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[Indonésie] Informations concernant la répression des Anarchistes de Yogyakarta depuis le premier mai.

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Le premier mai, des anarchistes indonésien.ne.s de la province de Yogyakarta organisaient une manif contre le système féodal toujours en place dans leur région "spéciale". Il en était ressorti deux vagues d’arrestations et une répression à leur encontre motivant l’écriture de ces communiqués, traduits en anglais et publiés entre autre sur Anarchistnews. Depuis, illes avaient pris contact avec d’autres anarchistes ailleurs pour tenter d’aider à la défense collective des arrêté.e.s. À la lecture du communiqué traduit intégralement ici en français, il semblait important de le relayer étant donné le ton et les idées qui s’y retrouvent. Le texte ci-dessous contient des informations datant de début juin 2018 dans la première partie, reprises d’articles de blogs cités plus bas et publiés par A-news et Palanghitam. Le communiqué de soutien a été traduit entièrement depuis la version anglaise.

La marche contre le féodalisme qui a eu lieu le premier mai 2018 à Yogyakarta, sur l’île de Java en Indonésie a encore des répercussions aujourd’hui. 69 participant.e.s ont été arrêté.e.s et 12 d’entre elleux ont été déclaré.e.s suspect.e.s. 8 camarades sont toujours détenu.e.s par la police régionale (et l’étaient encore à la date du 2 juin) et 4 camarades supplémentaires ont été placé en détention puis relâchés sous condition de contrôle judiciaire. Le 7 mai, 4 autres arrestations ont eu lieu à Bogor, au sud de Jakarta. D’après les rapports de police, illes avaient surveillé les camarades depuis le jour de la manifestation, ce qui a mené aux poursuites et arrestations de Bogor.

Nous espérons que ces détails permettent d’éclairer la confusion sur des rumeurs qu’un.e camarade se serait rendu à la police, qui ne sont pas vraies. Ces rumeurs existent à cause de faux reportages par les médias. La presse et les médias en ligne ne font la mention que de deux personnes, soulevant le soupçon qu’un.e ami.e non-nommé.e se serait rendu au moment des deux arrestations de Bogor dans deux lieux différents, ce qui n’était pas mentionné. Jusqu’à présent, nous spéculons toujours sur les raisons pour lesquelles la police n’a pas rendu compte complètement des informations aux journalistes concernant les arrestations de Bogor.

En plus de ça, nous pouvons relayer d’autres informations concernant le soutien légal des 8 ami.e.s suspecté.e.s et arrêté.e.s le premier mai, sans compter celleux arrêté.e.s à Bogor. L’un d’eux qui n’avait pas reçu d’aide juridique en a maintenant, principalement par le LKBH (avocat.e.s de l’assistance juridique) de l’Université Islamique d’Indonésie ou par l’avocat.e Mbak Ririn, membre de cette même organisation. Il n’y a pas encore d’informations concernant la situation juridique des 4 personnes arrêté.e.s à Bogor.

En ce qui concerne les actions passées, et futures de solidarité de n’importe quel.le.s camarades en Indonésie ou ailleurs, elles sont grandement accueillies par les ami.e.s à l’intérieur. La solidarité sous la forme des fonds précédemment collecté pour la défense juridique d’Ucil, seul camarade à ne pas avoir reçu initialement d’aide légale, ont été redistribué entre lui et les autres toujours placé.e.s en détention. Est-ce que la solidarité est toujours nécessaire ? Oui, sous n’importe quelle forme parce que les esprits de nous tou.te.s ont toujours besoin d’atteindre nos ami.e.s qui se languissent derrière les barreaux.

Illes sont maintenant détenu.e.s depuis un mois par la police provinciale et le seront jusqu’au 29 juin, où illes seront transféré.e.s à la prison de Cebongan, Yogyakarta. Pour ce qui est de la date du procès, nous relayeront l’information dès que nous l’auront. Les camarades détenu.e.s tiennent le coup et sont en bonne santé. Illes entendent les nouvelles comme quoi illes ne sont pas seul.e.s et l’abondance de solidarité les réjouit. Illes n’oublient jamais de dire à leurs ami.e.s à l’extérieur de ne jamais éteindre l’esprit de lutte de classe.

