Brèves des Kurdistans - Semaine du 5 mars 2018

L’air de Newroz, le nouvel an kurde arrive !

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Rojhelat
Nous sommes au mois de mars, le 21 ce sera Newroz le nouvel an kurde. En Iran, le contexte est un peu particulier car la fête est aussi célébrée par les perses et d’autres minorités iraniennes. Newroz n’est donc pas interdit en soi, en revanche, il est interdit qu’il soit « kurde » (allez savoir comment ils définissent ça) et surtout de se rassembler. Les familles préparent dès à présent la fête, et le gouvernement prépare la répression. Le ministère des renseignements intérieurs a menacé plusieurs activistes à Mariwan, leur interdisant de participer à quelconque activités en rapport avec Newruz et en les menaçant de les tenir responsables pour des évènements qui pourraient se produire durant cette période. A Sna, 5 personnes ont été convoquées à la cour de la ville pour avoir organisé une fête pour célébrer Newruz l’année dernière.

Les arrestations au motif « d’atteinte à la sécurité nationale » continuent. L’activiste Ibrahim Khaledi vient d’être condamné à mort par la cours d’Umiye pour ce motif.

Au Rojhelat, certaines personnes arrêtées n’ont pas le temps d’attendre leur condamnation avant de trouver la mort. Le prisonnier Talb Besati est mort dans la prison d’Ilham sous la torture, il avait été arrêté pour avoir brandi un drapeau kurde. A Jwanro, seulement deux jours après son arrestation, le corps sans vie de l’activiste Qubad Azemi à été rendu à sa famille, après avoir été torturé en garde à vue.

Le gouvernement Iranien continu de traquer et de tuer les activistes kurdes même hors de ses frontières. Le 1er mars, une bombe a explosée sur le passage de deux peshmerga du PDKI dans la capitale du Kurdistan Irakien, Hawler (Erbil). L’un d’entre eux et son fils sont décédés par la suite à l’hôpital. Au moment où nous rédigeons ces nouvelles, nous apprenons que le corps d’un commandant du PDKI vient d’être retrouvé dans un village du nord du Bashur (Kurdistan du Sud, Irak).

Face à la répression, la résistance civile et dans les montagnes continue. La semaine dernière les commerçants des villes de Baneh et de Pîranshar ont organisés une grève pour dénoncer les mesures discriminatoires de l’Etat Iranien au Rojhelat et la fermeture, toujours plus militarisée, de la frontière. À Mariwan, de nombreux commerçant ont également fermé boutique en soutient à l’action. De tel mouvement ont lieu régulièrement dans les villes frontalières, particulièrement touchées par la destruction des terres et l’empêchement de toute activités économique par les milices du gouvernement iraniens. Ce sont ces même politiques de sous-développements qui poussent les habitants des villages à abandonner leur terre minée pour devenir Kolbar et transporter des marchandises de part et d’autre de la frontière Irano-Irakienne. En cette première semaine de mars, trois kolbars ont été tués par les gardes frontières iranien, deux blessés, et deux autres sont morts de froid lors d’un passage. Les peshmerga kurdes iraniens du PDKI* et du Komala* ont menés plusieurs opération contre les gardiens de la révolutions*, la milice armée du gouvernement Iranien. Une s’est tenue à Saqqez le 26 février, et une autre le lendemain à Baneh.

Le 27 décembre dernier une iranienne nommé Vida Movahed est monté sur un plot au croisement de deux boulevards de Téhéran, a retiré son hijjab et l’a tendu au bout d’un bâton en direction du boulevard. Cet acte de protestation contre les lois spécifiques aux femmes en Iran et contre le port obligatoire du hijjab a été repris dans les semaine qui ont suivit par de nombreuses femmes en Iran. Le 1er mars 27 femmes ont été arrêtées pour ces actions. Au Kurdistan aussi, des femmes ont repris le geste pour protester. La plupart d’entre elles se sont cependant vêtues des habits traditionnelles kurde et agité un hawli (étoffe kurde), montrant ainsi que leur révolte en tant que femmes et intimement liée à leur révolte en tant que kurde.

Bakur
Malgrès l’hiver et l’offensive turque à Afrin, la guérilla au Bakur a été très actives ces dernières semaines. Dans la province d’ Igdır, les combattant.es du HPG* (Force de défense du peuple, organisation armée du PKK*), ont mené une action de sabotage contre des véhicules de l’armé turque, en y mettant feu. Plusieurs soldats turcs ont été tués dans l’opération. Les HPG* ont également mené des opérations répétées dans les province de Hakkari, Şırnak et Botan, où de nombreux soldat turc ont été tué et de l’équipement militaires détruit. Habituellement, l’hiver est un temps plus calme pour la guérilla, le PKK* en profite pour tenir des programme de recrutement, d’entrainement et de formation. En réponse à l’annonce d’Erdoğan « d’éradiquer » la guérilla en 2017, le PKK* a changé sa stratégie et choisie d’intensifier les actions de guérilla, et ce, même en hiver.

Dans les villes, les raids de l’armée turque dans les maisons continuent. A Erzurum, les soldats turcs ont exécuté quatre personnes suspectées d’appartenir au HPG*, dans une maison abandonnée. Ils ont ensuite mis feu à la maison. Sept autres personnes ont été placé en détention durant le même raid. Des raids ont également été menés dans les villages de Rıkan, Bawis, Eğel, Gaşxan, Nexleç, Lisek et Derava dans la région de Wan. Trente personnes, dont l’identité n’a pas été communiquée, ont été placées en détention. Dans la région de Nusaybin, l’armée a déclaré un nouveau couvre-feu dans le village de Kertwên. Après avoir encerclé de chars d’assauts le village, un raid a été mené et six personnes arrêtées.

L’armée turque a également annoncé une opération de grande ampleur dans la région du mont Cudi. La présence de soldat et d’armement lourd a été renforcée. Parallèlement, des membres des unités de contre-guérilla auraient été envoyés dans les villages de la zone. Ils porteraient les uniformes de la guérilla du PKK* et prétendrais en faire parti tout en harcelant et molestant les villageois.

Les HPG* ont rapporté l’utilisation de gaz chimique par l’armée turque à leur encontre lors d’une opération militaire le 24 févriers dernier. Enfin, quatre membres du BDP* ont été arrêté à Urfa pour des messages posté sur les réseaux sociaux que la police qualifie comme « propagande pour une organisation terroriste ».

Rojava
L’armée turque continue de mener une lourde opération militaire contre la région d’Afrin (au Rojava, Kurdistan de l’Ouest, en Syrie), administrée par le Parti de l’Union Démocratique (PYD). Les civils sont particulièrement touchés par les bombardements intensifs.

PS :

Retrouvez toutes les brèves et un glossaire pour les mots avec une étoile* ici !

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