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Dans l’ombre de la ville : les Baumettes

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Grues et engins de chantier s’agitent depuis plusieurs années. La prison qui existe depuis près d’un siècle était réputée pour être particulièrement surpeuplée [1], vétuste et insalubre, ce qui avait déclenché plusieurs « scandales » médiatiques. Le ministère de la justice, par le biais des encravatés de l’APIJ (la sinistre Agence pour l’immobilier de la justice) a décidé, après plusieurs revirements et une interruption des travaux, de rénover certains des bâtiments et d’en construire de nouveaux.

Ces derniers devraient permettre d’enfermer 600 personnes dès 2017. Si le chantier se déroule selon les plans du pouvoir, la phase suivante sera la rénovation des anciens bâtiments de la MAH (maison d’arrêt pour hommes) encore en activité aujourd’hui. Pendant cette phase, la majeure partie des prisonniers sera transférée dans deux prisons en construction à Aix (Luynes-2) et Draguignan. Ces différents chantiers en cours dans la région reflètent ce qui se passe sur le plan national. Alors qu’en 2007 le nombre de places (théoriques) de prison s’élevait à 51 000, l’État prévoyait d’arriver à plus de 70 000 places en 2018. Les plans ont dû être revus à la baisse faute de thunes, mais le nombre de personnes « sous écrou » (prison, semi-liberté, bracelet électronique, conditionnelle etc.) est passé de 47000 en 2001 à 78000 en 2016 (dont 66 700 incarcéré-e-s). La justice enferme plus, et plus longtemps. Les « pour-la-loi » affirment que les différentes réformes pénales et travaux engagés permettent d’enfermer de façon plus « humaine » : quel mensonge abject !

Les fameuses cellules individuelles (mais déjà prévues pour enfermer plus) équipées de douches, ne sont que le vernis « démocratique » destiné à faire passer la pilule. Des récits de personnes les ayant testées bien malgré elles racontent que leur insonorisation empêche d’entendre et de réagir à ce qui se passe juste à côté, quand les maton-nes tabassent ou laissent crever quelqu’un-e (incendie…). Quant aux caillebotis, ces grillages qui se rajoutent aux barreaux, ils rendent plus compliquée la pratique du yo-yo et se font assez systématiquement défoncer… Ce n’est évidemment pas pour le « bien être » des prisonnier-Es que l’État agrandit et modernise ses taules. Il s’agit d’intégrer les apprentissages de décennies de révoltes individuelles et collectives, d’évasions (…), afin de construire des prisons plus sécurisées, conçues pour mieux isoler les détenus, compliquer entraides et solidarités (entre l’extérieur et l’intérieur) et empêcher les mutineries… Aux moyens qui étaient déjà massivement utilisés pour gérer « la détention » et casser les volontés rebelles (calmants, télé, isolement, mitard, « remises de peines », Eris…) viennent désormais s’ajouter vidéo-surveillance et informatique qui jouent un rôle de plus en plus important (ouvertures des portes, trajets à l’intérieur de la zonz ‘…). Ces derniers permettent notamment de limiter les interactions entre détenu-es et porte-clefs (qui se voyaient trop souvent remerciés de leurs « bons » services par des coups, blessures diverses et variées…).

Les évolutions de la prison, degré d’enfermement le plus poussé de cette société carcérale, sont très proches de celles qui redessinent la ville pour toujours mieux la contrôler. Politicien-ne-s, promoteurs et urbanistes voudraient attribuer une(des) fonction(s) à chaque zone pour en tirer le maximum de bénéfices (production, consommation, loisir, résidence, tourisme…). Les flics signifient aux indésirables les frontières à ne pas franchir tandis que le sale œil de l’État s’incruste partout pour surveiller, épier les déplacements, menacer les débrouilles quotidiennes (fraude dans les transports, vols, récup etc) et décourager toute idée de révolte. L’état d’urgence décrété suite aux attentats de novembre (et prolongé jusqu’à fin juillet au moins) est un moyen pour exiger de chacun-e toujours plus d’obéissance vis-à-vis des uniformes et de « mesures de sécurité » souvent absurdes. AcculéEs, somméEs de « choisir » entre une insertion qui exige une soumission grandissante à la loi, un-e patron-ne ou des services sociaux chargés de redistribuer quelques miettes qu’ils lâchent difficilement (en contrepartie d’un flicage en constante augmentation) nous sommes nombreu-x-ses à sentir l’ombre de la prison planer sur nos vies, et à faire des allers-retour entre un « dedans » et un « dehors » qui se ressemblent toujours plus.

Face à cette galère permanente, tous les choix ne se valent pas. Certain-es refusent obstinément de participer à la compétition entre pauvres pour sortir la tête de l’eau, d’endosser l’uniforme ou de construire leurs propres cages, de devenir des citoyenNEs-producteur-consommatrices-délateurs dociles, de se plier à ces vies fades passées sous le soleil noir de la domination. Si les conséquences (potentielles) des chemins de révolte que nous parcourons sont dures, le pire serait d’abandonner nos désirs de liberté. Hardi-es ! Si la prison peut sembler un bâtiment inattaquable, ce n’est pas le cas des maton-nes qui la font fonctionner (qui se font régulièrement bousiller leurs véhicules ou attendre à la sortie…). Les différents responsables des travaux, la directrice du centre pénitentiaire des Baumettes Christelle Rotach feraient moins les fier-es si leurs domiciles et leurs petites habitudes : lieux de loisirs (restaurants, groupes de musiques, club de voile, golf…) étaient visibilisées aux yeux de passant-es attentif-ves (et potentiellement vénères). Faisons à ces crapules la publicité qu’ils méritent.

Par ailleurs, les entreprises qui se font du beurre (100 millions de bénéfices prévus pour le chantier des Baumettes) sur la construction et le fonctionnement des lieux d’enfermement sont souvent de grosses boîtes trouvables un peu partout. En levant le nez au fil des rues, on s’aperçoit que le drapeau bleu et rouge de Vinci (filiale travaux du midi) qui flotte sur les Baumettes trône au dessus de nombreux chantiers (immeubles, lignes à haute tension, tgv, aéroport etc). Au-delà des boites qui participent à ce chantier-ci et pour citer d’autres charognards qui se font de la thune sur notre enfermement : Eiffage qui à Marseille s’est vu confier la mise en place des caméras de vidéo surveillance, Bouygues constructeur du centre de rétention du Canet, ou Sodexo (repas, cantines)… Si chantage à l’insertion et menace de l’enfermement vont main dans la main, pourquoi ne pas remercier également les institutions (CAF, Pôle emploi…) et leurs partenaires du privé (associations, organismes de formation…) qui participent à notre (ré)insertion forcée en assurant le côté « social » de la pacification ? Nous ne les connaissons que trop bien, elles se trouvent un peu partout [2]

Hors de question de subir ces nouvelles déclarations de guerre en baissant la tête.
Détruisons ce qui nous empêche de vivre !

P.-S.

Cet article est extrait du troisième numéro de la feuille d’agitation anarchiste "Du Pain sur la Planche", publiée à Marseille, et dont vous pouvez retrouver les numéros en PDF en suivant ce lien.


Notes

[11800 personnes incarcérées pour un peu plus de 1400 places théoriques en 2012.

[2Encore récemment, certaines entreprises de la région nantaise, connues pour leur implication dans le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes se sont retirées du marché suite à plusieurs attaques (les affiches et textes anonymes proposant “d’adopter” un sous-traitant auraient-elles fait mouche ?).


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