche à analyser le discours qui se met en place pour invisibilser, ou le cas échéant, légitimer la violence policière.

La récurrence des violences policières a obligé les policiers et certaines rédactions journalistiques à la botte de la préfecture à développer des techniques pour masquer la violence manifeste des pandores. Voici quelques-unes de ces techniques.

Depuis sa création en France sous Louis XIV, la police possède une longue tradition de répression des classes laborieuses (donc perçues par le pouvoir comme dangereuses). Cette répression se fait historiquement dans la violence doublée d’une communication étatique hors pair pour justifier l’emploi de celle-ci (répression des mouvements révolutionnaires de 1789, répression des mouvements ouvriers au XIXe et au début du XXe siècle qui font souvent de nombreux morts, sans oublier la participation active de celle-ci à l’arrestation, l’enfermement (comme au camps de concentration de Drancy) et la déportation des populations persécutées par le régime nazi et l’État de Vichy).

Qu’il s’agisse de réprimer des individus ou des mouvements collectifs — à ce titre les Crimes d’octobre 1961 sont un exemple édifiant — la communication préfectorale autour de la légitimation de l’usage de la violence par les forces de l’ordre dites républicaines à l’encontre des populations demeure assez constante. Si en 1982 l’accumulation de ces violences à l’encontre d’individus avait fait naître une grande réaction collective (la marche pour l’égalité et la justice) il semble qu’en plus de 30 ans rien n’ait changé.

Vital Michalon, Malik Oussekine, Zyed Benna et Bouna Traoré, Lamine Dieng, Amine Bentoussi, Rémi Fraisse, Adama Traoré... Voilà quelques unes des personnes tuées par la police dont les noms sont devenus connus suite aux mobilisations qui se sont formées autour de ces assassinats. Or, il ne se passe pas une semaine sans que la nouvelle d’une "bavure" policière ne nous parvienne. À chaque fois, de communiqués de la préfecture de police en article de la presse réactionnaire, tout se passe comme si la légitimité des actions policières ne pouvait jamais être remise en question et que la victime était toujours coupable. C’est toujours le même scénario bien rôdé pour couvrir les violences policières.

Si le phénomène n’a rien de nouveau, la multiplication des affaires en 2017 et le passage de lois toujours plus permissives quant à la légitimation de ces violences policières méritent qu’on s’arrête un peu sur ce mécanisme bien rôdé pour couvrir les violences de la police.

Ainsi lorsqu’une "bavure" a lieu le même schéma se répète souvent :

La réaction policière

  • Jeter le discrédit sur les victimes
    • Criminaliser le territoire
    • La victime est peu recommandable
  • Distiller peu d’informations sur la victime

Le volet médiatique

  • La situation était dangereuse, les flics n’avaient pas le choix
    • Les policier.e.s ont été attaqué.e.s
    • La victime était un coupable idéal
    • Utiliser des éléments de langage tels que « bavure »
  • Discréditer toute forme de soutien
    • La victime et sa famille sont des gens peu recommandables

P.-S.

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