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Le 28 avril, affrontements et blocage de gare en bout de manif sauvage

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Ce 28 avril, des milliers de personnes ont pris la rue, des blocages ont eu lieu, une belle énergie s’est faite ressentir, et malheureusement, la répression est montée d’un cran. Mais à Marseille, comme à Nantes, Paris, Bordeaux, Toulouse, Rennes, Lyon, Amiens, etc..., y’a pas de gentil-le-s manifestant-e-s ou de méchant-e-s casseurs, y’a que des jeunes (et des moins jeunes) qui ont la rage ! Retour sur la journée.

Note de MIA : En attendant d’autres textes plus fournis ou d’analyse sur la journée (et n’hésitez pas à envoyer des témoignages) et sur la suite à donner à ce mouvement qui ne cesse de s’affirmer toujours plus, voilà un récit rapide des évènements de la journée, histoire de visiter la ville par procuration pour celles et ceux qui n’y étaient pas :

Tout le monde savait déjà que cette journée serait une journée importante de mobilisation, qu’il fallait viser haut, à la fois au niveau local que "national" (plus au nord que Marseille). Les réseaux de la RTM avaient annoncé une grève, qui a été tenue, provoquant une belle confusion dans les transports de la ville. Et l’accident sur l’autoroute dans la matinée n’a certainement pas arrangé à éclaircir la situation (tunnels bloqués, etc.).

Dès la première heure de la journée, plusieurs établissement scolaires ont été bloqués : plusieurs lycées (Saint-Charles, une partie de Montgrand, etc...), ainsi que la fac Saint-Charles. Autant de signes qui annoncent une longue journée dans les rues !

Vers 9h30, les cortèges lycéens partent depuis le lycée Saint-Charles jusqu’au point de rendez-vous devant Montgrand, dont une porte est bloquée et où du monde est déjà prêt pour le départ prochain. Très peu de temps après, un autre cortège lycéen arrive, à grand renforts de fumigènes, une belle ambiance assurée !

Dans tous les cas, ce premier rassemblement est déjà assez esthétique (en plus de démontrer une certaine détermination) : plusieurs banderoles renforcées, des boucliers et autres casques... On sent bien que beaucoup de gens sont prêt-e-s à ne pas se laisser marcher sur les pieds, à ne pas tendre l’autre joue, et surtout à s’organiser pour se défendre ensemble contre les violences de la police et pour la lutte. De l’autre côté, vers la Préfecture, des flics, des flics, des flics à n’en plus finir. Mais peu importe.

Le cortège s’élance (de façon sauvage) pour aller rejoindre le rassemblement syndical près de la Canebière en remontant par le Cours Lieutaud et aller se positionner plus ou moins délicatement en tête du cortège officiel (ou cette fois, FO était "devant"). Du fait des imbroglios corporatistes et politiques entre FO et la CGT, ces deux syndicats ont établis des parcours différents. Et en effet, au milieu du cours Lieutaud, FO tournera à droite pour rejoindre la Préfecture.

Mais dans tout ça, le cortège jeune (et moins jeunes) est toujours en tête, et plein d’énergie. Lorsque le cortège officiel s’élance, il est donc relativement difficile de garder la patience de toujours attendre les gros cortèges syndicaux qui avancent derrière. Le Cours Lieutaud est donc parcouru jusqu’au croisement du boulevard Baille, en alternant les petites pauses et les avancées rapides, en passant par une pluie de confettis depuis les ponts de la rue d’Aubagne.

Arrivé-e-s au croisement, la manif’ sauvage démarre en remontant un peu sur le boulevard Baille par la gauche, tandis que la CGT qui est désormais juste derrière nous (FO était déjà parti, suivez un peu !) arrive à sa destination, la place Castellane, où était prévue la fin de la manifestation officielle. Mais la manif sauvage s’en fout, elle est sauvage.
Après quelques moments de flottement, un sac de lessive est balancé depuis le haut d’un immeuble par quelqu’un de visiblement plus proche idéologiquement des matraques des flics que des barricades (qui, comme on le sait, bloquent la route mais ouvrent la voie, dixit qui vous voulez). La porte de l’immeuble en question a d’ailleurs été ouverte pour aller s’expliquer avec le cinquième étage...

