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A la Plaine comme partout à Marseille, le sale boulot de l’aménagement urbain

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La manifestation du 20 octobre a ramené des milliers de personnes, la plaine a fêté ses nouvelles constructions, les habitant-e-s et militant-e-s se sont organisés pour reconstruire, nettoyer, prendre place. Le rythme est intense, les textos se multiplient, les attaques et résistances se succèdent. Parfois, on peut avoir l’impression que La Plaine est un territoire isolé, que la lutte contre ces politiques urbaines de merde est menée par si peu de monde. Et pourtant, ailleurs à Marseille, il s’en passe aussi...

Scène de manif, deux militant-e-s, habitant-e-s du centre ville Marseillais se croisent. Les deux travaillent dans le Nord de la ville, dans le 13ème et le 15ème arrondissement.
"Toi, tu arrives à venir à toutes les actions ?"
"Non, mais je relaie vachement ce qui se passe ici. De toutes façons les gens du secteur où je travaille sont hyper impactés, notamment par la fermeture du marché".

Le projet de rénovation de La Plaine n’est pas un projet isolé, une frappe chirurgicale qui serait dirigée par la ville de Marseille contre une toute petite partie du territoire, isolée des autres, résistante à la gentrification galopante.

D’abord, on se rappelle que le projet est porté par la SOLEAM. La SOLEAM est une société publique, c’est à dire que c’est une société à capital entièrement public, mais qui peut juridiquement conclure des marchés sans passer par des appels d’offres, pour "fluidifier" les procédures d’aménagements urbains. Cette société est mandataire d’une grande partie des projets de rénovation urbaine à Marseille, et dans la zone métropolitaine. Son conseil d’administration est composé d’élu-e-s de la ville et de la métropole.

En se baladant sur leur site, on trouve la liste des projets qui sont actuellement pilotés plus ou moins directement par la SOLEAM. 

Le projet de rénovation de Noailles

En 2014, la SOLEAM organise un "forum ouvert". C’est une pseudo concertation avec des habitant-e-s du quartier, organisée avec des "méthodes actives" à mi-chemin entre l’éducation populaire et le management. Le document qui en ressort laisse entrevoir des pistes de ce qui est prévu pour le quartier, en voici quelques morceaux choisis :

L’identité de Noailles, c’est ce qui attire et qui repousse : une identité qui renvoie à un espace saturé, dense et multiculturel, méditerranéen mais non uniquement.
Il convient donc, de valoriser cet existant en considérant que cette diversité d’origines fait la qualité du quartier et des offres commerciales. Ce réseau commercial ainsi que le marché des Capucins font partie du patrimoine culturel de Noailles et de Marseille.

Cette concertation est une obligation de tous les plans de rénovation urbaine. Il est à noter que même dans le document du laboratoire d’étude financé par la SOLEAM, il est écrit que les habitant-e-s ayant participé à cette concertation représentent une toute petite partie du quartier (secteur associatif, urbanistes et architectes, comité d’intérêt de quartier).
On voit bien ici à quel point la machine est bien rodée : on diffuse à petite échelle une proposition de concertation pour rentrer dans les clous de la loi, on blablate pendant quelques heures autour de la "ville créative", des commerces qui "tirent le quartier vers le haut". Et puis ce qui en résulte, c’est toujours la même logique : améliorer les quartiers, en changeant les habitant-e-s.

La SOLEAM pilote également le projet de rénovation de La Savine, dans le 15ème arrondissement de Marseille

Il s’agit de raser les tours de la cité, et de reloger les personnes plus ou moins dans le quartier. La concertation avec les habitant-e-s a eu lieu après que le projet des architectes a été décidé. Les habitant-e-s sont nombreux-ses à signaler que les nouveaux appartements sont beaucoup plus petits, qu’ils-elles y sont moins bien. Ces prises de parole n’ont rien changé au projet.

Globalement, les démolitions de certaines tours ou les expropriations de certains quartiers (Les Crottes, dans le cadre du projet EUROMED par exemple) sont nombreuses en ce moment à Marseille.

On constate qu’un certain nombre de propositions de relogement se font en direction du 3ème arrondissement. Et le 3ème, c’est la Belle de Mai, là où la ville de Marseille a de grands plans pharaoniques, utilisant des associations d’artistes pour donner une image plus vendeuse du quartier. Une fois de plus avec des concertations déjà ficelées. Et un vernis culturel apparent. Le 3ème c’est aussi un arrondissement où les écoles tombent en ruine, où il pleut dans les salles de classe, où les enfants sont dans des préfabriqués.

Ce petit tour de ville n’est pas exhaustif, on pense aussi aux désagréments sonores de la L2 dans le 14ème arrondissement, à la légionelle dans l’eau dans la cité d’Air Bel, à l’état général de délabrement des écoles dans les quartiers, aux déclarations racistes de Gaudin en conseil municipal sur l’absence de piscine dans les quartiers nord de la ville...

Cet état des lieux n’a pas vocation à décourager, à dire que de toutes façons, les luttes urbaines sont fichues. Mais à souligner à quel point la lutte de la plaine est connectée à une lutte plus large : la lutte contre les rénovations urbaines décidées contre et sans les habitant-e-s, la lutte contre la traque des pauvres, contre la fermeture des accueils de la CAF. Les luttes internes dans ces grosses boîtes d’urbanisme ou dans ces associations qui rendent la gentrification plus artistique aussi, et qui le font en usant et abusant d’emplois aidés, de services civiques etc.

Il ne s’agit pas de tout rapprocher, de dire que toutes les luttes sont les mêmes. Mais il y a des liens entre les grands projets de la mairie. Le fric mis pour la rénovation de La Plaine, c’est aussi du fric qui ne réparera pas les fuites dans les écoles. Et du coup, dans les écoles, on va faire signer des partenariats publics-privés, avec des grosses boîtes du bâtiment (Coucou Vinci !) qui vont intervenir et se garantir ainsi un revenu important. On pourrait continuer longtemps à dénouer la pelote de liens entre tous ces projets, parce que tout ça, dans le fond, c’est le capitalisme.

Et du coup, les luttes aussi sont liées. Celle de la plaine n’est pas uniquement la résistance d’une place forte, c’est une lutte qui s’articule avec d’autres.
Alors quand on lit sur internet, notamment sur les réseaux sociaux de certains élu-e-s, que la lutte de la Plaine c’est "pleurer pour des arbres" alors que tout va mal à Marseille, et bien on trouve que c’est quand même et sacrément faux, et sacrément du foutage de gueule. Déjà et surtout quand ça vient d’élu-e-s de La République En Marche, qui est quand même le parti au pouvoir, et nous fait vraiment marrer à râler et à s’auto-désigner comme représentant légitime de la parole du peuple.

On ne se laisse pas tromper par ce discours foireux, où il y aurait d’un côté une "innovation" qui profiterait à tous, et de l’autre côté des râleurs éternels, qui refuseraient le bien commun. Il y a bien deux côtés, celui des aménageurs et celui des habitant-e-s. Ce dernier n’est pas unifié, il est composé et traversé de réalités sociales bien différentes les unes des autres. C’est sûr que c’est pas pareil d’être habitant de la Plaine et d’être habitant d’Air Bel, avec de l’eau polluée à la légionelle. Alors prenons du temps pour en discuter, pour relier les luttes entre elles, pour prendre connaissance de celles qui sont menées dans les quartiers depuis plusieurs années, souvent contre les mêmes décideurs que ceux qui attaquent La Plaine aujourd’hui, qui mènent une traque des pauvres permanente, et malmènent les vies des habitant-e-s.

Quelques liens qui nous ont servi pour nous informer :

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