Communiqué

Bien qu’il s’agisse d’un communiqué adressé exclusivement à Yogyakarta ou aux indonésien.ne.s en général, nous appelons à une pression internationale et une solidarité contre le système féodal pourris qui existe encore dans ce siècle !

Salutations au peuple aimé de Yogyakarta, celleux qui diffament notre manifestation qui avait eu l’intention de censurer l’institution du Kraton de Yogyakarta. [Ndt : Il s’agit du palais du sultan régional.]

Croyez nous quand nous disons que nous savions déjà, bien avant que nous commencions notre manifestation, qu’il y aurait une antipathie du public la concernant. C’est très compréhensible. Le féodalisme crée la croyance que les rois et monarques sont des êtres demi-divin.e.s, que leur autorité est sacrée et auto-justifiée. Quelqu’un devient un gouvernant dans le système féodal parce qu’il se trouve être né dans la bonne famille : la famille royale. L’ensemble du territoire féodal est la propriété du roi et de sa famille royale, et les gens n’en sont que des occupant.e.s qui peuvent en être expulsé.e.s à n’importe quel moment par la volonté du roi.

Ce système est perpétué par, entre autre choses, la croyance irrationnelle en la domination féodale. Dans la région de Yogyakarta, le féodalisme est ce qui la rend « spéciale » [Ndt : La dénomination officielle en Indonésie est « Yogyakarta Special Region »]. Politiquement, ce statut spécial signifie que la région n’est pas gouvernée par un gouvernement élu comme dans les autres provinces de l’Indonésie. À la place, la région est dirigée par un gouverneur, qui est aussi un Sultan. Socio-culturellement, ce statut spécial a une autre signification : Il donne un faux sens de fierté aux gens de Yogyakarta : Yogyakarta est spéciale parce que gouvernée par un Sultan, et les gens en sont fièr.e.s.

Comment le fait d’être gouverné par quelqu’un avec un pouvoir incontrôlé peut-être quelque chose dont l’on puisse être fièr.e ? Où est la fierté dans le fait d’être subordonné à un.e autre être humain.e, seulement parce que l’autre serait né.e dans la famille royale ? Notre manifestation n’était pas faite pour attirer la sympathie. Si ça avait été le cas, nous n’aurions pas fait une manifestation visant à déranger la reproduction des valeurs sociales de la manière dont nous l’avons fait. Non, notre démonstration n’avait pas cette intention. Nous ne sommes pas un parti politique, une organisation « gauchiste », une ONG, les partisan.e.s des dirigeant.e. en place ni de leur opposition ; qui auraient besoin de l’approbation des gens ou de leur sympathie.

Nous ne faisons pas non plus parti du PMII
[Ndt : Pour Pergerakan Mahasiswa Islam Indonesia, le Mouvement Indonésien des Étudiant.e.s Islamiques.] ; de Faizi Zain et ses sbires qui s’attendaient à une émeute pour propulser leur agenda et renverser Jokowo au profit de leur maîtres politiques ! [Ndt : Surnom donné à Joko Widodo, président de l’Indonésie depuis 2014.] Illes sont coutier.e.s de puissance ! Pas nous !

Notre manifestation avait pour but de déranger la circulation du capital à Yogyakarta. Nous avions l’intention de créer une situation nuisant à l’investissement, qu’il soit national ou étranger, qui aurait intensifié le développement et la gentrification aux dépends des classes moyennes et populaires de Yogyakarta.

Nous devinions que le public serait enragé par notre vandalisme et nos appels provocateurs. La destruction d’un poste de police et l’appel « Mort au Sultan ! » ont profondément mis en colère le peuple de Yogyakarta. Cette colère est absente quand la police est avec une violence répétée aux premières lignes du conflit entre les intérêts populaires et ceux des dirigeant.e.s, bien évidement du côté de ces dernièr.e.s, comme à Temon, Kulonprogo où il y a un processus en cours de confiscation de terre par le Sultan, à travers la légitimation du territoire du sultan et du territoire de Pakualaman, un système de propriété foncière féodale, au profit du capital de l’industrie touristique. La colère est aussi absente quand les habitant.e.s des bidonvilles de kampungs ont à gérer des sécheresses causées par l’utilisation des nappes phréatiques par les hôtels et les appartements dont la construction s’est intensifiée avec la bénédiction du Sultan, bien entendu.