Sur ces entrefaits, le cortège sauvage s’engouffre dans la rue Marengo et redescend ensuite sur le Cours Lieutaud, juste devant les cortèges de Sud, la CNT et affinités, dans l’idée de continuer ensemble. Et on repart de nouveau en direction de Baille, où on remonte de nouveau sur la gauche. Et c’est là que les choses commencent à se corser.

La manifestation sauvage, maintenant bien plus grosse et fournie et précédée par les banderoles renforcées, se dirige vers le haut du boulevard Baille, où se sont déployés les CRS et la BAC, qui vont commencer à balancer des lacrymos très rapidement dans le tas. Les premiers affrontements de la journée commencent, une petite confusion se crée, mais globalement, les gens restent, renvoient les lacrymos et balancent beaucoup de projectiles sur la police (oeufs, bouteilles, marteaux, etc...), ne veulent pas se laisser faire.

Dans les gaz qui continuent de plus belle, le camion de Sud qui était présent dans la rue est directement attaqué par les flics, qui tirent dessus au flashball et à la grenade lacrymo, détruisant le pare-brise et une vitre latérale et blessant gravement un militant de Sud Collectivités Territoriales au cou.


Ci-dessous, le communiqué de presse de l’Union Syndicale Solidaires Bouches-du-Rhône sur la chose :.

Tirs tendus de grenades sur le camion de Solidaires 13.
Ce 28 avril à Marseille, à l’arrivée de la manifestation syndicale, les forces de police se sont livrées à une agression d’une violence inadmissible contre le cortège en cours de dispersion.
Des tirs tendus de grenades lacrymogènes et de flashballs ont atteint des manifestant-es et le camion de l’Union syndicale Solidaires 13.
Un responsable de Sud Collectivités territoriales, touché à la gorge par un tir de flashball, est actuellement hospitalisé. Le pare-brise du camion de Solidaires a été atteint par deux tirs de grenades délibérés à hauteur de visage.
Solidaires 13 dénonce la violence policière à l’égard des manifestant-es et des organisations syndicales, et reste plus que jamais déterminé à poursuivre la lutte pour le retrait du projet de Loi Travail. On lâche rien !

Un collégien de troisième a également touché à l’oeil par un tir de flash-ball, tandis que les tirs tendus de lacrymos étaient fréquents. Plusieurs personnes auraient été arrêtées dans les environs de la zone par la BAC qui rôdait. Malgré cela, de nombreuses expressions de solidarité ont eu lieu dans le cortège, pour mettre en lieu sûr les personnes blessées, gazées, pour rester ensemble et continuer à avancer. Des gens distribuaient aussi du sérum physiologique, des compresses et du Maalox pour réduire l’effet des gaz sur les personnes atteintes. Maximum de solidarité avec les personnes blessées et/ou arrêtées (et on compte le camion dedans) !! Comme le dit le communiqué cité au-dessus, on lâche rien ! Et la suite le prouve.

Il est environ 13 heures. Une partie de la manif sauvage retourne en direction de Lieutaud tandis que les affrontements continuent sur Baille et que des poubelles sont incendiées en travers des voies. Depuis Lieutaud, les gens voient de nouveux gazages massifs. Sur Baille, la police charge jusque sur Castellane et sur le rassemblement Cégétiste de fin de manif. Une partie des gens repart sur la rue de Rome, tandis que d’autres empruntent Lieutaud, toujours poursuivi-e-s par du gaz et rebalançant un peu de tout dans l’autre sens. Le cortège du Cours Lieutaud finit par redescendre rue de Rome pour rejoindre les autres et continuer d’avancer ensemble vers la Préfecture. En voyant le dispositif policier se remettre en place, tout le monde remonte petit à petit vers Lieutaud à hauteur de la rue Bel Air. Là, de nouveaux affrontements ont lieu, et le cours est bloqué dans toute sa largeur par des poubelles en flammes. A noter plusieurs bagnoles de police chassées par les manifestant-e-s qui font rouler des poubelles dans la rue Louis Salvator et leur lancent un peu tout ce qui passe. Un beau moment.

