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Justifier les expulsions pour mieux gentrifier

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Là où les restructurations valent plus que la vie des habitant.e.s de Noailles, la catastrophe sert à finaliser la gentrification.

De l’appropriation de la douleur...
Suite à la Marche Blanche en mémoire aux victimes des effondrements de la rue d’Aubagne, du samedi 10 Novembre, dans divers médias on a demandé à Gaudin pourquoi il n’a pas participé. Notre "maire humaniste", comme il se définit lors d’une interview parue dans La Provence version papier du lundi 12 novembre, affirme se soucier des tensions que sa présence aurait pu provoquer, ajoutant qu’il "partage l’émotion et le chagrin d’une marche blanche pleine de dignité devant un tel drame".
Mais tout ceci fait l’impasse d’un fait bien important : le drame c’est Gaudin lui-même, son gouvernement et sa politique, qui sous la bienveillance de la Metropole Aix-Marseille Provence, permettent d’assigner 20 millions à une "renovation" dans l’absence totale de consideration envers les habitant.e.s ; qui permettent de sortir du chapeau 390.000 euros de beton pour priver un quartier de son lieu de vie afin d’empocher, finalement, sereinement, les profits souhaités. La catastrophe c’est d’habiter dans une ville qui laisse tomber (littéralement !) des batiments, pourrir les quartiers quand qu’ils sont habités et utilisés par des pauvres, pour faire place à une ville vitrine dont on peut savourer un extrait sur la Rue de la Republique.
Sur la rue d’Aubagne, depuis le 5 novembre, les habitant.e.s et ami.e.s des victimes mettent des pots de fleurs tous les jours, et toutes les nuits sont enlévés.
Si après on n’était pas sûr que le partage du chagrin de Gaudin est fallacieux, il suffirait de regarder aux violences policières dont la manifestation de la colère de mercredi 14 et l’appel aux masses de samedi 24 Novembre ont été victimes. Ce n’était pas assez la violence et le shock de voir des habitations populaires se pulveriser, d’avoir un mur de 2,5m de béton sur la Plaine, de regarder la construction d’un hotel 5 étoiles avec restaurants et spa qui va dominer le marché aux fruits et légumes de Noailles, de savoir les écoles des quartiers populaires inondés s’il pleut à peine un peu plus que d’habitude, ni d’assister à l’érection de gratte-ciels aux dernières technologies architecturales et des hypercontrolés centres commerciaux de luxe en bas des quartiers nord (uh la liste serait interminable) ; il ne manquait que la bac qui s’acharne et les CRS qui gazent les enfants dès que le rage se manifeste. Si Gaudin pouvait se réapproprier la pacifique marche blanche, parce que dans le douloureux silence et le manque de slogans la haine contre lui n’était pas affichée, il n’était pas possible d’instrumentaliser des petards contre la Mairie et les flics qui la protègent, ni le feu à ses sapins de Noël ou le mur devant la SOLEAM ; et alors le gouvernement reprend son masque habituel.
Donc non Gaudin, il y a pas moyen que tu partages l’émotion et le chagrin du drame.

Pour encore plus retourner l’omelette et s’approprier d’une douleur qui ne lui appartient pas, il affirme : "moi je prend en compte ma responsabilité mais, en la circonstance, nous ferons la démonstration surtout que nous sommes capables de répondre aux gens qui sont dans le besoin aujourd’hui, au perimètre qui a été entendu et aux personnes qui ont été obligé d’aller se loger ailleurs, et notre premier devoir est la solidarité, c’est de trouver des logements, c’est d’aider ces personnes en difficulté, comme d’ailleurs le font l’ensemble des marseillaises et marseillais avec une grande generosité". Or, il n’y a rien à démontrer : l’argent circule dans les mains des entreprises spécialisées en asceptisations des quartiers, et à Marseille environ le 7% des habitations sont vacantes (en 2007, 2 513 logements vides au 1er arrondissement). Il n’est, en plus, pas question de "générosité" : ce qui est en train de se passer entre les habitant.e.s de Marseille est de la solidarité. Si la "generosité" renvoie à une posture de superiorité chez la personne qui l’exerce sur celle qui la reçoit, la solidarité se met en place entre pairs. Nous sommes solidaires contre la politique de la gentrification, parce que nous voulons nos quartiers vivants et populaires.
En fait, Gaudin, que tu démontres pouvoir "répondre aux gens qui sont dans le besoin aujourd’hui" et ta solidarité, on s’en bat, nous voulons ta démission !