Cet appel de « Mort au Sultan ! » a mis en colère des gens de Yogyakarta, et que nous l’ayons ou non écris, que cet appel ai été littéral ou symbolique aura eu sa propre importance en mettant à mal l’autorité du Sultan de Yogyakarta, qui semble être sacrée et non-questionnable ; un pouvoir sans mécanisme de contrôle parce que protégé par la « foi » envers l’auto-justification de son autorité. Cette « foi » est responsable de l’appauvrissement des gens. Tôt ou tard, toi qui lis ça sera aussi apauvri.e par le développement de Yogyakarta. Un « développement » pour les intérêts du Sultan et de ses sbires, des entreprises nationales et des investisseurs locaux ou étrangèr.e.s.
Oui, le Sultan est l’un des principaux orchestrateurs de nombreux problèmes à Yogyakarta : Expulsions, confiscations de terres, gentrification et le développement qui appauvri les gens des classes moyennes et populaires. Le Sultan et sa famille royale, ainsi que ses sbires sont celleux qui dominent chaque aspects de la vie économique de la région.

Yogyakarta est l’une des provinces les plus économiquement inégales d’Indonésie. Le développement de la région n’est pas mené dans l’intérêt des gens, mais pour ceux de la classe dominante : les capitalistes et les féodaux. À Yogyakarta, les deux systèmes abominables vivent une histoire d’amour, tout en écrasant le peuple en dessous, celleux qui ne sont pas royaux et sont de ces classes moyennes et populaires.

Mères, n’êtes vous pas fatiguées d’avoir à rendre visite à vos enfants en prison, deux fois par semaine, parce qu’illes ont probablement du devoir voler juste pour survivre ? Et la raison pour laquelle illes sont dans ces prisons surpeuplées de Yogyakarta est profondément liée avec la pauvreté enracinée et prévalente dans la région. Est-ce que cela importe au Sultan ?

Et puis, combien de temps encore allons nous nous berner en pensant pour nous même que tout va bien ? Ou même « spécial » ? Nous n’avons aucun intérêt à nous faire admirer. Nous ne sommes pas un parti politique ayant besoin du vote des gens pour les élections.

Nous sommes juste des gens qui sommes malades. Malade de tout ce qui se passe autour de nous et de la manière dont les gens se font berner dans une fausse conscience leur disant que tout va bien.

Nous appelons les gens des classes moyennes et populaires, artistes, universitaires, ceux qui prétendent être des libérales.aux, des modéré.e.s et d’autres qui choisissent d’être « neutres ». Est-ce que tu te souviens des événements historiques qui ont donné naissance au concept des états-nations modernes ? La période que l’on appelle « les lumières » , où les rois, reines et monarques étaient guillotiné.e.s sur la Place de la Révolution. Est-ce que ça n’a pas créé ce que tu appelles démocratie ? Nous n’avons pas l’intention de répéter ni de glorifier l’histoire. La démocratie que tu tiens en haute estime et vends ne nous ammène nul part si ce n’est à la pauvreté, la dégradation écologique et la dépossession.

Nous sommes libertaires. Nous sommes ce que tu appelles des anarchistes. Nous rêvons d’un monde dans lequel les gens coopèrent les un.e.s avec les autres, travaillent ensemble et se dirigent elleux-même de manière horizontale, sans dirigeant.e.s, monarques, contrat politique ou social ni de capitalistes. Nous volons une vie dans sa forme la plus vraie, dans laquelle les désirs humains naturels sont en accord avec la nature, une vie sans distinction de classe, de race, d’ethnie, de religion ou autre fausse division.

Nous sommes ce que vous appelez des utopistes.

Nous voulons d’une société libre sans oppresseur.e.s. Nous voulons une société dans laquelle nous puissions avoir n’importe quelle croyance, orientation sexuelle ou quoi que ce soit sans avoir peur d’être persécuté.e.s. Liberté totale !

– Les Anarchistes

P.-S.

Sources pour la traduction :
https://anarchistnews.org/content/yogyakarta-indonesia-anti-anarchist-repression-after-march-against-feodalism-may-day
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=2038135769848140&id=1975632369431814

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