Le temps que tout le monde revienne et se rassemble, de relancer quelques bouteilles sur les casqués et de bloquer la rue qui remonte vers le Cours Julien avec de nouvelles poubelles incendiées, et le cortège remonte sur le Cours Julien après quelques hésitations. A ce moment, la tête du cortège (encore extrêmement bien fourni malgré toutes les situations de tensions précédentes) a traversé le Cours Julien pour aller prendre la rue Crudère puis la rue Sibie et d’arriver sur La Plaine. A l’arrière du cortège, les flics inondent le Cours Julien de gaz lacrymogène. Et il y a tellement de monde que l’avant ne s’en rend même pas compte. Des palets de lacrymos tombent dans la bouche du métro, vont rouler sous et sur les tables des cafés et des restaurants, dont certains sont évacués. D’autres arrestations auraient eu lieu à ce moment.

Entretemps, la tête du cortège a traversé la Plaine et redescend dans la rue Saint Savournin, petit à petit, pour laisser arriver le plus de gens possible de derrière, et d’arriver à rejoindre le boulevard Longchamp.

Tout le monde tourne à droite sur le boulevard, et au fur et à mesure de l’avancée de la manifestation, toutes les publicités Decaux et les vitres des arrêts de tram sont détruites. Un petit commentaire technique là-dessus : attention à ne pas projeter les bris de verre sur les gens situés derrière ou à côté. Faisons attention les un-e-s aux autres. Faisons ce qu’on veut, mais faisons-le bien.

Bref, une fois arrivé-e-s devant le palais, la manifestation remonte le boulevard Montricher, qui va vers le tunnel de la Friche de la Belle de Mai. Des équipages de BAC se font de nouveau voir sur les abords de la manifestation. En arrivant sur le rond-point de la place Labadie, la situation se tend de nouveau très rapidement, mais là encore, de bons réflexes et une bonne intelligence collective renversent les choses. En effet, à peine la manif entrait-elle sur le rond-point et se dirigeait-elle vers la rue Benedit et ledit tunnel que la BAC balançait des lacrymos, qui leur sont très vite renvoyées. Et avec elles des pierres, des bouteilles, un peu de tout. Les baqueux sortent alors les flashball et les grenades de désencerclement et tirent. Les flashball à hauteur de visage, comme d’habitude, dont certains sont arrêtés par les banderoles de tête ou par les boucliers que portaient plusieurs personnes. Les grenades de désencerclement en attendant que la mèche se consume un peu pour les lancer au dernier moment et les faire exploser là encore à hauteur de visage. Une utilisation aussi systématique de ces engins et la façon de le faire indique des directives policières : celle de faire des blessé-e-s grave parmi les manifestant-e-s.

Mais les banderoles tiennent, les boucliers aussi, et tout le monde, malgré l’utilisation de ces armes et quelques bobos. Et une pluie de projectiles s’abat sur les flics, avant que ceux-ci soient chargés par les banderoles et les personnes derrière, forçant les baqueux à s’enfuir (l’un d’eux se réfugiera d’ailleurs dans une boulangerie) et à détaler. Et franchement, on les préfère comme ça, ça met un sacré sourire sur les visages. Dans la foulée, une voiture de police nationale qui était elle aussi présente dans la rue est attaquée au marteau et à la pierre et perd plusieurs vitres et prend de gros coups sur la carrosserie, alors qu’elle est en partie bloquée dans une circulation de véhicules qui ne comprennent pas grand chose à ce qu’il se passe. Finalement, cette voiture-là aussi parvient à s’échapper. Dans le même temps, un autre baqueux qui faisait le malin avec une matraque téléscopique a lui aussi finalement décidé qu’il était préférable pour son intégrité physique de déguerpir.

Les flics sont poursuivis par les manifestant-e-s qui, finissent par les lâcher pour s’engouffrer à gauche par un portail vers les voies de la gare Saint-Charles, où beaucoup de gens parviennent à rentrer et à bloquer les voies. Une barricade enflammée est montée en travers. Malheureusement, tout le groupe n’a pas réussi à passer du fait d’une nouvelle charge d’une autre équipe de BAC arrivant par l’arrière, donnant le ton de ce qui allait se passer à la toute fin de manifestation.

Sur les voies, il peut se ressentir une certaine euphorie. La police a bloqué, attaqué, mais il a tout de même été possible de passer en résistant activement et en poussant ensemble. Et les voies ont été envahie pour un blocage collectif de l’économie.