Puisqu’il avait pas l’impression d’avoir exagéré, après avoir courageusement communiqué qu’il a "rien à regretter", lors de sa première conférence de presse après les effondrements, Gaudin a fait curieusement entendre de ne pas avoir eu de la marge de maneuvre dans la lutte à l’habitat indigne, où il aurait voulu s’impliquer plus ! C’est du moins étonnant que, étant le maire de la ville depuis un quart de siècle, il n’ait pas eu la possibilité d’agir contre l’habitat indigne sur le territoire qui lui est confié. Au même temps, pour finaliser sa propre de-responsabilisation, il s’attaque aux privé.e.s proprietaires des batiments effondrés, en ainsi le foutage de gueule prend des dimensions astronomiques : non seulement des personnes, censées être sous son gouvernement, auraient eu plus de moyens d’agir que lui, mais, de plus, deux de ces privé.e.s sont des personnalités du gouvernement de la ville, en l’occurrence : Xavier Cachard, en tant que conseiller régional de PACA, et Arlette Fructus, adjointe au Logement à la mairie de Marseille. L’immeuble au numéro 63 appartenait, d’ailleurs, au bailleur social Marseille Habitat, dont Arlette Fructus est présidente directrice générale. Loin de vouloir diminuer la responsabilité des privés proprietaires, pour lesquelles les vies des habitant.e.s valent moins que le prix de la restructuration, on veut surtout mettre en lumière les instrumentalisations politiques de la douleur, sur lesquelles notre maire detesté a évidemment plein marge de maneuvre.
Cerise sur le gateau : Gaudin affirme que les habitant.e.s du 65 rue d’Aubagne étaient reticent.e.s à quitter leurs appartements ; bien sûr sans préciser qu’aucune alternative convenable ne leur était proposé. A leur croire, à Gaudin, à Chenoz et à leurs maudits collègues, si sur la Plaine il y a un mur, c’est de la faute des manifestant.e.s, et si les batiments de la rue d’Aubagne s’effondrent avec des personnes dedans, c’est de la faute de celles et ceux qui ne pouvaient pas se payer un meilleur appartement, ou n’acceptaient pas d’être envoyé.e.s hors du centre ville.

...à la gentrification sauvage
Et puisque toute occasion est bonne pour se remplir les poches, les élu.e.s profitent maintenant de la catastrophe pour finaliser leurs projets de centre ville vitrine : au moment où les gens se sentent en danger dans des appartements trop humides, et ne sont plus réticent.e.s à se faire déloger, les évacuations d’immeubles à risque se multiplient. Profiter de le peur pour manipuler la population n’est pas une stratégie méconnue, mais est toujours aussi gagnante. A l’heure actuelle, plus que mille personnes sont évacuées, sur plus que cent immeubles : d’après le communiqué de presse de lundi 26 novembre, plus que 1100 personnes sont hébérgées dans des hôtels de la commune, pour un total de 1 377 personnes évacuées. Dans le communiqué du samedi 24 Novembre, la mairie annonce avoir "190 logements sociaux disponibles, dont 76 en centre-ville. 11 logements privés ont également été identifiés en centre-ville." Moins que la moitié des logements définitifs proposés sont donc au centre ville, ce qui montre bien la volonté d’expulsion des classes populaires vers les banlieux.

Ainsi, ceux qui gouvernent, réamenagent la Plaine pour attirer les gens friqués, et vident, dès aujourd’hui, les quartiers autour, qu’ils ont laissé pourrir tant qu’ils étaient habités par des personnes dont la vie ne veut rien à leurs yeux. Après, en toute urgence, ils pourront justifier des ventes à prix réduit des batiments en danger aux entreprises qui proposent des gros projets de rénovation/requalification/revalorisation. Une fois les travaux finis, la valeur de l’immobilier du quartier aura levé, ce qui implique : habitant.e.s plus riches, commerces plus couteux, plus d’hotels et d’autres structures à touristes, plus d’argents dans les poches de la mairie et des privés et entreprises qui ont pu financer les grosses restructurations ou acheter des biens immobiliers renovés tarpin chers. Le but est ainsi atteint : voilà un quartier centrale trendy, jouet pour touristes, avec locations d’appartements et de locaux aux prix galactiques.
Pour rendre les choses plus acceptables et moins contestables, ils vont prévisiblement jouer, en plus, la carte du street art et du charme des quartiers populaires, comme il l’a d’ailleurs déjà fait la SOLEAM : dans la brochure que les employé.e.s distribuaient au moment de la pose du mur, on lit "ces barrières deviendront un espace d’expression. Un collectif d’artistes leur donnera une note artistique. Ces peintres urbains et graffeurs travailleront à égayer le nouveau dispositif de sécurité, dans le respect de l’identité de la place Jean Jaurès, connue pour être un lieu incontournable du street art." (On attend toujours les graffeurs de Chenoz pour les emmerder.) C’est ainsi que la gentrification procède.

Une plongée dans le passé présent : https://infokiosques.net/spip.php?article626

De cette manière, Gaudin et sa crique, instrumentalisent une catastrophe dont ils sont responsables pour continer à faire leurs business degueulasses.

Après la démission de Bernard Jacquier, vice-président LR de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, de samedi 17 novembre, on attend, et on ne se lassera pas de demander, la démission de Jean-Claude Gaudin, Gérard Chenoz, Xavier Cachard, Arlette Fructus, Martine Vassal (présidente de la métropole), Christian GIL (directeur de Marseille Habitat) ... e chi più ne ha più ne metta, la liste des responsables est riche.
Et sinon, attention les salauds, Marseille aura votre peau !


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