Une fois sur les voies, et après une petite mise au point quant à la sécurité sur le fait de se trouver sur ce genre d’endroit, la manif continue, avec un peu moins de monde mais quand même, et ça part en direction d’Aix (le nord). Une trentaine-quarantaine de personnes se sont en outre dirigées vers la gare et ont été contrôlées, tandis que d’autres qui voulaient rejoindre la manif ont été tabassées par la police qui arrivait.

Le cortège a alors continué sur les voies et a commencé à dégrossir un peu plus loin (dans le quatorzième). Et sur la fin, une nouvelle charge de BAC a achevé de disperser les gens dans une ambiance pour le coup beaucoup moins agréable et beaucoup plus confuse, à hauteur des Maronniers. De nombreuses personnes ont escaladé les grillages pour s’enfuir loin de ces enragés qui étaient à présent ouvertement en "chasse au gauchiste", comme plusieurs personnes l’ont entendu de leur bouche même.

De nombreux épisodes de grande violence et de ratonnades ont été relatées, notamment des baqueux à deux sur des scooters, en mode voltigeurs, avec celui à l’arrière qui visait au flashball. La même chose a été vue dans une voiture avec flashball par la vitre arrière. Des gens chassés par la bac qui sont tombés dans le vide d’une hauteur de six mètres. D’autres matraqués dans une ruelle avant une arrestation. D’autres encore frappés à l’intérieur de la boulangerie dans laquelle ils s’étaient réfugiés. Boulangerie que les baqueux ont d’ailleurs dévastée au passage (tables, chaises, frigo...). Encore d’autres personnes raflées dans un bus. Et les sirènes et la chasse dans les rues pendant un long moment, et plusieurs personnes à l’hôpital. 57 personnes ont officiellement été interpelées au bout du compte, et autour d’une vingtaine passeraient la nuit au commissariat, les autres ont été libérées ou reconvoquées à une date ultérieure. Tâchons d’être là pour les soutenir quand arriveront les échéances ! Solidarité avec toute les personnes blessées et arrêtées au cours de la journée !

Pour faire un bilan de cette journée, plusieurs choses sont à dire. Malgré une fin malheureuse, cette journée de mobilisation a été une réussite. Il s’agissait d’apporter un message fort, et ce message et cette lutte ont été porté, pas seulement à Marseille, mais partout. Des objectifs stratégiques ont été atteints : le blocage collectif de la gare, la résistance collective face à la police (et dans certains cas, l’attaque), la solidarité dans la pratique mais aussi dans les grèves. Aujourd’hui 28 avril, des liens se sont resserrés, et ce ne sont certainement pas ceux que les flics et les politiciens veulent nous mettre autour des poignets. Ce sont les liens de la lutte et de la solidarité qui se renforce. Et puis Muselier n’était pas content, ce qui est bien un signe qu’il se passe des choses bien. Et cette journée, pour pas mal de raisons, va rester gravée dans les mémoires de Marseille et d’ailleurs. De plus, reprendre les blocages économiques, et le faire à aussi nombreux et nombreuses démontre clairement la hausse d’un rapport de force, quant bien même la répression cherche à aller contre ça et à nous musel(i)er. Au lieu de ça, nous y voyons le début de quelque chose de grand. Aujourd’hui n’avait pas existé depuis longtemps à Marseille.

Et c’est à l’établissement de ce rapport de force qu’il faut continuer à oeuvrer, à travers la solidarité, l’offensive, les blocages, les manifestations, les sabotages, l’intelligence collective et les envies révolutionnaires. Pour que tout cela devienne incontrôlable.

Solidarité avec toutes les personnes arrêtées, et avec toutes les personnes qui ont été présentes aujourd’hui.
Continuons de plus belle ! Les rues, on les a prises, et on les reprendra !

P.-S.

Voir aussi un autre récit sur 19h17.info : Bloquer tout, affirmer que nous voulons que la grève et le blocage agissent de concert et non pas de manière partielle ou symbolique, c’est tout l’enjeu que nous mettons aujourd’hui. Cet enjeu a un coût : beaucoup de nos camarades sont en GAV ce soir. Nous leur envoyons un salut fraternel. Et nous ferons tout pour que tout cela ne reste pas un acte isolé, mais la germe des pratiques de lutte qui serviront à construire la grève générale.


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